Gaza et la réingénierie du plan : lorsque la logique de la force prime sur la loi
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Gaza et la réingénierie du plan : lorsque la logique de la force prime sur la loi

Il est difficile de croire que la deuxième phase du plan américain pour la bande de Gaza sera mise en œuvre comme annoncé. Les indicateurs politiques et sécuritaires suggèrent que cette phase sera révisée pour tenir compte des intérêts israéliens, plutôt que de répondre aux exigences d'un cessez-le-feu durable ou d'une solution politique. En l'absence de véritables garanties pour lever le blocus ou mettre fin à l'agression, les risques de déplacement forcé, de changement de la structure démographique et d'élargissement du contrôle israélien restent des menaces persistantes, gérées progressivement sous différents prétextes.

Ce parcours ne peut être dissocié d'une transformation plus profonde dans le système international, où le poids pratique du droit international et des institutions des Nations Unies recule, au profit d'approches basées sur la gestion du conflit plutôt que sur sa résolution, et sur les rapports de force plutôt que sur des règles normatives. La question ne concerne plus seulement le double standard, mais un véritable passage vers un système international moins engagé sur le plan légal, et plus enclin à justifier l'usage de la force lorsque cela sert les intérêts des puissances influentes.

La question palestinienne occupe le cœur de cette transformation, et non ses marges. La gestion internationale de la guerre de Gaza reflète un degré élevé de laxisme face à des violations généralisées, en contrepartie d'une pression limitée et conditionnée, qui se confine souvent à la dimension humanitaire sans aborder les racines politiques du conflit. Dans ce cadre, les plans politiques se transforment en outils de reproduction de la réalité existante, et non de son changement.

Au niveau international plus large, cela coïncide avec un retour à la compétition entre les grandes puissances dans une logique de "sphères d'influence". La Chine cherche à renforcer sa présence militaire et économique pour protéger ses intérêts stratégiques et ses chaînes d'approvisionnement, tout en maintenant le dossier de Taïwan présent dans ses calculs de sécurité nationale. En revanche, la Russie continue sa guerre en Ukraine dans une vision qui dépasse les limites du conflit actuel, dans le but de rétablir son influence dans son environnement géopolitique.

Dans ce tableau, Gaza semble être l'un des terrains les plus touchés par l'effondrement du système de régulation international. L'exception palestinienne n'est plus une exception, mais fait partie d'un schéma plus large dans la gestion des conflits, où il est permis d'imposer des faits par la force, avec un discours diplomatique qui ne dispose pas d'instruments d'obligation véritables.

La poursuite de cette approche ne menace pas seulement les Palestiniens, mais ouvre également la voie à un système international plus fragile, où l'idée de loi recule au profit de la force, et où les crises sont gérées selon des calculs de pouvoir plutôt que selon des principes de justice. Dans ce contexte, Gaza devient un miroir des transformations mondiales plus profondes, qui dépassent ses frontières géographiques, et soulèvent des questions fondamentales sur l'avenir du système international lui-même.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.