L'Iran enflamme la région et le Golfe prend ses précautions
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L'Iran enflamme la région et le Golfe prend ses précautions

Dans un contexte d'escalade iranienne continue, les inquiétudes régionales concernant la sécurité du Golfe et la stabilité des alliances arabes s'intensifient. Les attaques répétées contre les installations pétrolières et l'ingérence d'acteurs extérieurs mettent la région au bord d'une confrontation de grande envergure, tandis que les pays du Golfe agissent avec une extrême prudence, mesurant leurs pas, et cherchant à équilibrer la dissuasion de l'Iran avec la protection de leurs intérêts vitaux.

Au quatrième jour de la guerre contre l'Iran, une baisse significative du nombre de roquettes et de drones lancés par Téhéran vers Israël et les pays de la région a été enregistrée. Bien que l'armée israélienne ne publie pas de chiffres complets pendant la guerre, les estimations indiquent que le nombre de tirs a diminué d'environ deux tiers par rapport au premier jour du conflit, lorsque la plupart des Israéliens ont été contraints de rester longtemps dans des abris.

Cependant, cette diminution des lancements ne signifie pas nécessairement que l'escalade est en train de diminuer. La guerre s'étend géographiquement à travers des répercussions qui touchent davantage de pays au Moyen-Orient. Il semble que la direction iranienne parie sur le fait qu'une confrontation régionale plus large pourrait constituer un facteur de dissuasion pour les États-Unis et leurs alliés, et pourrait par la suite créer des conditions imposant un cessez-le-feu plus favorable à ses intérêts. Pour cela, l'Iran continue de lancer des roquettes et des drones dans des directions multiples, tentant d'élargir le cercle des hostilités et d'augmenter le coût de la guerre pour ses adversaires.

En revanche, les États-Unis tentent de rassembler un soutien international plus large pour leurs actions militaires, mais cet effort est jusqu'à présent encore limité aux positions politiques et aux déclarations diplomatiques. Les grandes puissances européennes comme la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne n'ont pas encore pris l'initiative de rejoindre l'alliance militaire que Washington souhaite former. Quant aux pays arabes, en particulier dans le Golfe, ils traitent les évolutions avec une extrême prudence, malgré l'indignation croissante envers l'Iran.

Cette réticence du Golfe ne reflète pas l'absence de menace autant qu'elle reflète la complexité des calculs politiques et sécuritaires. Ces pays se trouvent face à un équilibre délicat : d'une part, ils subissent des attaques directes ou indirectes de l'Iran, et d'autre part, ils réalisent que s'engager dans une guerre régionale ouverte pourrait comporter de grands risques pour leur stabilité économique et sécuritaire.

Dans ce contexte, des rapports médiatiques ont cité un responsable de haut rang proche de la famille royale saoudienne affirmant que Riyad pourrait rejoindre le combat si ses installations pétrolières faisaient l'objet d'une nouvelle attaque. Cette position reflète la sensibilité que représente l'infrastructure pétrolière pour le royaume, puisque toute attaque majeure contre celle-ci pourrait constituer un coup stratégique pour l'économie saoudienne et pour les marchés de l'énergie mondiaux.

Ceci a été déclaré sur fond de rapports faisant état d'explosions et de dommages dans plusieurs pays du Golfe, dont les Émirats, le Qatar et le Koweït, en plus des attaques visant des installations pétrolières saoudiennes. Les estimations indiquent qu'une des installations attaquées produit environ un demi-million de barils de pétrole par jour, ce qui a déjà contribué à une hausse des prix du pétrole à l'échelle mondiale.

Cependant, la paradoxe politique frappant dans cette situation se situe dans le discours adressé aux pays arabes hésitants à rejoindre la guerre. Alors que des critiques et des pressions sont exercées sur les pays qui réfléchissent encore à leur position, on ignore le fait qu'Israël lui-même a décidé de la confrontation dès le départ et a lancé ses opérations militaires contre l'Iran depuis plusieurs jours. Si Téhéran, selon le récit israélien, souffre d'une diminution de sa capacité de lancement et cherche du soutien auprès de ses alliés comme les Houthis pour compenser cette diminution, la question qui se pose est : pourquoi faire pression sur les pays qui réfléchissent encore à leur position, alors que la question n'est pas posée à propos de la partie qui a initié la guerre et continue de l'étendre ?

Les récents développements indiquent également que l'Iran a peut-être mal évalué la position des pays du Golfe. Les prévisions iraniennes étaient basées sur l'hypothèse qu'il y aurait un éventuel schisme au sein du Conseil de coopération du Golfe, et que la plupart des pays préféreraient éviter l'escalade et maintenir leurs équilibres politiques et économiques avec Téhéran. Cependant, les premiers indicateurs suggèrent une tendance croissante à coordonner les positions entre les six pays, surtout dans le cadre de la menace directe à leur sécurité.

Même la Jordanie, qui a d'abord tenté de maintenir une politique de neutralité, a envoyé des messages clairs à Téhéran indiquant que toute atteinte à sa sécurité représenterait une ligne rouge. Les rapports indiquent que le royaume a participé à intercepter des attaques aériennes visant son espace aérien, reflétant un changement progressif dans sa position.

Le ministère de la Défense britannique a également annoncé que des chasseurs F-35 avaient opéré dans l'espace aérien jordanien et abattu des drones iraniens dans le cadre d'une opération défensive pour protéger la Jordanie, avec le soutien de chasseurs Typhoon et d'avions de ravitaillement. C'est la première fois qu'un chasseur britannique de ce type abat un objectif lors d'une opération réelle, ce qui reflète l'ampleur de l'engagement militaire occidental pour protéger ses alliés dans la région.

Parallèlement, des rapports médiatiques israéliens ont révélé des discussions en cours sur la possibilité pour Israël de contribuer à la protection des intérêts américains dans la région du Golfe, dans le cadre d'une coopération défensive mutuelle entre Washington et Tel-Aviv. La possibilité de fournir un parapluie défensif aux pays du Golfe confrontés à des attaques iraniennes répétées est également à l'ordre du jour.

Cependant, il convient d'aborder beaucoup de ces nouvelles avec prudence, car une grande partie d'entre elles relève encore des fuites médiatiques et des estimations politiques, et ne représentent pas nécessairement des décisions réelles. De plus, les relations entre l'Iran et certains pays du Golfe, en particulier les Émirats, demeurent complexes et entrelacées économiquement, rendant une confrontation directe une décision très sensible.

Pour cette raison, il est peu probable qu'un pays du Golfe prenne seul la décision d'entrer en guerre. Une telle décision, si elle devait être prise, se ferait probablement dans le cadre d'une position collective du Conseil de coopération du Golfe, après une évaluation globale des risques et des conséquences.

En fin de compte, le tableau régional semble inquiétant et ouvert à des possibilités imprévisibles. La menace d'une attaque contre les pays du Golfe, ou d'un risque pour leur sécurité économique et énergétique, ne menace pas seulement d'élargir le champ de la guerre entre les nations, mais pourrait également ouvrir la voie à l'entrée de nouveaux acteurs sur la scène du conflit. La crainte ne réside pas seulement dans la possibilité que d'autres pays rejoignent la confrontation, mais dans l'émergence de groupes armés ou de réseaux transnationaux qui pourraient trouver dans ce désordre un terrain propice à l'activité et à l'escalade. Dans de tels moments de dérèglement régional, les forces non conventionnelles ont tendance à croître, qu'elles soient motivées par leurs propres enjeux ou poussées par des parties cherchant à gérer le conflit dans l'ombre. À ce stade, la guerre pourrait ne plus être simplement une confrontation entre États, mais se transformer en un champ d'agitation régionale difficile à contrôler ou à prédire.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.