L'économie palestinienne 2026 : Croissance sur le papier... et crise dans le porte-monnaie des citoyens
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L'économie palestinienne 2026 : Croissance sur le papier... et crise dans le porte-monnaie des citoyens

Lorsque les économistes parlent de croissance et de récession, ils s'expriment en chiffres. En revanche, le citoyen palestinien mesure l'économie de manière totalement différente. Il la juge au nombre de jours durant lesquels il peut acheter les besoins de sa famille, à sa capacité à payer le loyer, aux opportunités d'emploi qui protègent sa dignité et à sa capacité à éduquer ses enfants et à garantir leur avenir.

En 2026, le Palestinien vit une paradoxe économique complexe. D'une part, certains indicateurs officiels montrent une amélioration relativement par rapport à 2024, l'une des pires années de l'histoire de l'économie palestinienne. D'autre part, la réalité du vécu quotidien reflète encore une crise profonde qui n'a pas quitté les détails de la vie quotidienne.

Actuellement, l'économie palestinienne ne traverse pas une phase de véritable récupération, mais une phase de stabilité précaire après un choc sans précédent.

Croissance économique qui ne se fait pas sentir pour le citoyen

Les données du Bureau central des statistiques palestinien indiquent que l'économie palestinienne devrait croître en 2026 d'environ 4,1 % à 4,5 %, après une croissance d'environ 4 % en 2025 par rapport à 2024.

Cependant, la lecture de ces chiffres isolément du contexte peut être trompeuse.

En effet, l'économie palestinienne a perdu ces dernières années une grande partie de sa capacité productive, et la croissance réalisée est survenue après un effondrement économique généralisé, elle représente donc une reprise partielle à partir d'une base très basse et non une véritable expansion économique.

De plus, le produit intérieur brut reste inférieur d'environ un quart à son niveau d'avant la crise, tandis que le PIB par habitant a chuté d'environ 3095 dollars en 2022 à près de 2300 dollars à prix constants, ce qui reflète un déclin évident du revenu réel des citoyens.

En d'autres termes, l'indicateur économique pourrait s'améliorer, mais la capacité des familles palestiniennes à dépenser continue de diminuer.

Gaza... une économie en quête de vie

Il est difficile de décrire ce qui est arrivé à l'économie de la bande de Gaza seulement comme une récession ou une contraction ; c'est un effondrement économique total.

Économie du secteur a diminué d'environ 84 % par rapport à son niveau avant la guerre, tandis que le PIB par habitant a chuté à des niveaux avoisinant 200 dollars par an, ce qui est l'un des plus bas au monde.

Derrière ces chiffres se trouvent des centaines de milliers de familles qui ont perdu leurs sources de revenu, des milliers d'établissements qui ont fermé, une infrastructure largement détruite, ainsi que un arrêt presque total des secteurs de la production et des services.

L'activité économique à Gaza dépend dans une grande mesure de l'aide humanitaire, tandis que la contribution des secteurs productifs a chuté à des niveaux sans précédent.

Jordanie... résilience économique sous pression

En revanche, la Cisjordanie a connu une amélioration relative par rapport à l'année précédente, alimentée par le retour partiel de certains travailleurs sur le marché de l'emploi en Israël et une amélioration limitée de certaines activités économiques.

Cependant, cette amélioration est restée limitée en raison des restrictions continues sur la circulation, de la baisse des investissements, de la faiblesse de la liquidité et du retard dans le versement des paiements financiers, ainsi que d'un climat d'incertitude qui limite l'expansion du secteur privé.

En effet, l'économie en Cisjordanie ne croît pas parce qu'elle est devenue plus productive, mais parce qu'elle s'efforce de s'adapter à une réalité très complexe.

Le chômage... la crise qui touche chaque foyer

Le chômage demeure le plus grand défi pour l'économie palestinienne.

Le taux de chômage général a atteint environ 29,5 % au cours du premier trimestre de 2026, tandis qu'il a dépassé 78 % dans la bande de Gaza, contre environ 29 % en Cisjordanie.

Les jeunes demeurent le groupe le plus touché, avec des taux de chômage dépassant 40 %, tandis que les femmes font face à des défis supplémentaires qui limitent leurs opportunités économiques.

Ces chiffres ne signifient pas seulement l'absence d'emplois, mais aussi le report des mariages, la hausse des taux d'immigration, une dépendance accrue à l'aide et une augmentation de la pauvreté, ainsi qu'une diminution de la stabilité sociale.

L'inflation... moins de revenus et des coûts plus élevés

Malgré les disparités entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, le citoyen palestinien fait face à des pressions croissantes en raison de l'augmentation des prix de nombreux biens et services essentiels.
Alors que les revenus réels ont diminué, les coûts des aliments, du transport, du logement et de l'énergie ont augmenté, plaçant les familles palestiniennes devant une équation difficile de revenus limités avec des dépenses croissantes.

Cela explique pourquoi les citoyens ressentent une dégradation des conditions économiques même lorsque les rapports évoquent une croissance économique.

Coût économique dépassant les chiffres

Les estimations des institutions internationales indiquent que les besoins de reconstruction de Gaza s'élèvent à environ 71,4 milliards de dollars dans les années à venir, y compris la reconstruction des logements, des infrastructures et des secteurs de la santé, de l'éducation et de la production.

Les rapports des Nations Unies indiquent également que le coût cumulatif de l'occupation sur l'économie palestinienne depuis 2000 a dépassé 212 milliards de dollars, un chiffre qui reflète l'ampleur des opportunités économiques perdues par l'économie palestinienne au cours de plus de deux décennies.

Ces chiffres ne représentent pas seulement des pertes financières, mais aussi des usines qui n'ont pas été construites, des emplois qui n'ont pas été créés, des investissements qui ne sont pas arrivés et des générations qui ont payé le prix de l'absence de développement.

Pourquoi le citoyen ne ressent-il aucune amélioration ?

La réponse est simple et complexe à la fois.

Car la croissance actuelle ne repose pas sur l'expansion de la production ou l'augmentation des investissements, mais dépend dans une large mesure de l'aide, de la consommation, des transferts financiers et d'une reprise partielle après un grand effondrement.

Alors que les restrictions sur la circulation et le commerce, la faiblesse des investissements et la baisse de confiance du secteur privé persistent, toute amélioration restera limitée et ne se traduira pas directement par un niveau de vie supérieur pour les citoyens.

C'est pourquoi le Palestinien a l'impression que sa vie quotidienne n'a pas changé, malgré le changement de certains indicateurs économiques.

Où se trouvent les opportunités de reprise ?

Malgré cette image sombre, l'économie palestinienne n'est pas dépourvue d'opportunités sur lesquelles on peut s'appuyer.

Le numérique, l'entrepreneuriat, l'agriculture intelligente, les énergies renouvelables, l'industrie alimentaire et le tourisme, une fois la situation stabilisée, représentent des secteurs capables de créer de la valeur ajoutée et de nouvelles opportunités d'emploi si l'environnement est favorable.

De plus, investir dans le capital humain, l'éducation, l'innovation et l'autonomisation des jeunes constitue la voie la plus durable pour construire une économie plus résiliente face aux crises.

 En fin de compte 

L'économie palestinienne en 2026 traverse une phase de transition délicate entre une reprise partielle et la poursuite de la crise.

Certains indicateurs macroéconomiques peuvent s'améliorer, mais l'économie réelle est celle que le citoyen ressent dans sa vie quotidienne, et non celle qui apparaît dans les tableaux statistiques.

On ne peut parler d'une reprise économique durable sans reconstruction complète, amélioration de l'environnement d'investissement, levée des restrictions qui entravent l'activité économique, renforcement de la production locale et création d'opportunités d'emploi réelles qui préservent la dignité humaine.

L'économie, au fond, n'est pas seulement des chiffres, mais c'est aussi l'homme.

Et lorsque la dignité humaine devient le centre des politiques économiques, les chiffres se transforment en développement, la croissance se change en opportunités, et la résistance devient un avenir que mérite le Palestinien.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.