La transformation numérique en Palestine entre domination technologique et opportunités d'indépendance souveraine
Le monde connaît une transformation numérique accélérée qui est devenue le nerf de la vie économique et sociale, et un moteur essentiel de la croissance et de la compétitivité. Alors que de nombreux pays ont réussi à tirer parti de cette transformation pour élargir les opportunités et améliorer l'efficacité des services, la Palestine fait face à une réalité complexe où l'ambition se heurte aux contraintes, la technologie à la politique, et la souveraineté au contrôle extérieur.
La transformation numérique en Palestine ne peut être perçue seulement comme un processus de mise à jour technique, mais comme une question de souveraineté touchant les infrastructures nationales en matière de communications, le secteur financier et les données. Chaque service numérique et chaque transaction électronique passent par des réseaux soumis partiellement à la surveillance ou au contrôle israélien, rendant le parcours palestinien vers une économie numérique indépendante semé d'embûches structurelles.
La domination des infrastructures et le contrôle des communications
Les infrastructures de communication en Palestine restent entravées par des restrictions israéliennes à plusieurs niveaux, allant du contrôle du spectre radioélectrique aux passerelles de liaison internationale. Par exemple, les fournisseurs de services palestiniens n'ont pu activer les réseaux de quatrième génération (4G) que récemment en Cisjordanie, tandis que Gaza en est toujours privée. Ce retard se traduit pratiquement par un fossé numérique entre les Palestiniens et leurs voisins, affaiblissant la capacité des startups à rivaliser sur le plan régional.
Les estimations de la Banque Mondiale (2024) indiquent que la perte d'accès complet aux services de quatrième et cinquième génération a coûté à l'économie palestinienne environ 1,2 milliard de dollars de produit intérieur brut au cours de la dernière décennie. En revanche, habiliter la transformation numérique pourrait ajouter entre 1,5 et 2,2 % au PIB chaque année et créer plus de 15 000 nouveaux emplois au cours des cinq prochaines années, en particulier dans les secteurs des services financiers, du commerce électronique et de la technologie.
L'économie financière numérique entre régulation nationale et domination indirecte
Ce contrôle ne s'arrête pas uniquement aux services Internet, mais s'étend également aux systèmes financiers numériques. Les systèmes de paiement locaux tels que PalPay et Jawwal Pay fonctionnent sous des cadres bancaires palestiniens agréés par l'Autorité monétaire palestinienne, mais restent liés au système financier israélien via le décompte et les transferts en shekels.
Cette connexion structurelle impose des restrictions indirectes à l'expansion de ces systèmes vers la région ou à leur intégration dans les systèmes financiers mondiaux, où les transferts électroniques et les opérations transfrontalières restent soumis à des autorisations et des approbations d'institutions israéliennes ou à des réseaux bancaires intermédiaires.
Ce contrôle structurel rend difficile pour la Palestine de construire un système de paiement souverain intégré et retarde le développement des services financiers numériques, qui constituent aujourd'hui la colonne vertébrale des économies modernes. Par exemple, la Jordanie dispose d'un système unifié de paiements numériques (JoMoPay) supervisé par la Banque centrale, lui permettant de relier les portefeuilles électroniques aux systèmes régionaux et mondiaux. Pendant ce temps, la Palestine dépend toujours d'un système fragmenté et limité, géré dans un espace financier non intégré.
Innovation palestinienne entre ambition et obstacles
Malgré ces obstacles, les jeunes Palestiniens montrent une capacité d'innovation et de résilience remarquable. Au cours des trois dernières années, la Palestine a enregistré plus de 120 startups numériques dans les domaines de l'intelligence artificielle, de l'éducation en ligne et du commerce numérique, selon les données du Centre palestinien pour l'entrepreneuriat (2024).
Cependant, ces projets font face à des défis opérationnels difficiles, notamment la difficulté d'importer du matériel technique, d'accéder aux passerelles de paiement internationales ou de protéger les données dans un environnement soumis à un contrôle extérieur sur l'infrastructure cloud.
De plus, l'absence d'une structure législative intégrée pour la gouvernance des données ouvre des failles dans la sécurité de l'information, rendant l'indépendance numérique un défi supplémentaire. Il ne suffit pas de développer des capacités techniques sans un cadre légal et institutionnel garantissant la souveraineté sur les données et les transactions.
Vers une indépendance numérique progressive
Construire une indépendance numérique et financière en Palestine ne peut pas se réaliser d'un seul coup, mais à travers un processus progressif, réaliste et par étapes. La première étape consiste à renforcer le rôle de l'Autorité monétaire palestinienne comme un cadre central pour les systèmes de paiement et à développer une passerelle nationale souveraine pour les paiements numériques, qui connecte les institutions financières et bancaires palestiniennes au sein d'un réseau interne sécurisé.
La deuxième étape consiste en une ouverture régionale organisée par le biais de partenariats avec les banques centrales en Jordanie et en Égypte, permettant de relier les paiements palestiniens aux systèmes régionaux sans passer par le décompte israélien obligatoire. Il est également nécessaire de créer une infrastructure cloud palestinienne locale pour le stockage des données et des services gouvernementaux, réduisant ainsi la dépendance aux serveurs étrangers gérés à l'étranger.
Quant à la troisième étape, elle implique un renforcement humain et institutionnel, à travers des programmes nationaux spécialisés dans les compétences numériques, visant les universités et le secteur privé, et renforçant la participation des femmes et des jeunes dans l'économie numérique. Sans une base humaine formée et qualifiée, la technologie reste de simples outils sans contenu de développement.
Conclusion : de la dépendance technique à l'indépendance souveraine
La transformation numérique en Palestine dépasse la simple mise à jour des services ou le lancement d'applications électroniques ; c'est un projet de souveraineté nationale dans un nouvel espace, qui ne se mesure pas à la terre mais aux données, et qui n'est pas administré par des frontières mais par des réseaux.
Dans un monde où l'économie de la connaissance prend de l'importance, posséder la décision numérique devient une condition essentielle pour construire une économie indépendante.
Quelles que soient les restrictions imposées, il existe encore une opportunité de créer un modèle palestinien de transformation numérique basé sur la coopération régionale, la souveraineté sur les données et l'intégration des secteurs public et privé dans la construction d'un avenir économique plus indépendant et juste.
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