La société palestinienne de combustibles : d'une dépendance à un partenariat
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La société palestinienne de combustibles : d'une dépendance à un partenariat

Lorsque la création de la société palestinienne de combustibles a été annoncée, la première question sur les lèvres des citoyens était : le prix de l'essence baissera-t-il demain ? C'est une question légitime dans le contexte des pressions économiques actuelles. Mais la question la plus importante qui devrait être posée est : sommes-nous face à la naissance d'un bras économique stratégique pour l'État palestinien, ou s'agit-il simplement d'une réorganisation du marché au sein du même système ?

Car nous ne parlons pas d'une petite entreprise ou d'un secteur à impact limité, mais d'un marché dont la taille dépasse 10 milliards de shekels par an, consommant plus de 1,4 milliard de litres de produits pétroliers chaque année, avec une moyenne d'environ quatre millions de litres par jour, soit l'équivalent du remplissage d'environ 1600 citernes par jour. Le secteur des combustibles constitue également l'une des principales sources de revenus publics, les recettes fiscales qui y sont liées étant estimées à environ 3,3 milliards de shekels par an, soit près d'un tiers des revenus de la compensation non transférés.

C'est pourquoi tout changement dans la manière dont ce secteur est géré n'affecte pas seulement les stations-service ou les entreprises de distribution, mais s'étend aux finances publiques, à l'investissement, aux transports, à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, ainsi qu'à la capacité de l'économie palestinienne à résister aux crises.

Cette décision intervient à un moment économique très sensible. L'économie palestinienne fait face à une crise de compensation persistante, une dette publique approchant les 47 milliards de shekels, des pressions croissantes sur le budget général, et un déclin des niveaux de liquidités. Dans ce contexte de défis, le besoin d'outils économiques nouveaux capables de générer des revenus, de renforcer l'investissement et de réduire les niveaux de dépendance économique devient pressant.

Les données préliminaires circulant sur la nouvelle société indiquent un modèle de partenariat qui réunit le gouvernement et le secteur privé, avec le gouvernement détenant 51 % du capital contre 49 % pour le secteur privé. Si ce modèle est officiellement validé, nous serons face à une expérience différente des entreprises gouvernementales traditionnelles, où le gouvernement conserve un rôle souverain et stratégique, tandis que le secteur privé contribue à l'investissement, à l'expertise opérationnelle et à la flexibilité administrative.

Mais l'importance de ce modèle ne se limite pas au secteur des combustibles, elle ouvre également la porte à un débat économique plus large concernant la forme du modèle économique palestinien dans les années à venir. Alors que l'expérience économique palestinienne au cours des dernières décennies a reposé sur la promotion du secteur privé, de l'investissement et de la concurrence, il semble que la phase actuelle pousse vers un rôle plus important de l'État dans certains secteurs stratégiques, mais à travers des partenariats économiques qui ne suppriment pas le rôle du secteur privé mais le redéfinissent.

La transformation la plus importante ne réside pas seulement dans la création de la société, mais dans la séparation entre le rôle réglementaire et le rôle commercial. Le fait que l'Autorité générale du pétrole continue d'établir les politiques et de superviser le secteur, tandis que les opérations commerciales et d'investissement sont transférées à une société spécialisée, constitue une étape importante pour renforcer la transparence, améliorer l'efficacité et optimiser la gestion professionnelle de ce secteur vital.

Au cours des dernières décennies, la Palestine a dépendu presque entièrement du marché israélien pour son approvisionnement en combustibles. Bien que l'idée répandue soit que le protocole économique de Paris empêche l'importation de combustible de l'étranger, la réalité est différente. L'accord permet en principe l'importation de sources extérieures dans des conditions et procédures spécifiques, mais le défi a toujours été lié à l'infrastructure et aux capacités logistiques et financières nécessaires.

C'est là que l'une des opportunités les plus importantes que la nouvelle société pourrait créer émerge : la question n'est pas seulement d'acheter du combustible, mais de construire un système national intégré comprenant le stockage stratégique, la diversification des sources d'approvisionnement, l'amélioration de la gestion de la chaîne d'approvisionnement et la réduction des risques associés à la dépendance à une seule source.

Dans ce contexte, la question du stockage acquiert une importance exceptionnelle. Depuis des années, nous avons appelé dans de nombreux articles et analyses économiques à la nécessité d'investir dans la création de citernes et de réservoirs stratégiques pour les combustibles, considérés comme une partie intégrante du système de sécurité économique palestinien. Les États ne se mesurent pas seulement à leur capacité à importer de l'énergie, mais à leur capacité à la stocker, à la sécuriser et à la gérer efficacement en période de crise.

Posséder des capacités de stockage suffisantes permet d'exploiter les périodes de baisse des prix mondiaux et de réduire les risques d'interruptions soudaines ou de fluctuations brusques sur les marchés. C'est pourquoi la valeur réelle de la société palestinienne de combustibles ne réside peut-être pas tant dans la distribution de combustible, mais dans sa capacité à investir dans l'infrastructure énergétique, à renforcer la sécurité énergétique et à ouvrir la voie à de nouveaux investissements dans le stockage, l'importation et peut-être le raffinage à l'avenir.

Au milieu des fluctuations géopolitiques croissantes dans la région et des marchés énergétiques mondiaux, l'importance de posséder des outils nationaux capables de diversifier les sources d'approvisionnement, de renforcer la sécurité énergétique et de réduire l'impact des chocs externes sur l'économie palestinienne augmente.

Pour le citoyen palestinien, il est naturel de se demander quel en sera le bénéfice direct de ce projet. La réponse réaliste est que le succès de la société ne sera pas seulement mesuré par la baisse du prix de l'essence ou du diesel. Le prix final reste affecté par les prix du pétrole mondial, les taxes, les frais et les coûts de transport et de stockage. Mais le véritable avantage pourrait se manifester par l'amélioration de l'efficacité opérationnelle, la réduction des pertes et l'optimisation de la gestion de la chaîne d'approvisionnement.

Pour illustrer l'importance de cela, une réduction des coûts d'exploitation et des pertes de seulement 2 % sur un marché dont la valeur dépasse 10 milliards de shekels par an pourrait signifier une économie de plus de 200 millions de shekels par an, somme qui pourrait être réinjectée dans l'économie palestinienne ou investie dans de nouveaux projets stratégiques.

Cependant, le succès de cette expérience dépendra d'un facteur clé : la gouvernance. L'histoire économique ne mesure pas le succès des institutions par la taille de leur capital ou leurs ambitions, mais par leur capacité à fonctionner selon des règles de transparence, de responsabilité, d'efficacité et d'indépendance professionnelle. Ici, je dis très clairement : le succès ou l'échec de cette société sera un véritable test de notre capacité à construire des institutions qui travaillent selon des normes professionnelles, loin des partage de pouvoir et des nominations non basées sur la compétence.

En fin de compte, il ne s'agit pas seulement de combustibles, de stations de distribution ou de prix de l'essence. La question est beaucoup plus profonde. Il s'agit de la capacité des Palestiniens à construire des institutions économiques stratégiques capables de gérer des ressources vitales, d'attirer des investissements, de renforcer les revenus publics et de réduire la dépendance économique dans l'une des périodes les plus complexes que traverse l'économie palestinienne.

Si cette expérience réussit, elle ne sera pas simplement une nouvelle société sur le marché, mais peut-être le premier bras économique souverain palestinien capable de transformer la dépendance en partenariat, et la consommation en investissement.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.