La Commission nationale pour la gestion de Gaza : une opportunité de sauvetage temporaire ou un test pour la nationalité ?
La fabrication du vide : l'échec de l'autorité et du Hamas
Au cœur de l'un des moments les plus cruels de l'histoire palestinienne contemporaine, l'idée de créer une commission nationale pour la gestion de Gaza a été proposée, non pas comme une option politique préférée, mais comme une tentative d'urgence pour faire face à un vide politique et administratif profond imposé par la guerre et ses conséquences humanitaires catastrophiques. Celle-ci est, par ailleurs, le produit direct de l'incapacité de l'Autorité nationale palestinienne et du Hamas, ainsi que dans une certaine mesure l'ensemble du mouvement national, à trancher l'exigence nationale la plus urgente : former un gouvernement d'unité nationale, malgré le consensus déclaré à ce sujet dans "la Déclaration de Pékin".
De ce fait, on ne peut aborder l'idée de la commission en termes de rejet préalable ni d'attente excessive, mais comme un outil de transition potentiel, dont le succès reste conditionné à des critères clairs, tandis que son échec est lié à sa dérive hors du cadre national commun. La commission n'a pas été proposée parce que les Palestiniens ont choisi des solutions temporaires, mais elle leur a été imposée car ils n'ont pas réussi, jusqu'à présent, à mettre en œuvre la solution essentielle, à savoir un gouvernement d'unité qui assume ses responsabilités à Gaza et en Cisjordanie ensemble.
L'idée est venue parce que tant l'Autorité que le Hamas ont échoué, pour des raisons différentes, à passer de la gestion de la division à son terme. L'Autorité est restée prisonnière de calculs politiques et sécuritaires, et n'a pas initié une formule inclusive qui répond à l'ampleur de la catastrophe à Gaza. En revanche, le Hamas n'a pas clairement tranché sa position devant les intermédiaires et l'opinion publique, laissant la voie ouverte à un véritable gouvernement d'unité, et non formel.
Commission d'urgence, pas projet politique
La commission intervient dans un contexte exceptionnellement cruel, où une guerre destructrice sans précédent a provoqué un effondrement quasi total des structures administratives et de services, et a engendré un vide réel dans la gestion des affaires des gens. Par conséquent, elle ne peut pas être considérée comme un projet politique alternatif ou une solution définitive, mais plutôt comme un arrangement temporaire dont le succès est mesuré par sa capacité à servir les gens, à prévenir la cristallisation de la séparation, et à préparer le terrain pour le retour à un processus national commun.
La première opportunité pour la commission réside dans sa fonction directe : organiser l'aide, gérer les services essentiels, et garantir un minimum d'organisation de la vie quotidienne. Cependant, cette tâche humanitaire ne se dissocie pas de la politique; tout dysfonctionnement dans la transparence, l'équité ou l'efficacité peut transformer la commission d'un outil d'atténuation de la souffrance en un fardeau supplémentaire. Ainsi, la confiance des gens et des forces sociales devient une condition fondatrice de son succès, et non un résultat ultérieur.
Le danger de transformer le temporaire en permanent
Cependant, la capacité de la commission à fonctionner ne se limite pas à sa structure interne, mais aussi à l'environnement politique qui l'entoure. Israël considère Gaza comme un dossier séparé, et cherche à gérer sa réalité d'une manière qui sert l'objectif de séparation permanente entre Gaza et la Cisjordanie. Le danger ici ne réside pas dans la constitution même de la commission, mais dans sa transformation en un cadre administratif à long terme qui reproduit la division sous prétexte humanitaire, ou dans son embrigadement dans une lutte de pouvoir entre le Hamas, qui cherche à dominer, et l'Autorité, désireuse de la présenter comme une extension d'un gouvernement non consensuel. Par conséquent, le succès de la commission nécessite qu'elle soit clairement liée à la nationalité palestinienne unique, et à un calendrier temporel défini qui empêche la solidification des faits accomplis.
Les risques de gestion, de financement et le veto israélien
La question de la gestion du personnel présent ici est particulièrement délicate : les employés de l'ancienne administration du Hamas, et les employés de l'Autorité, qu'ils soient actifs ou suspendus depuis des années de division. Ce n'est pas seulement une question technique, mais un enjeu politique et social par excellence. Gaza abrite des dizaines de milliers d'employés qui ont accumulé une expérience professionnelle dans des conditions difficiles, et il est impossible de les ignorer ou de les exclure sans coûts sociaux et administratifs considérables.
Fonction : justice et professionnalisme administratif, pas allégeance
L'approche réaliste consiste à séparer la fonction du choix politique. Toute commission cherchant à réussir doit traiter le personnel fonctionnel comme une ressource administrative à organiser, et non comme un terrain de règlement de comptes. On peut envisager un modèle transitoire basé sur un rapprochement progressif, un mandat professionnel, et une neutralisation relative de la fonction publique vis-à-vis de la polarisation, en attendant le rétablissement de l'unification des institutions dans un cadre national global.
Cela se manifeste également par la question du financement et des salaires, l'un des dossiers les plus sensibles. La commission ne dispose pas de souveraineté financière ni de ressources propres, ce qui la rend dépendante du financement externe ou d'accords avec l'Autorité. Ici, le financement devient un test double pour l'indépendance relative et la transparence. Lier les dépenses à des mécanismes clairs et à un encadrement professionnel réduit les chances de politisation et renforce la confiance des employés et de la société.
En revanche, il existe un risque que l'Israël impose un "droit de veto" sur la structure administrative, que ce soit par le contrôle des mouvements de personnes ou par l'intervention dans le choix des employés, comme cela a été le cas dans le passé. Si ce scénario se réalise, il compromettrait l'essence même de l'idée nationale de la commission. Par conséquent, le rejet de sa transformation en un outil de sélection sécuritaire est une condition essentielle à son succès, malgré la limitation de sa marge de manœuvre.
Les risques nationaux et la signification de la nationalité
Le dossier de la reconstruction n'est pas moins complexe. La question ne se limite pas à savoir qui finance, mais qui décide, qui supervise, et comment les priorités sont définies. Si ce dossier est géré selon une logique technique isolée de la référence nationale, le risque de transformer la reconstruction en un outil de normalisation de la séparation restera présent. En revanche, si on le soumet à un cadre national transparent qui relie l'aide à la reconstruction des institutions, cela pourrait se transformer en un levier politico-social.
Quant à la position internationale, elle est soumise à des équilibres délicats. Les États-Unis affichent un pragmatisme dans le soutien à tout arrangement qui assure la "stabilité", sans réelle volonté de s'engager dans un processus qui rétablisse l'unité de la nationalité palestinienne ou ouvre une perspective d'autodétermination. En revanche, les Européens et plusieurs pays arabes actifs, notamment l'Arabie Saoudite, l'Égypte, le Qatar et la Turquie, peuvent jouer un rôle important pour garantir que Gaza ne soit pas séparée, en faisant pression pour des arrangements temporaires liés à un processus national global, et non à une gestion humanitaire isolée.
D'ici, il est crucial de souligner que la commission est temporaire et de durée déterminée, et que son existence doit coïncider avec un chemin national parallèle qui renvoie le ballon sur le terrain palestinien. Le chemin requis est une pression populaire organisée pour générer une volonté politique réelle conduisant à la formation d'un gouvernement d'unité nationale unie dans les plus brefs délais, qui assumera ses responsabilités à Gaza et en Cisjordanie ensemble, et restaurera l'unité de la décision et des institutions.
En conclusion, il ne faut pas laisser les habitants de Gaza prisonniers du sentiment de trahison accumulé par des années d'extermination et de siège, ni les pousser à se replier en tant que victimes isolées de leur contexte national. Ce qui s'est passé à Gaza n'est pas un destin local, mais une plaie palestinienne générale. La justice pour ses habitants ne viendra pas par la gestion de leur isolement, mais par leur retour politique et moral au cœur de la nationalité palestinienne unique.
Gaza : une affaire nationale, pas un dossier humanitaire
À ce titre, il incombe directement aux forces sociales actives à Gaza, des comités populaires et des institutions civiles aux initiatives jeunesse, féministes et syndicales, de traiter cette étape comme un moment de pression et non d'attente. Ce qui est exigé n'est pas la défense d'arrangements temporaires pour eux-mêmes, mais leur utilisation comme outil pour imposer l'exigence de mettre fin à la division et de construire l'unité nationale.
C'est ce que dicte une réalité qu'il ne faut pas accepter de continuer à ignorer ou à négliger : Gaza n'est pas qu'une question humanitaire ou un dossier administratif temporaire, mais le cœur de la question palestinienne, et la dignité de ses habitants ni le sens de leurs sacrifices ne sera rétablie qu'à travers l'unité de la décision nationale et l'unité du projet politique, avançant fermement vers l'exigence d'autodétermination et la concrétisation d'un État indépendant.
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