Sommes-nous face à une nouvelle version de Tokyo et Berlin ? Une réflexion sur l'idée d'« un Conseil de la paix »
Journaliste et écrivain spécialisé dans les affaires internationales, et chercheur sur les questions de justice et de conflits armés
Dans les grands moments historiques, les idées ne se mesurent pas par leurs noms, mais par leurs contextes et leurs conséquences. Ainsi, la discussion sur un « Conseil de la paix » pour gérer une phase de transition à Gaza ou dans le cas palestinien en général ne peut pas être dissociée des expériences internationales précédentes qui ont reformé des États entiers après d'importants effondrements, au premier rang desquels figurent les expériences du Japon et de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale.
La question n'est pas simple :
Sommes-nous face à un mécanisme de sauvetage national ? Ou à une formule de réingénierie politique gérée de l'extérieur sous le prétexte de « paix » ?
L'expérience historique : reconstruction sous tutelle
Après 1945, le Japon et l'Allemagne ne faisaient pas face à un règlement politique ordinaire, mais à une refonte complète de leur identité politique. Au Japon, une nouvelle constitution a été imposée en 1947 stipulant dans son article neuf le renoncement à la guerre, et la structure militaire a été entièrement démantelée sous la supervision directe des États-Unis. En Allemagne, le pays a été divisé en zones d'occupation, des procès de Nuremberg ont eu lieu, et le système politique a été reconstruit presque à partir de zéro.
Ces expériences reposaient sur trois fondations claires :
Une défaite militaire totale.
Une occupation directe et explicite.
Un consensus international sur la refonte de l'État.
Mais ces conditions s'appliquent-elles à la situation palestinienne ?
La différence fondamentale
La Palestine n'est pas un État vaincu dans une guerre mondiale, mais un peuple sous occupation continue. La différence ici n'est pas formelle, mais structurelle. La reconstruction est une chose, et la redéfinition de la légitimité politique est une autre.
Si le « Conseil de la paix » est un cadre national consensuel qui émane de la volonté palestinienne libre et vise à gérer une phase de transition en vue d'une unité du système politique, alors il s'agit d'un outil de réforme légitime. En revanche, s'il survient à la suite de pressions extérieures, ou s'il est conçu pour remplacer la volonté populaire, alors nous serons face à un modèle plus proche d'une gestion transitionnelle sous tutelle, même si cela n'est pas nommé ainsi.
Entre réforme et tutelle
Le problème ne réside pas dans l'idée du conseil elle-même, mais dans les questions qui l'entourent :
Qui choisit ses membres ?
Quelle est l'étendue de ses pouvoirs ?
Est-il soumis à la responsabilité nationale ?
Prépare-t-il des élections libres ou remplace-t-il ces élections ?
Réaligne-t-il le système politique ou approfondit-il la division ?
L'histoire nous enseigne que toute reconstruction politique réussit uniquement lorsque cela émane de l'intérieur, même si cela profite d'un soutien extérieur. En revanche, lorsque le processus est imposé de l'extérieur, la stabilité est fragile, temporaire et conditionnelle.
Le véritable danger
Le danger ne réside pas dans le « paix », mais dans le fait qu'il se transforme en un prétexte pour réorganiser la maison palestinienne selon des normes qui ne reflètent ni les priorités des gens, ni les équilibres internes, ni les constants de la question.
Le Japon et l'Allemagne sont sortis de la guerre avec des États forts parce que le projet de reconstruction faisait partie d'un projet international global de refonte du système mondial. Quant à la Palestine, elle fait partie d'un conflit ouvert dont l'issue reste indécise. Toute tentative de réingénierie du paysage politique sans s'attaquer à l'essence du conflit ne serait qu'un traitement des symptômes, pas de la maladie.
Que faut-il ?
S'il est nécessaire d'avoir un conseil, qu'il soit :
National par excellence,
Temporaire de manière claire,
Défini dans ses attributions,
Responsable,
Et préparant des élections générales qui redonnent la légitimité à sa source naturelle : le peuple.
La légitimité ne se donne pas par une décision internationale, ne s'importe pas selon un modèle préétabli, et ne s'impose pas au nom de la reconstruction. La légitimité se construit de l'intérieur, par consensus et par la volonté libre.
Nous ne sommes pas une copie de Tokyo ni de Berlin. Nous sommes un cas particulier, avec ses complexités, ses coûts et ses sacrifices. Et tout projet politique qui ne part pas de cette réalité restera fragile, peu importe les titres accrocheurs qu'il peut porter.
La question aujourd'hui n'est pas : voulons-nous un Conseil de la paix ?
Mais : quelle paix voulons-nous ? Et qui aura le pouvoir de façonner ses contours ?
Appel à l'imagination : que se passerait-il si le partenariat (Arabes et Iran) était un ch...
La légitimité juridique de la cible d'Eizan sur les bases militaires américaines dans le G...
Sommes-nous face à une nouvelle version de Tokyo et Berlin ? Une réflexion sur l'idée d'«...
Alertes urgentes en temps d'escalade : la sécurité d'abord avant toute considération
L'Iran enflamme la région et le Golfe prend ses précautions
Personne n'a demandé à Hamas de remettre ses armes à Israël
Comment transformer les accords économiques d'une réponse conjoncturelle en un projet stru...