Gaza entre le plan Trump et les réalités israéliennes : une attente difficile pour une phase floue
Articles

Gaza entre le plan Trump et les réalités israéliennes : une attente difficile pour une phase floue

Les Gazaouis vivent aujourd'hui dans une marge d'une phase politique inachevée ; une phase censée marquer le début de la réorganisation de la réalité du secteur après deux ans de guerre d'extermination, mais qui semble en réalité coincée entre le plan américain et les réalités de l'occupation, entre une décision internationale saturée de promesses et une politique israélienne déterminée à l'avorter avant même sa naissance. Au cœur de ce paysage, les Palestiniens se trouvent face à un avenir dont les détails se dessinent en dehors de leurs frontières, tandis que leur sort est mis sur la table de négociations sécuritaires qui ne se soucient même pas de leur existence.

Depuis l'adoption du plan Trump au Conseil de sécurité, il a été traité comme une plate-forme de transition : désarmement des factions, retrait de l'armée des zones orientales, lancement de la reconstruction, et introduction d'une force internationale multinationale. Mais ce qui se passe en réalité va dans la direction opposée ; Israël travaille à ancrer sa présence à l'est du secteur, à tracer des lignes de séparation sur le terrain à travers ce que l'on appelle le "ligne jaune", et à diviser Gaza en zones rouges et vertes, en contradiction flagrante avec le cœur du plan américain. De ce fait, l'État d'occupation produit à nouveau sa stratégie constante : un contrôle sécuritaire permanent, et le maintien du secteur dans un état de désintégration qui l'empêche de formuler un avenir politique dans le cadre du système palestinien.

Ce qui est le plus évident aujourd'hui, c'est l'insistance israélienne sur la construction d'un "réel alternatif" : des villes de camps à Rafah, des maisons mobiles, et des zones tampons sous prétexte d'organiser la vie des habitants. Mais derrière cette ingénierie sur le terrain se cache une vision plus profonde : la reconstruction démographique et sociale de Gaza, la transformation du territoire en un espace de sécurité, dépourvu de souveraineté, géré par une autorité administrative temporaire qui n'a pas son propre mot à dire. C'est ce qu'illustre l'idée du "Conseil de la paix" et de "l'Autorité de la stabilité", qui sont destinés à gérer la vie des gens sous une direction étrangère, tandis que le vrai contrôle reste entre les mains de l'occupation.

Quant à la force internationale promise, elle est passée de "force de paix" à "force d'application", sa mission principale – comme le veut Israël – étant de désarmer le Hamas et les factions. C'est quelque chose que rejettent les pays arabes et islamiques par crainte d'entrer en collision directe avec les Palestiniens, ou de paraître comme des partenaires dans leur désarmement. C'est pourquoi des estimations israéliennes indiquent que les chances de former cette force sont devenues quasi nulles, et que la deuxième phase du plan est menacée de paralysie complète.

En se basant sur l'expérience d'Israël avec les décisions internationales, il ne semble pas que cette paralysie soit accidentelle, mais plutôt partie d'une stratégie constante : prendre ce qui sert ses intérêts du plan américain et bloquer ce qui lui est contraire. Israël acceptera l'existence d'une autorité technocratique dans les zones qui lui sont soumises, mais reliera tout à son contrôle sécuritaire absolu. Les autres zones seront laissées dans le même vide que celui dans lequel elle gère la Cisjordanie et le Sud-Liban : gestion à distance et intervention en cas de besoin, tout en maintenant la crise ouverte autant que nécessaire.

En parallèle, un recul relatif de l'intérêt américain semble apparaître après le passage de la décision, comme si Washington se contentait d'un accomplissement politique sur papier, laissant le test de la bonne foi pour le mois prochain, avant de passer à l'exécution au début de 2026. Cet écart entre la décision et l'exécution donne à Israël une occasion en or de redéfinir la réalité sur le terrain avant l'arrivée de toute force internationale potentielle.

Parallèlement, l'Autorité palestinienne – selon les fuites – avance vers un nouveau rôle à travers la "commission présidentielle", afin d'être une référence parallèle au "Conseil de paix" dirigé par l'OLP. Bien que cette voie ne soit pas centrale pour Israël aujourd'hui, les promesses américaines de donner à l'autorité un rôle dans les zones occupées – à l'instar du modèle de la Cisjordanie – semblent séduisantes pour l'autorité cherchant à retrouver un ancrage à Gaza. Ce rôle pourrait être acceptable pour les Palestiniens s'il est présenté au bon moment.

Quant à Hamas, il se trouve face à une nouvelle réalité sans plan clair. Le mouvement agit de manière pragmatique, et comprend que sa survie politique est conditionnée par l'acceptation du plan américain sans rôle civique ou administratif direct. Il a peut-être déjà reçu des signaux américains qui maintiennent sa présence politique en échange de son engagement strict sur un chemin post-guerre.

En revanche, les tentatives des pays arabes semblent incapables d'imposer un quelconque ajustement tangible au plan ou au rythme de son application. L'Égypte agit avec plus d'énergie que les autres, mais le maximum qu'elle puisse faire jusqu'à présent est de limiter les effets de la phase de transition, sans réelle capacité à changer la direction tracée par Washington et imposée par Israël sur le terrain.

Gaza aujourd'hui n'est pas dans une phase de transition autant qu'elle est dans une phase "suspendue", réaménagée au-dessus des décombres, et les Palestiniens y sont redéfinis entre des lignes sécuritaires et des frontières politiques sur lesquelles ils n'ont pas d'influence. Cette attente pesante n'est pas seulement un vide politique, mais une reproduction de la logique du contrôle : l'occupation décide, les États-Unis bénissent, les Arabes et les musulmans sont incapables d'influencer, et les Palestiniens paient le prix seuls. À moins qu'une volonté et une capacité palestiniennes se formulent pour briser ce parcours, l'avenir de Gaza restera soumis à la volonté des autres, pas à la sienne.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.