Lorsque la question palestinienne est réduite à la gestion de Gaza
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Lorsque la question palestinienne est réduite à la gestion de Gaza

La première réunion de ce qui a été appelé le "Conseil de la paix" à Washington n'était pas une simple occasion économique, mais une déclaration politique claire pour redéfinir la question palestinienne. Celle-ci n'est plus présentée comme une question de libération nationale liée à la fin de l'occupation et au rétablissement de la souveraineté, mais comme un dossier de gestion et de développement financable. Dans une seule salle, les milliards ont dominé la scène, des cartes de corridors régionaux et de projets technologiques ont été présentées, tandis que la question essentielle sur laquelle repose le conflit a disparu : qui mettra fin à l'occupation ? Et qui reconnaît aux Palestiniens leur droit à la souveraineté ?

La scène semblait plus proche d'un processus de substitution que d'un règlement : substitution de la politique par la gestion, de la liberté par l'investissement, de la justice par un langage de rendements et de financements. Gaza se transforme d'un titre de confrontation politique ouverte à un espace où l'on cherche une "gouvernance efficace". Ainsi, le conflit est réduit à des chiffres, et les droits se limitent à des diapositives de présentation.

Ce n'est pas seulement le style ostentatoire du président américain Donald Trump qui a frappé, mais l'approche menée par son équipe, avec à sa tête Jared Kushner, qui a géré le dossier comme une start-up à la recherche d'investisseurs, préparant des offres attrayantes et promettant des retours, tandis que le pouvoir politique de Washington est utilisé pour attirer le financement et l'engagement. Cependant, l'argent n'achète pas la souveraineté, ne fait pas tomber un régime d'occupation, ni n'accorde à un peuple son droit à l'autodétermination. Il peut construire des routes et des ports, mais il ne construit pas de légitimité.

Trump semblait dans l'humeur du vainqueur. Après des mois d'incertitude, le Conseil a présenté des résultats préliminaires, même si certains d'entre eux n'étaient que des diapositives scintillantes. Un mélange clair est apparu : la mentalité de "l'accord du siècle" avec une pression politique intense pour assurer le financement. Mais ce qui a été présenté comme un succès économique semblait fondamentalement un contournement politique.

La plus grande ironie est que ceux qui détiennent la décision de la guerre sur le terrain étaient présents au conseil, tandis que la victime et son représentant légitime étaient absents. Ceux qui parlent de "gestion de Gaza" étaient présents, tandis que ceux qui parlent de son droit étaient absents. La représentation palestinienne a été réduite à des canaux bureaucratiques marginaux, comme si la question était un conflit administratif nécessitant un comité d'exécution, et non un peuple réclamant sa liberté.

Et ici se révèle la vérité : la priorité n'est pas à celui qui a le droit, mais à celui qui a l'argent et l'influence. Le problème est redéfini comme une crise de financement, et non comme une crise d'occupation. Le "lendemain" est présenté comme un plan de reconstruction, et non comme un impératif politique qui met fin aux racines du conflit.

Cependant, le problème ne s'arrête pas aux limites de ce conseil. La majorité des pays discute de l'avenir de Gaza comme s'il s'agissait d'un espace vide attendant d'être géré. Des conceptions sont avancées concernant des arrangements de sécurité, une force multinationale, une administration transitoire, une reconstruction conditionnelle. Tout cela est proposé comme une alternative à la question que l'on souhaite éviter : quand l'occupation prendra-t-elle fin ? Et comment les Palestiniens peuvent-ils être habilités à choisir leur système politique librement ?

L'exclusion des Palestiniens de la détermination de leur propre sort n'est pas un détail anodin, mais une politique visant à produire un "stabilité" de bas niveau ; une stabilité qui satisfait les calculs de sécurité de l'État d'occupation, empêche l'explosion régionale, et maintient la crise sous contrôle. Une stabilité sans justice, et sans horizon politique.

Le plus dangereux est de dissocier l'avenir de Gaza du contexte de la question palestinienne dans son ensemble. Ce n'est pas une simple gestion d'un secteur assiégé, mais l'avenir d'un peuple qui lutte pour sa liberté. Réduire le débat aux frontières de Gaza reproduit la division et transforme le "lendemain" en un outil de remodelage de la scène palestinienne afin de mieux correspondre aux calculs régionaux et internationaux, et non à la volonté nationale.

La question qui doit être posée sans ambages : qui détient le droit de déterminer l'avenir de Gaza ? Les forces qui ont échoué à arrêter la guerre ? Ou celles qui ont fourni le soutien politique à sa continuité ? Ou bien le droit, tout simplement, appartient aux habitants de Gaza eux-mêmes, dans le cadre d'un consensus national qui n'est pas soumis à une tutelle ?

Tout chemin qui dépasse deux principes clairs, mettre fin à l'occupation sous toutes ses formes, et respecter le droit du peuple palestinien de choisir ses représentants, ne sera qu'une gestion temporaire d'une crise profonde. De telles initiatives peuvent réussir à acheter du temps, mais elles n'achèteront pas de légitimité, et ne fonderont pas une stabilité durable.

Gaza n'est pas un projet d'investissement, ni un point à l'ordre du jour du Conseil. Elle fait partie d'un peuple qui n'a pas renoncé à son droit à la liberté. Et tout "lendemain" construit sur l'ignorance de cette réalité ne sera qu'une continuité de la crise, sous une forme plus élégante, et moins sincère.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.