Démantèlement du discours qui justifie la guerre au nom des valeurs
Le discours israélien qui promeut aujourd'hui la guerre contre l'Iran ne se présente pas uniquement comme un choix stratégique, mais comme un projet moral global. Il ne dit pas que la guerre est une nécessité sécuritaire, mais va plus loin : c'est un devoir moral, et s'abstenir de la mener, c'est collaborer avec le mal. C'est ici précisément que réside le danger.
L'argument central de ce discours repose sur un renversement de l'équation traditionnelle : la guerre n'est plus un échec moral, mais c'est l'abstention qui est devenue un échec. Ce renversement n'est pas un détail théorique, mais une révolution complète dans la philosophie politique moderne. Depuis les deux guerres mondiales, la légitimité internationale repose sur un principe clair : la force est le dernier recours, non le premier. Aujourd'hui, la force est redéfinie comme une expression de vertu, tandis que la retenue est dépeinte comme une faiblesse ou une complicité.
Au cœur de ce renversement se trouve un service manifeste aux intérêts américano-israéliens, avec une participation européenne flagrante qui reflète un double standard criant. Les positions occidentales vis-à-vis de la guerre en Ukraine contre la Russie et du génocide à Gaza démontrent clairement comment les valeurs se transforment en outils sélectifs dans le conflit politique. Ce qui est présenté comme un discours moral n'est en réalité qu'une ingénierie linguistique pour justifier la violence.
Ce discours attaque lui-même le libéralisme occidental, car – dit-il – il se concentre sur les droits tout en négligeant les devoirs, et propose de rétablir une éthique démocratique basée sur les devoirs de l'homme et de la nation. Mais la question élémentaire ici est : quels devoirs vise-t-il? Le devoir de mener la guerre ? Ou le devoir d'un meurtre préventif ? Ou le devoir de redessiner les cartes de la région par le meurtre et la destruction ?
La pensée politique moderne a maintes fois averti du moment où la politique se transforme en une lutte pour une morale absolue ; à ce moment-là, les frontières entre la défense légitime et la destruction totale s'effacent. Lorsque l'adversaire est classé comme un mal absolu, tous les moyens deviennent légitimes. Et c'est précisément ici que ce discours tombe dans son piège moral : il prétend défendre l'homme, mais il justifie une guerre dont le coût fondamental sera humain.
Le discours israélien évoque une menace existentielle, des régimes qui tuent leurs peuples, et la nécessité de protéger la stabilité régionale. Mais la morale qu'il invoque disparaît lorsqu'il s'agit des victimes des guerres en cours. Nous ne trouvons dans cet argument aucune remise en question de la vaste destruction, ni des civils qui paient le prix, ni de la responsabilité de la puissance militaire lorsqu'elle dépasse ses limites. La morale est convoquée lorsqu'elle sert à légitimer la guerre, et est mise de côté lorsqu'il s'agit de rendre des comptes pour ses conséquences.
Plus grave encore, c'est de transformer Israël en un message universel. L'objectif de la généralisation de ce discours n'est pas seulement de justifier la guerre, mais d'affirmer que cette guerre redéfinira la démocratie elle-même, et qu'Israël est capable de mener une nouvelle renaissance morale occidentale.
Mais comment un État qui exerce l'occupation et gère un système d'apartheid basé sur le déplacement et l'expulsion peut-il se présenter comme une référence morale mondiale ? Ici, le conflit se transforme d'une confrontation politique en une narration de salut civilisationnel. Cette formule n'est pas nouvelle dans l'histoire ; chaque grande puissance qui a mené une guerre expansionniste l'a un jour formulée comme un message de sauvetage pour le monde.
Cependant, l'expérience historique indique tout le contraire. Les guerres menées au nom des valeurs se terminent souvent par un affaiblissement de ces mêmes valeurs.
La prétention que la retenue unilatérale face à un mal systémique est un suicide politique ignore une vérité simple : la guerre elle-même peut être un suicide régional. La région n'est pas un terrain d'expérimentations philosophiques, mais un espace riche en équilibres fragiles et en conflits imbriqués, sur le bord d'une explosion permanente. L'extension de la guerre ne redéfinira pas la morale démocratique, mais pourrait redéfinir les limites de la destruction.
La vraie morale ne se mesure pas à l'audace d'utiliser la force, mais à la capacité de la force à se maîtriser et à respecter les États et les droits des autres. Le premier devoir de tout État revendiquant la démocratie n'est pas de mener des guerres, mais d'empêcher leur transformation en un destin permanent.
Le discours qui présente la guerre comme une nécessité morale repose en réalité sur trois grandes fallacies : réduire le conflit à une dichotomie entre le bien absolu et le mal absolu, transformer l'abstention de la force en vice, et présenter la guerre comme un prélude à une réforme morale mondiale.
Mais la réalité est plus complexe, et la morale plus modeste que cette prétention. La démocratie n'est pas mise à l'épreuve par sa capacité à mener la guerre, mais par sa capacité à résister à l'attrait de la guerre lorsqu'elle est revêtue de slogans nobles. La liberté n'a pas besoin d'être redéfinie par des missiles, mais d'une protection continue contre sa transformation en prétexte pour tuer.
Ce qui est présenté aujourd'hui comme un bouleversement moral pourrait n'être qu'un glissement dangereux : transformer les valeurs en munitions, et transformer la philosophie en un énoncé de mobilisation incitative. Et c'est ici que réside la véritable question : ce qui change aujourd'hui est-il seulement l'équilibre des forces, ou la conscience même du monde ?
La guerre contre l'Iran : Ré-ingénierie de la région, pas son effondrement
De Gandhi et Nehru à Narendra Modi.. Qu'est-ce qui a changé ? L'Inde, la Palestine ou le m...
La huitième conférence et le conflit des courants au sein du Fatah
Démantèlement du discours qui justifie la guerre au nom des valeurs
L'opposition et la criminalisation d'Israël ne constituent pas un discours de haine
La guerre contre l'Iran... Restructuration de la région ou changement de régime ?
Guerre de domination agressive sur la région... Palestine au cœur de la tempête