Guerre contre l'Iran : moment de supériorité israélienne ou début d'une guerre d'usure prolongée ?
Articles

Guerre contre l'Iran : moment de supériorité israélienne ou début d'une guerre d'usure prolongée ?

Au cours d'une semaine de l'opération "Rugissement du lion", Israël tente de dépeindre sa guerre contre l'Iran comme une frappe décisive et rapide. Mais l'analyse des faits militaires et régionaux révèle une réalité différente : une guerre ouverte sur plusieurs fronts, des pressions sur l'intérieur iranien, des tensions au Kurdistan, et un épuisement à long terme qui pourrait durer des mois. La seule puissance de feu ne tranchera pas le conflit, et la lutte se transforme en un test de patience et de stratégie dont les résultats sont déterminés par la réalité sur le terrain, pas par les plans annoncés.

Au septième jour de l'opération, le commentateur israélien David Gundelman a publié ce qui ressemble à un rapport militaire quotidien sur le déroulement de la guerre. Mais la lecture de ce rapport révèle qu'il ne fournit pas seulement des données sur le terrain, mais reflète également la manière de penser prédominante au sein d'une partie de l'institution de sécurité et des médias en Israël, où l'exposition des faits militaires est mélangée à un langage politique visant à consolider une image de supériorité et à gérer les attentes simultanément.

Ce qui attire d'abord l'attention dans ce discours est l'accent mis sur l'ampleur de la puissance de feu. La mention de l'utilisation de plus de 6500 munitions jusqu'à présent, par rapport à seulement environ 3700 dans l'opération précédente, n'est pas simplement une donnée technique, mais également un message politique et psychologique. L'objectif est de confirmer qu'Israël mène une guerre différente en termes de taille et de capacité, s'appuyant dans une large mesure sur la supériorité aérienne et technologique.

Cependant, cette supériorité n'annule pas les contraintes opérationnelles. La guerre contre l'Iran diffère fondamentalement des affrontements qu'Israël a eus au Liban ou dans la bande de Gaza. La grande distance, la complexité de l'espace aérien, et le besoin d'une large coordination avec les États-Unis rendent cette guerre plus complexe et épuisante. Par conséquent, le rapport lui-même admet que les frappes à Téhéran ne dépassent généralement pas deux ou trois par jour, bien que les calculs militaires théoriques suggèrent la possibilité d'en réaliser plus.

En revanche, le discours israélien cherche à mettre en avant le recul de la capacité de tir iranienne, en signalant une diminution du nombre de roquettes tirées chaque jour. Cependant, l'ironie est que le rapport lui-même insinue que ces évaluations pourraient être exagérées, invoquant l'exemple de la guerre du Golfe lorsque les États-Unis ont déclaré avoir détruit plus de plateformes de lancement que celles possédées par l'Irak à l'époque. Cette mention révèle une prise de conscience implicite que les évaluations militaires en temps de guerre sont souvent plus optimistes que ce que la réalité permet.

En même temps, il est clair que l'objectif israélien ne se limite pas à affaiblir les capacités militaires iraniennes. Les frappes visant les industries militaires et l'infrastructure sécuritaire du régime signalent une tentative de créer des conditions à long terme pour déstabiliser le régime lui-même. Cependant, le discours israélien reconnaît que le renversement du régime ne se réalisera pas nécessairement par des frappes militaires seules, mais par "d'autres facteurs", en référence à des pressions internes ou à des opérations secrètes ou à des transformations régionales.

En ce qui concerne les fronts régionaux, il semble qu'Israël essaie de maintenir l'affrontement avec le Hezbollah dans des limites contrôlables. Les frappes aériennes au Liban se poursuivent, mais sans élargir la manœuvre terrestre pour l'instant, ce qui reflète une prudence à l'égard d'un large front dans le nord à un moment où Israël est occupé par la guerre avec l'Iran.

En même temps, la pression sur l'Iran ne se limite pas à des frappes militaires directes. Les rapports israéliens évoquent une intensification des frappes aériennes le long de la frontière avec les zones kurdes, ciblant des sites des forces de la République islamique et des forces de sécurité intérieure. Bien que l'on parle souvent de la possibilité de l'engagement de groupes kurdes à l'intérieur de l'Iran, les indicateurs jusqu'à présent ne montrent pas de changements de terrain décisifs, rendant ce dossier plus proche d'un potentiel levier de pression que d'un front déjà ouvert.

Dans le contexte régional plus large, l'Azerbaïdjan apparaît comme l'un des acteurs qui suit l'escalade avec prudence, après des étapes d'escalade comprenant le retrait de diplomates d'Iran et l'arrestation d'éléments soupçonnés d'être liés aux Gardiens de la Révolution iraniens. Ces développements reflètent l'élargissement du cercle de tension autour de l'Iran, et la transformation de la guerre en un théâtre d'usure multi-fronts, où la pression militaire directe s'additionne à l'épuisement du régime à l'intérieur à travers un potentiel de chaos dans les régions kurdes et des pressions régionales environnantes, renforçant l'hypothèse que la stratégie israélo-américaine repose sur l'affaiblissement du régime sur tous les fronts plutôt que sur une simple résolution militaire conventionnelle.

Dans le contexte régional plus large, les pays arabes se trouvent dans une position d'observation prudente. Ils n'entrent pas en guerre directement, mais en même temps, ils maintiennent des canaux de communication ouverts avec diverses parties, ce qui reflète un environnement régional complexe dans lequel les États tentent d'éviter d'être entraînés dans un affrontement général, tout en maintenant un certain degré de flexibilité politique.

Cependant, ce que ce discours révèle le plus, c'est le ton idéologique qui s'infiltre à sa fin. La guerre est représentée comme une opportunité historique rare de redéfinir l'équilibre des pouvoirs dans la région, surtout dans le contexte de la mobilisation israélienne après les événements de l'attaque du 7 octobre 2023 et du large soutien militaire américain.

Mais cette vision porte une contradiction évidente. Alors qu'on présente la guerre comme un moment de supériorité sans précédent, le discours lui-même reconnaît que la guerre pourrait s'étendre sur des semaines, voire plus, et que de nombreux éléments demeurent flous. Cela signifie que la confiance déclarée dans la supériorité militaire ne supprime pas le fait que la guerre reste ouverte à des scénarios complexes.

Et ici réside la contradiction la plus importante. Les guerres qui commencent avec la logique de "l'opportunité historique" se transforment souvent au Moyen-Orient en guerres d'usure prolongées. La puissance aérienne peut détruire des installations, des plateformes de lancement et des centres de commandement, mais elle ne garantit pas nécessairement la réalisation des objectifs politiques majeurs pour lesquels les guerres sont menées.

C'est pourquoi la vraie question ne concerne pas seulement le nombre d'objectifs détruits ou de roquettes tirées, mais si cette guerre est vraiment capable de produire une nouvelle réalité politique. Les guerres peuvent commencer par des plans précis, mais elles se concrétisent finalement sur le terrain grâce à des faits que tout plan préalable ne peut contrôler entièrement. Et dans cette distance entre le plan et la réalité se déterminent toujours les véritables résultats des guerres.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.