Après l'extermination : le modèle irlandais peut-il réparer la division palestinienne ?
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Après l'extermination : le modèle irlandais peut-il réparer la division palestinienne ?

Après la guerre d'extermination à Gaza, la division palestinienne n'est plus une crise politique différée, mais elle s'est transformée en une impasse existentielle menaçant le reste du projet national. L'écart entre Gaza et la Cisjordanie, et entre les factions et les institutions de représentation, ne limite plus seulement la capacité à faire face à l'occupation, mais est désormais exploité régionalement et internationalement pour reproduire une réalité palestinienne fragile, gérable plutôt que libérable.

Dans ce contexte, le "modèle irlandais" a refait surface comme une expérience qui a mis fin à un long conflit sanglant par le partage du pouvoir et le passage de la violence à la politique. Cependant, la véritable question n'est pas de savoir si ce modèle est applicable en Palestine, mais comment en tirer profit sans tomber dans le piège de gérer l'occupation au lieu de l'affronter.

Le modèle irlandais, qui s'est concrétisé dans l'Accord du Vendredi Saint en 1998, n'a pas mis fin au conflit pour la souveraineté en Irlande du Nord, mais l'a réorganisé politiquement. Il reposait sur la prévention de l'exclusion, la reconnaissance mutuelle des légitimités et des identités, et le report des grandes questions existentielles à une décision populaire ultérieure, dans un cadre institutionnel soutenu par des garanties internationales. Son essence n'était pas "la paix finale", mais la transformation du conflit de l'armement à la politique.

Mais appliquer ce modèle littéralement à la situation palestinienne ignore des différences structurelles cruciales. Le conflit en Irlande était un conflit interne au sein d'un entité politique existante, tandis que le conflit palestinien est une lutte nationale pour la libération contre une colonisation de peuplement de remplacement. De plus, le rapport de force en Palestine est profondément déséquilibré en faveur de l'occupation, en l'absence de tout médiateur international impartial, contre un soutien occidental évident à Israël.

C'est ici que réside le danger de l'utilisation du modèle irlandais pour vendre des solutions basées sur la gestion du conflit plutôt que sur sa résolution, ou pour imposer une équation de désarmement de la résistance en échange d'une autorité palestinienne dépouillée de sa souveraineté. Une telle proposition ne représente pas un compromis, mais une reproduction de la défaite politique sous le couvert de "réalisme".

Cependant, cela ne signifie pas un rejet total du modèle. La possibilité de l'utiliser réalistement réside dans la résolution de la division interne palestinienne, et non dans un compromis avec l'occupation. On peut s'inspirer de l'idée de partage du pouvoir entre Palestiniens, ce qui mettrait fin à la logique de l'exclusion et établirait un véritable partenariat politique dans un cadre national unificateur, redonnant son importance à l'Organisation de libération comme une véritable structure représentative et non comme un appareil désactivé.

Le modèle irlandais offre également une leçon importante sur la gestion des différends plutôt que leur élimination, en particulier en ce qui concerne la question des armes. En Irlande, le désarmement n’a pas été présenté comme une condition préalable, mais est venu à la suite d'un processus politique consensuel. Dans le cas palestinien, il est possible de différer la décision sur cette question et de convenir des règles régissant la relation entre la résistance et l'action politique, plutôt que de la transformer en un conflit interne qui épuise tout le monde.

Le concept de "légitimité multiple" se révèle également comme l'une des leçons les plus importantes de l'expérience irlandaise, c'est-à-dire la reconnaissance de la pluralité des sources de légitimité. Pour les Palestiniens, cela signifie reconnaître à la fois la légitimité de la résistance et la légitimité de la représentation politique, sans trahison ou monopolisation de l'identité nationale, et sans réduire le projet national à un seul parcours.

En résumé, la Palestine après l'extermination n'a pas besoin de modèles tout faits autant qu'elle a besoin de courage politique pour reconnaître que mettre fin à la division est une condition sine qua non pour toute confrontation sérieuse avec l'occupation. Tirer profit du modèle irlandais doit être un outil pour reconstruire l'unité nationale, et non un moyen de la domestiquer ou de la décharger de son contenu libérateur.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.