Quand l'occupation tue la vérité deux fois, par les obus puis par le cancer
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Quand l'occupation tue la vérité deux fois, par les obus puis par le cancer

A l'origine, il y avait la parole, et à la fin, les décombres empoisonnés sont le seul texte que les futures générations de Gaza liront dans le livre de l'extermination silencieuse.

L'occupation a dépassé les limites de la guerre traditionnelle pour mener une guerre chimique complexe qui cible la carte génétique de l'homme palestinien et laisse son corps en lien direct avec des tumeurs malignes.

Ce n'est pas seulement la mort instantanée que l'occupation enregistre dans ses listes de morts, mais la mort différée qui s'infiltre à travers l'air, l'eau et les débris des bâtiments détruits.

Des forêts du Vietnam brûlées par l'agent orange aux vergers de Gaza incendiés au phosphore blanc, une chimie des empires se répète, mais ici la différence, c'est que la victime est encerclée et qu'elle n'a pas d'échappatoire à ce nuage de poisons.

La bande de Gaza a connu ces dernières années, particulièrement depuis le 7 octobre, une augmentation terrifiante des cas de cancers rares, d'avortements répétés et de décès sans diagnostic médical clair.

Les médecins du secteur qui ont défié le blocus n'ont trouvé aucune explication à la multiplication des tumeurs lymphomateuses et des cancers du sang chez les enfants hormis la présence de substances cancérigènes dans la poussière des bombes que les avions ont larguées : le phosphore blanc, interdit au niveau international, qui brûle la peau jusqu'à l'os et pénètre les cellules, laissant des marques cancéreuses, n'est plus utilisé uniquement comme arme tactique, mais est devenu un outil pour miner les gènes à travers les générations.

Avec lui, l'uranium appauvri et les explosifs métalliques denses qui réduisent les tissus en particules fines inhalables, transformant le poumon en laboratoire de fabrication de tumeurs.

Cette arsenal toxique n'est pas seulement une transgression militaire, mais l'exécution d'une politique systématique appelée géographie pathologique, où l'endroit où l'on vit devient un foyer de mort lente.

Mais les preuves de ce crime ne restent pas longtemps sur terre. Dès que les canons se taisent, les pelleteuses de l'occupation commencent un travail parallèle qui est le déblaiement des bâtiments ciblés et l'aplanissement des quartiers, sous prétexte de chercher des tunnels ou des armes.

Dans la logique sécuritaire de l'occupation, le bâtiment bombardé avec des substances cancérigènes devient une preuve à effacer, alors les machines de démolition retroussent leurs manches pour effacer la scène de crime avant que la main des enquêteurs n'y parvienne.
Cet effacement systématique n'est pas une œuvre d'ingénierie transitoire, mais une dissimulation délibérée des preuves qui constitue un crime de dissimulation des caractéristiques d'un crime de guerre.

Le droit international humanitaire, en vertu de l'article 35 du protocole additionnel I des conventions de Genève, limite les moyens de combat et interdit les armes causant des dommages inutiles ou des souffrances excessives.

Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale considère l'utilisation de poisons ou d'armes empoisonnées comme un crime de guerre, ainsi que le lancement d'attaques en sachant qu'elles causeraient des dommages d'une ampleur et d'une durée considérables à l'environnement naturel.

La Convention sur l'interdiction des armes chimiques interdit absolument le développement, la production et l'utilisation de substances chimiques toxiques, et sous la juridiction de la cour internationale, le recours à des substances cancérigènes à effet insidieux entre dans cette interdiction.

La destruction de bâtiments dans le but d'effacer les traces de ces substances constitue une violente violation du devoir de l'autorité d'occupation en matière de protection de la santé publique et d'empêcher la destruction des biens sans nécessité militaire urgente, comme le stipule l'article 53 de la quatrième convention de Genève.

Le plus grave est que le déblaiement des quartiers prive les victimes de leur droit de collecter des échantillons et d'établir le rapport de causalité entre l'arme utilisée et la maladie répandue, ce qui entrave tout futur recours judiciaire, face à ce crime complexe, la communauté internationale se tient dans une salle de réanimation morale, regardant le processus d'enfouissement des preuves dans le silence et la complicité.

Ce qui est requis, ce ne sont pas de nouvelles déclarations de condamnation, mais une commission internationale et indépendante émanant de l'Assemblée générale des Nations Unies et du Conseil des droits de l'homme, composée d'experts en médecine légale et en toxicologie environnementale, qui bénéficie d'un accès immédiat et inconditionnel à Gaza.

Cette commission doit recueillir des échantillons de sol, d'eau et de tissus humains dans les hôpitaux qui s'effondrent sous le poids des blessés et analyser les débris des bâtiments avant qu'ils ne soient engloutis par les pelleteuses.

La commission doit interroger les soldats et les militaires qui se sont succédé dans la bande, et examiner les registres des munitions et des licences d'exportation pour déterminer la provenance des substances cancérigènes et leur chaîne d'approvisionnement.

Les tribunaux de Nuremberg nous ont appris que l'exécution d'ordres supérieurs n'exonère pas de la responsabilité pénale et que l'immunité politique ne couvre pas les crimes de lente extermination. La Palestine n'est pas un laboratoire pour des expériences de mort, ni un cimetière pour le droit international.

Permettre à l'occupation d'assassiner la vérité deux fois, une fois avec des armes chimiques et une fois en demolissant les murs qui l'ont contenue, signifie déclarer la faillite du système juridique mondial et transformer la charte des Nations Unies en souvenir.

La terre de Gaza restera dans la dettes de l'histoire jusqu'à ce que des enquêteurs de la justice surgissent des décombres pour dire leur mot, afin que le mot final soit celui du tribunal, non de la pelleteuse.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.