Singel
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Il y a des villages que l'on aborde par la route, et d'autres que l'on aborde par la douleur. Et Singel, ces jours-ci, ne vous accueille pas d'abord par ses habitants, mais par des portes en fer et des barbelés, comme si l'occupation avait décidé d’écrire le nom du village dans la langue du siège avant que les gens ne puissent le lire sur les cartes.
Notre voyage à Singel n’était pas un voyage ordinaire. J'étais accompagné de mon ami Sohaib Jarar, en route pour chercher notre troisième ami, le fils du village Yahya Habayeb, qui ne peut pas sortir avec sa voiture comme c’est le cas pour plus de dix mille habitants de Singel, dans un village devenu une grande prison.

Le village n'est plus seulement assiégé par les colonies, mais l'occupation l’a entouré de barbelés, et a fermé ses entrées avec des portes en fer, des talus de terre et des blocs de béton, de sorte qu'entrer et sortir devient une longue et pénible épreuve, comme si la punition n'était plus dirigée contre un individu ou un groupe, mais contre tout un village qui a choisi de rester.


Lorsque vous entrez à Singel, vous sentez que l’endroit ne ressemble pas aux villages palestiniens que nous connaissions. Il y a une lourdeur dans l’air, quelque chose qui dit que ce village vit un état de siège quotidien. Les routes sont coupées, et les agriculteurs regardent leurs terres à travers les obstructions, tandis que les habitants parlent des fermetures comme si cela faisait désormais partie intégrante de leur quotidien.

Yahya nous a emmenés au village de Jifna, nous voulions passer quelques heures loin de cette réalité suffocante. Nous nous sommes assis, avons parlé et ri, et avons essayé de retrouver un peu de la vie normale que l'occupation tente de s'approprier. Mais une personne ne sort pas du siège simplement en quittant un endroit ; le siège reste dans le cœur, dans l’inquiétude pour les proches, et dans la question constante : que se passe-t-il après le retour ?

La nuit, nous avons ramené Yahya à Singel, et ce ne fut que quelques minutes avant que les nouvelles n'arrivent. Les colons ont attaqué les abords du village et ont mis le feu aux cultures, tandis que les jeunes de Singel se mobilisaient de partout pour soutenir leurs familles et protéger leurs maisons et leurs terres. Dans les moments de danger, la véritable image de ce village est apparue : des jeunes qui quittent leurs maisons non pas à la recherche d’un affrontement, mais pour défendre un olivier, une maison, et un simple droit d’être en sécurité sur sa terre.

Ce n'est pas seulement l'histoire de Singel. C’est une image miniature de ce qui se passe dans de nombreux villages et villes palestiniens. À Al-Tira, les colons ont placé des blocs de béton pour fermer les routes aux habitants, un spectacle qui révèle comment le colon est devenu partenaire dans le dessin des détails de la vie quotidienne des Palestiniens. À Al-Mughayer, Turmus Ayya, Qaryout, Kafr Malik, Barqa, et Masafar Yatta, ainsi que dans la vallée du Jourdain, l'histoire se répète : terre assiégée, routes fermées, et habitants poussés vers le désespoir dans le but de transformer le départ en un choix imposé.

Ce qui se passe n'est pas le chaos d'une poignée de colons, mais fait partie d'une politique visant à changer la réalité sur le terrain. Car quand la route est fermée, le village assiégé, les cultures brûlées, et l'agriculteur empêché d'accéder à sa terre, l'objectif n'est pas seulement de blesser l’instant, mais de frapper la relation de l'homme avec son espace et sa mémoire.

Singel le comprend très bien. Ce n'est pas un village anodin sur la carte de Ramallah, mais une ville avec une histoire profonde, portant dans sa terre les vestiges des civilisations, et dans l'âme de ses habitants l'histoire de la résistance palestinienne. C’est pourquoi son combat aujourd'hui n'est pas seulement pour la route ou le champ, mais pour le sens même de l’existence.

Nous avons quitté Singel, mais l'image des fils barbelés et des portes est restée présente. Le visage de Yahya, alors qu'il retourne dans son village assiégé, est resté, ainsi que la scène de ses jeunes qui sortent pour protéger leur terre du feu.

Le pouvoir d'occupation peut fermer une porte, ou mettre un bloc de béton, ou couper une route, mais il ne peut pas fermer la mémoire d'un peuple qui est plus lié à sa terre qu'à la route qui y mène. Singel aujourd'hui n'est pas qu'un simple village assiégé ; c'est un témoignage vivant de la Palestine qui est assiégée de l'extérieur, mais qui devient de plus en plus unie de l'intérieur.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.