Ils nous aiment plus que nous nous aimons nous-mêmes
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Ils nous aiment plus que nous nous aimons nous-mêmes


J'ai récemment participé à une conférence internationale qui a rassemblé des représentants de différents pays, dont l'objectif était de discuter des questions de compétences, d'emploi et de partenariats pour le développement. Mais ce qui est resté gravé dans ma mémoire, ce n'étaient pas les discours des intervenants ni les recommandations finales, mais les conversations informelles qui ont eu lieu dans les couloirs, aux tables de déjeuner, et pendant les pauses.

Là-bas, loin des caméras, j'ai trouvé la Palestine.

Bien que la Palestine ne fût pas un sujet officiel à l'ordre du jour, elle était présente dans le cœur des participants. Chaque fois que quelqu'un apprenait que j'étais palestinien, le ton de la conversation changeait. Ils posaient des questions sur les gens avant de s'intéresser à la politique, sur les enfants avant de s'interroger sur les chiffres, sur l'avenir avant de parler du passé. Je n'ai trouvé personne cherchant la polémique, mais plutôt des gens cherchant un moyen d'être partie prenante de l'espoir.

Dans ces moments-là, une pensée m'a traversé l'esprit et ne m'a pas quitté jusqu'à aujourd'hui : peut-être qu'ils nous aiment plus que nous nous aimons nous-mêmes.

Cette phrase peut sembler choquante, mais elle n'est pas une accusation, juste un appel sincère à la réflexion. Alors que beaucoup de peuples du monde conservent une image noble du palestinien - l'homme résilient, créatif, instruit, et amoureux de la vie - nous nous noyons parfois dans nos querelles, et nous consommons nos énergies à critiquer les autres plus que nous n’investissons dans la construction de notre avenir.

J'ai découvert que la Palestine possède un énorme capital de respect, de confiance et de sympathie à travers le monde. Ce capital n'a pas été créé par les médias, mais par l'homme palestinien qui est resté attaché à sa dignité et à son droit à la vie, malgré toutes les circonstances.

Cependant, la vérité que nous devons admettre est que la sympathie ne suffit pas. L'amour que le monde porte à la Palestine, s'il ne trouve pas quelqu'un pour bien l'exploiter, restera de simples sentiments agréables qui ne changeront pas la réalité.

C'est pourquoi je pense qu'il est temps d'élaborer un plan national pour profiter de cet amour mondial.

Tout d'abord, nous devons changer notre manière de présenter la Palestine au monde. Il ne suffit pas de parler de la douleur, car le monde connaît l'ampleur de notre souffrance. Ce dont le monde a aussi besoin, c'est de voir les histoires de succès qui naissent du cœur de la souffrance : le jeune homme qui a fondé un projet malgré le blocus, la femme qui a créé une opportunité d'emploi pour sa famille, l'étudiant qui a rivalisé dans les universités mondiales, et le travailleur qui persiste à produire malgré toutes les difficultés. Ces histoires bâtissent une image plus forte que n'importe quel discours politique.

Deuxièmement, nous devons cesser de considérer les conférences internationales comme de simples occasions de présence et de photographie. Chaque personne que nous saluons peut devenir un partenaire, chaque carte de visite peut se transformer en projet, et chaque conversation informelle peut ouvrir une porte à une opportunité de formation, d'investissement ou de coopération académique. Les relations internationales ne se construisent pas seulement dans les salles, mais se bâtissent par le suivi, la continuité et la confiance.

Troisièmement, nous avons besoin d'une plateforme palestinienne qui regroupe les amis de la Palestine à travers le monde. Des milliers de personnes et d'institutions veulent aider, mais elles ne savent pas vers qui se tourner.

Quatrièmement, nous devons investir dans l'homme palestinien en tant que meilleur ambassadeur de sa cause. Lorsque le monde rencontre un étudiant palestinien brillant, un ingénieur exceptionnel, une médecin réussie ou une jeune femme dirigeant un projet novateur, il ne voit pas seulement un individu, mais toute la Palestine. C'est pourquoi investir dans l'éducation, les compétences et la jeunesse est un investissement dans la stature internationale de la Palestine.

Cinquiemement, nous devons apprendre à raconter notre histoire dans une langue que le monde comprend. La langue de l'humanité, pas celle de la division. La langue de l'espoir, pas celle du désespoir. Les gens ne réagissent pas autant aux slogans qu'à l'homme qui leur ressemble, rêve comme eux et aime la vie comme eux.

Et enfin, nous devons nous aimer nous-mêmes comme les autres nous aiment.

Avoir confiance en nos capacités, respecter nos différences, et réaliser que le plus grand cadeau que nous puissions offrir à tous ceux qui se tiennent à nos côtés dans le monde est de fournir un modèle d'un peuple qui croit en lui-même, travaille ensemble, et place l'intérêt national au-dessus de tout.

Je suis parti de la conférence convaincu que la Palestine ne souffre pas d'un manque d'amis, mais peut-être d'un manque d'investissement dans leurs amitiés. Nous avons à travers le monde des milliers de cœurs battant d'amour pour la Palestine, mais ils attendent de notre part une initiative, un projet clair, un message unifié, et un partenariat réel.

Par conséquent, la question n'est plus : Le monde aime-t-il la Palestine ? J'ai entendu la réponse dans des dizaines de conversations et je l'ai vue dans les yeux avant même les mots.

La question qui doit nous préoccuper aujourd'hui est : Allons-nous continuer à accueillir cet amour avec gratitude seulement, ou allons-nous le transformer en force pour créer des opportunités pour nos enfants, bâtir notre économie, soutenir nos institutions, et renforcer la présence de la Palestine dans le monde ?

Parce que les peuples ne progressent pas seulement grâce aux ressources qu'ils possèdent, mais aussi grâce aux amis qu'ils ont. Et la Palestine, malgré tout ce qu'elle a traversé, possède encore une richesse inestimable : l'amour du monde. Et le véritable défi est d'être à la hauteur de cet amour et de le transformer en réalisations concrètes, afin que la description que j'ai entendue ne continue pas à résonner dans mon esprit : ils nous aiment plus que nous nous aimons nous-mêmes.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.