Que veut Trump en brandissant la possibilité de frapper l'Iran ?
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Que veut Trump en brandissant la possibilité de frapper l'Iran ?

La question n'est pas de savoir si le président américain Donald Trump appuiera sur la gâchette, mais ce qu'il veut accomplir avant de le faire. Les foules militaires dans le Golfe, avec les porte-avions, en tête desquels l'"USS Abraham Lincoln" et l'"USS Gerald Ford", ne sont pas seulement une démonstration de force, mais un message politique complexe intitulé : redéfinir les règles d'engagement au Moyen-Orient, et contraindre l'Iran à négocier d'une position plus faible.

Trump n'agit pas dans le vide. Il sait qu'une guerre totale avec l'Iran est un pari coûteux et incertain, qui pourrait se retourner contre lui sur le plan intérieur. Il semble donc chercher une équation plus précise : une frappe limitée, mesurée, à fort impact, qui affaiblirait la capacité de dissuasion iranienne sans ouvrir les portes d'un enfer régional complet. Réajuster l'équilibre des forces, pas faire tomber la table.

Depuis son retrait de l'accord nucléaire lors de son premier mandat, Trump a construit son approche sur la "pression maximale". Aujourd'hui, il la reproduit sous une forme militaire. Il accorde un délai, parle de diplomatie, mais brandit la force en arrière-plan. Il veut un accord qui dépasse le nucléaire, incluant les missiles balistiques et l'influence régionale iranienne, ce que Téhéran refuse, insistant pour confiner les négociations au dossier nucléaire.

Les fuites publiées par le site "Axios" concernant des plans qui pourraient même atteindre le leader iranien Ali Khamenei ne sont pas une menace passagère, mais font partie d'un jeu de pression psychologique et politique : faire passer le message que toutes les options sont sur la table, y compris celles qui impliquent en pratique une transition vers un changement de régime.

Mais Trump veut-il vraiment faire tomber le régime iranien ? C'est là que la situation se complique.
Renverser le régime est une grande aventure sans garanties. Le secrétaire d'État Marco Rubio a reconnu la difficulté de prédire ce qui se passerait si la direction iranienne tombait. L'expérience irakienne reste présente dans la mémoire américaine : chute rapide, et longue chaos. Ainsi, il semble que l'option la plus réaliste soit de cibler les outils de pouvoir, pas la tête du régime : frapper la structure des Gardiens de la Révolution iranienne, paralyser les capacités de missile, et affaiblir les réseaux d'influence régionale. C'est une guerre pour forcer l'Iran à réévaluer ses calculs, pas pour l'éliminer — du moins dans les calculs déclarés.

Cependant, la lecture du moment actuel nécessite une comparaison nécessaire avec le 7 octobre. À ce moment-là, Israël était en état de choc, et l'axe de la résistance était en position de force relative, ce qui a poussé l'administration de Joe Biden à rassembler ses troupes pour dissuader toute intervention iranienne directe. Téhéran a choisi de ne pas s'engager, à travers des messages indirects qui ont confirmé son engagement envers les règles d'engagement. Cette décision est aujourd'hui vue, dans certaines évaluations, comme une erreur stratégique qui lui a coûté un prix cumulatif. Cependant, aujourd'hui, l'Iran et son axe semblent dans une position relativement plus faible, ce qui pourrait amener Washington et Tel-Aviv à considérer ce moment comme une occasion de redessiner l'équation régionale.

La menace militaire ne peut être dissociée du contexte politique américain. Trump se présente comme le président qui "rétablit la dissuasion" et réalise la paix par la force. Après le cessez-le-feu à Gaza, il cherche à établir une approche américano-israélienne conjointe pour remodeler la région. Une frappe contre l'Iran, même si elle est limitée, peut être présentée en interne comme une preuve de détermination et de capacité à imposer ses conditions.

Cependant, l'opposition démocrate met en garde contre l'entraînement dans un nouveau marais sans mandat clair du Congrès. Et toute escalade hors de contrôle pourrait se transformer en un lourd fardeau politique.

Le dilemme est que "la frappe limitée" suppose que l'autre partie acceptera les nouvelles règles. L'Iran a promis de riposter, et elle a de multiples cartes régionales. Les bases américaines dans le Golfe sont des cibles potentielles, et le détroit d'Ormuz est une artère vitale pour l'énergie mondiale. Tout affrontement large pourrait se transformer en une escalade roulante difficile à contenir. Comme l'a averti Richard Haass, personne ne peut dire avec certitude que l'affrontement affaiblira le régime iranien ; il pourrait en réalité réunir l'intérieur autour de lui.

En conclusion, Trump veut trois choses interconnectées : un accord plus large que le nucléaire qui redéfinit le rôle iranien, la restauration de l'image de dissuasion américaine après des années d'érosion de son point de vue, et un accomplissement politique interne qui prouve qu'il peut imposer ses conditions par la force si nécessaire.

En effet, le Moyen-Orient ne punit pas seulement ceux qui commencent des guerres, mais aussi ceux qui croient pouvoir contrôler leurs fins. Le coup peut sembler facile au départ, mais il comporte des répercussions qui dépassent les calculs américains, et cela peut s'étendre à d'autres régions comme le Liban et le Golfe. Toute aventure militaire, même limitée, porte un risque imprévisible, et confirme que l'histoire dans cette région ne récompense pas seulement la force, mais teste la capacité de ceux qui décident d'allumer le feu à leurs attentes quant à la fin du spectacle.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.