Celui qui ne sème pas l'espoir sème le départ...
Lorsque des images de Kafr Kanna sont diffusées comme si elles représentaient un affrontement entre des milices, une question lourde s'immisce dans chaque foyer de notre communauté : où allons-nous ? Quand quatre ou cinq personnes de ce village ou de celui-là sont tuées en une seule journée, du fin fond du nord jusqu'à la Naqab, et quand un père et son fils sont abattus, et quand un propriétaire de magasin est contraint de fermer sa boutique car il n'est plus en mesure de payer les pots-de-vin sous prétexte de "protection", penser à l'émigration devient une réaction compréhensible, loin d'être un luxe intellectuel. Certains regardent ces scènes et disent simplement : cet endroit n'est plus sûr.
L'émigration est devenue une réalité tangible dans chaque village et chaque ville arabes. Ce n'est plus une décision individuelle prise timidement, mais un sujet de conversation dans les maisons, les cafés et sur les réseaux sociaux. Nous ne sommes pas face à un caprice passager ou un rêve romantique d'une vie européenne ou américaine, mais à un phénomène large qui est devenu comme une épidémie, reflétant un blocage à la fois sécuritaire et politique.
La question ne se limite pas au revenu, à l'emploi ou au niveau de vie. L'intensification de la discrimination raciale systématique est le principal facteur de l'émigration.
Cependant, la violence interne et le sentiment d'insécurité sont devenus des facteurs encore plus puissants. L'émigration a augmenté de manière exponentielle ces dernières années avec la montée en flèche des meurtres, tandis que les taux d'élucidation de ces crimes restent de loin inférieurs à ceux de la communauté juive. Ce ne sont pas des données éphémères dans des rapports officiels, mais un critère quotidien du sentiment de sécurité. Et lorsque s'ajoute à cela un sentiment récurrent que la citoyenneté est conditionnelle, et que la discrimination est écrite sur chaque mur, la conviction s'affirme que l'horizon est limité, que l'avenir est instable et peu sûr, et l'émigration devient alors un choix.
Il est vrai que l'émigration n'est pas uniquement arabe. Les juifs partent également, motivés par des raisons économiques ou politiques ou à la recherche d'une meilleure qualité de vie. Les dernières années ont vu une augmentation du nombre de demandes d'émigration vers l'Europe et l'Amérique du Nord, ainsi que le transfert de professionnels du secteur technologique pour travailler à l'étranger. Mais la différence ne réside pas seulement dans le nombre de départs, mais dans la capacité de chaque communauté à compenser. La communauté juive dispose d'une structure économique plus large et d'une émigration contraposée de l'extérieur, ce qui lui permet d'absorber le départ de milliers de personnes sans que son équilibre démographique ou économique ne soit altéré. En revanche, la communauté arabe n'a comme source de compensation que la croissance naturelle.
L'émigration ici ne signifie pas seulement le départ d'individus, mais l'extraction d'une couche complète de capital humain du tissu d'une communauté déjà fragile. L'équation à laquelle se confronte aujourd'hui le jeune est rationnelle et cruelle à la fois : un sentiment de sécurité extrêmement bas, accompagnée d'une intensification de la racisme, de la situation matérielle difficile et de la crise du logement, face à un environnement offrant une relative stabilité et un horizon professionnel plus large en Amérique ou en Europe. Ce n'est pas que l'on aime moins l'endroit, mais qu'il s'agit d'un plus grand souci pour l'avenir. L'émigration n'est pas une trahison, et le désespoir n'est pas une faiblesse, mais la poursuite de l'hémorragie sans un véritable traitement signifie s'habituer à l'absence.
La question maintenant est : qui restera après seulement une décennie, si notre situation sécuritaire continue sur ce rythme ? La question qui devrait hanter tout activiste politique et quiconque se considère comme un leader de sa communauté ou comme son représentant est : avons-nous fait ce qu'il fallait pour insuffler de l'espoir et un esprit de destin commun parmi notre jeunesse ? Avons-nous reflété une image qui exprime notre désir sincère d'unité et de solidarité face aux dangers qui nous menacent de tous côtés ? La direction de la communauté arabe incarne-t-elle un sentiment d'unité de destin et de souci commun, ou reflète-t-elle un état de fragmentation, d'égoïsme et de sauvetage individuel ?
Si nous n'arrivons pas à reconstruire la confiance, et à créer un horizon collectif qui fasse sentir aux jeunes que leur demeure n'est pas un sacrifice individuel mais une participation à un projet commun, alors l'émigration se transformera en un parcours permanent et croissant. Alors, la question ne sera pas pourquoi ils envisagent de partir, mais pourquoi n'avons-nous pas réussi à semer l'espoir devant notre jeunesse et les générations futures.
L'espoir n'est pas un slogan à consommer, ni un mot que l'on brandit dans un festival puis que l'on oublie. Dans ces circonstances, l'espoir devient un objectif en soi, une politique quotidienne, et un projet éthique. La communauté qui perd espoir perd son équilibre intérieur avant de perdre ses enfants. Ce que l'on attend des dirigeants n'est pas de fournir des solutions magiques, mais de protéger l'idée de l'avenir contre l'effondrement, et d'empêcher le désespoir de se transformer en une conviction collective.
Sème l'espoir est devenu une condition de survie dans la patrie. Lorsque la communauté, avec son leadership, est incapable de diffuser un discours inclusif et un destin commun, et de présenter un modèle éthique qui élève au-dessus des intérêts étroits, alors l'alternative est le désespoir.
Et l'espoir ne naît pas du vide, il se crée par une voix claire, une position unifiée, et un sentiment sincère que nous sommes une seule communauté avec un seul destin. Dans des référendums précédents, et dans l'euphorie suscitée par l'intifada de Sakhnin, la liste conjointe a obtenu plus de seize sièges, mais l'hésitation et l'indécision l'ont ramenée lors d'un dernier sondage à douze sièges. C'est un autre indicateur de la diminution de l'espoir. Un leadership sage sème l'espoir dans l'avenir, et cela ne se fait qu'en montrant un véritable désir de coopération et une orientation unitaire, en insufflant un esprit d'équipe et un but commun, et non en fragmentant, en divisant et en se prévalant de sa propre grandeur tout en essayant d'échouer les autres.
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