La panique d'achat et ses conséquences face à la crise du pétrole et du gaz en Palestine après la guerre contre l'Iran
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La panique d'achat et ses conséquences face à la crise du pétrole et du gaz en Palestine après la guerre contre l'Iran

Dans le cadre de la guerre américaine et israélienne contre l'Iran et des réactions militaires iraniennes qui ont suivi contre les bases dans le Golfe Persique, les prix du pétrole ont fortement augmenté, approchant le seuil de 119 dollars le baril avant de redescendre à environ 110 dollars, avec des fluctuations quotidiennes atteignant par moments 28 % en une seule journée, le plus haut élan quotidien depuis 1988. Ces sauts ont rappelé les grandes crises énergétiques telles que la crise des années 70 et la crise de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, mais elles sont aujourd'hui plus complexes en raison du lien profond entre les marchés financiers et les chaînes d'approvisionnement mondiales.

En Palestine, ces évolutions ont eu un impact direct sur les prix des combustibles pour le mois de mars 2026, où le prix du litre de l'essence 95 a augmenté à 6,85 shekels au lieu de 6,71, l'essence 98 à 7,80 shekels au lieu de 7,66, tandis que le prix du diesel et du kérosène a atteint 5,96 shekels au lieu de 5,79 environ. Les estimations économiques indiquent que le prix du litre d'essence pourrait atteindre environ 9 shekels si le prix en Israël monte à 10 shekels au début d'avril prochain, ce qui représenterait un fardeau supplémentaire pour les citoyens qui consomment plus d'un milliard de litres de combustible par an, soit 90 millions de litres par mois, dont 67,5 millions de litres de diesel et 22,5 millions de litres d'essence.

L'impact ne se limite pas à la Palestine, mais s'étend au monde entier. En Europe, les prix du gaz naturel ont augmenté de 15 % au cours de la dernière semaine, tandis qu'aux États-Unis, les prix de l'essence ont crû de plus de 10 %, atteignant un prix moyen du gallon à 3,85 dollars. Les marchés asiatiques ont également connu une augmentation des coûts du transport maritime de 18 % en raison des interruptions des chaînes d'approvisionnement dans le Golfe. Ces chiffres reflètent que la crise n'est pas seulement locale ou régionale, mais qu'il s'agit d'une crise mondiale menaçant d'entraîner une vague d'inflation massive pouvant atteindre 6 % dans certaines grandes économies si les prix demeurent à leurs niveaux actuels.

Au niveau local, le phénomène de panique d'achat demeure l'une des caractéristiques économiques majeures accompagnant les crises géopolitiques. En Cisjordanie, avec environ 393 000 véhicules immatriculés jusqu'à la fin de 2023, dont 174 000 fonctionnent à l'essence et 206 000 au diesel, les consommateurs se précipitent pour stocker du carburant et du gaz, craignant une interruption, ce qui entraîne un épuisement rapide des quantités disponibles et laisse de larges couches sans ressources essentielles. Ce phénomène n'est pas nouveau ; les marchés palestiniens et mondiaux ont connu un comportement similaire lors de crises passées telles que l'invasion russe de l'Ukraine, où la peur collective a créé une rareté artificielle qui a poussé les prix encore plus haut que ce que le marché mondial impose. La question posée aujourd'hui est de savoir si les marchés pourront absorber ce choc comme cela s'est produit dans des expériences antérieures, ou si la poursuite de la guerre fera de la panique d'achat un facteur aggravant de la crise, augmentant la fragilité de l'économie locale et approfondissant l'inflation importée qui pourrait dépasser 7 % si les prix continuent à augmenter.

Parallèlement à la crise des combustibles, la crise du gaz domestique en Palestine s'est aggravée, en particulier dans la bande de Gaza, où les approvisionnements ont été suspendus pendant plus d'une semaine, entraînant un déficit estimé à environ 70 % des besoins réels par rapport aux quantités antérieurement livrées. Le secteur a besoin d'environ 8 000 tonnes par mois, équivalent à 260 tonnes par jour pour satisfaire les besoins minimums de la population, mais les quantités entrées ces derniers jours n'ont inclus aucune cargaison de gaz, avant l'arrivée de seulement 4 camions le 9 mars, une quantité insuffisante pour couvrir la demande croissante. Ce manque aigu menace la sécurité alimentaire et sanitaire et perturbe les services humanitaires essentiels, surtout avec l'arrivée du mois de Ramadan et l'augmentation des besoins des citoyens.

Il convient de noter que les prix du pétrole et des combustibles sont fixés mondialement selon une équation complexe englobant l'offre et la demande, les risques géopolitiques, les politiques de production de l'OPEP et le niveau des réserves stratégiques, en plus du taux de change du dollar, qui est resté relativement stable à 3,1 shekels pour un dollar lors de la dernière semaine. En Israël, puis en Palestine, les prix sont soumis à un système de contrôle gouvernemental actualisé mensuellement basé sur les prix des combustibles dans la région méditerranéenne, auxquels s'ajoutent les taxes et frais locaux représentant environ 50 % du prix final. Cette équation rend le marché palestinien directement à la merci des évolutions mondiales et israéliennes, sans outils indépendants pour atténuer les effets des chocs.

Enfin, la question reste ouverte : les prévisions d'une hausse des prix du pétrole à des niveaux dépassant 140 voire 150 dollars le baril se réaliseront-elles dans les semaines à venir, et cela se reflétera-t-il sur le marché palestinien par de nouvelles augmentations pouvant porter le litre d'essence à 9 shekels ou plus, aggravant ainsi la crise du gaz domestique à des niveaux sans précédent ? Ou les interventions des grandes puissances en injectant leurs réserves stratégiques et en fournissant des approvisionnements supplémentaires freineront-elles ces hausses et empêcheront-elles les prix d'atteindre des niveaux record ? La réponse dépendra toujours de l'évolution de la guerre et de ses conséquences, ainsi que de la mesure dans laquelle les marchés mondiaux pourront absorber ce nouveau choc géopolitique.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.