La dualité de l'hostilité absolue et de la protection excessive entre les Perses et les Juifs
La dualité de l'hostilité absolue et de la protection excessive entre les Perses et les Juifs
/ Jérusalem
La relation entre les Perses et les Juifs à travers l'histoire longue du Moyen-Orient semble être gouvernée par une dualité aiguë ne connaissant ni nuances ni neutralité. Les Perses apparaissent soit dans la mémoire juive comme des libérateurs et protecteurs, soit comme une source de danger existentiel. Cette dualité n'est pas simplement une succession d'événements politiques, mais s'est transformée au fil des siècles en récits religieux et culturels qui continuent d'influencer notre compréhension actuelle.
Un des moments les plus significatifs de cette relation commence avec la déportation babylonienne au 6ème siècle avant J.-C., lorsque Nabuchodonosor détruit Jérusalem et transporte une grande partie de sa population juive à Babylone. Cet événement a été un choc historique profond qui a établi l'idée d'exil dans la conscience juive, faisant de Jérusalem un centre spirituel irremplaçable pour les Juifs. Toutefois, cet événement historique a vite été associé à un tournant dramatique lorsque Babylone tomba aux mains de Cyrus le Grand, fondateur de l'empire perse achéménide. Cyrus permit aux Juifs de retourner à Jérusalem et de reconstruire le temple, une décision inhabituelle dans les politiques des anciennes empires. Ainsi, Cyrus est entré dans la mémoire juive comme une figure exceptionnelle, au point que certains textes religieux lui attribuent presque un rôle prophétique dans la réalisation du salut. Depuis ce moment précoce, le nom des Perses s'est lié dans l'imaginaire juif à la possibilité de salut après l'exil, c'est pourquoi aujourd'hui aucune ville n'est dépourvue d'une rue nommée d'après Cyrus.
Cependant, cette image positive n'était pas la seule, car au sein du cadre perse émerge une autre histoire plus tendue dans le Livre d'Esther, où le ministre Haman ourdit l'extermination des Juifs de l'empire. Les événements changent grâce à l'intervention de la reine Esther, épouse du roi perse Assuérus et cousine de Mardochée, qui cachait à son époux qu'elle était juive. Esther a contrecarré ce projet, transformant la menace en salut, qui est célébré chaque année lors de la fête de Pourim, précédée par le jeûne d'Esther (Taanit Esther), un bref jeûne symbolisant le moment d'angoisse face à l'éventualité de la pendaison de la reine, avant la délivrance. Dans cette séquence, une idée plus profonde dans l'histoire juive se matérialise, concernant le danger qui surgit au cœur même de l'empire et qui peut se transformer ultérieurement en source de protection.
Cette dualité entre protection et danger réapparaît encore à l'époque moderne. À l'époque byzantine, notamment après que Jérusalem devint une ville à la symbolique chrétienne centrale, des restrictions sévères ont été imposées à la présence juive dans la ville et, durant certaines périodes, les Juifs y ont été interdits de résidence. Cependant, avec l'avancée des armées perses sassanides et leur prise de Jérusalem au début du 7ème siècle, les Juifs furent autorisés à retourner dans la ville. Cette situation ne dura pas longtemps, mais elle laissa une empreinte dans la mémoire historique comme un autre moment où les Perses joueront un rôle différent de celui des puissances dominantes de cette époque.
Au fil des siècles, les Juifs se sont installés dans les terres perses et ont constitué l'une des plus anciennes communautés de la diaspora juive, notamment dans les grandes villes iraniennes telles qu'Ispahan, Hamadan et Téhéran, où une vie juive perdura pendant de longs siècles, conservant des traditions culturelles et linguistiques spéciales. Dans ce contexte, la relation n'était pas simplement une relation entre religions, mais aussi une relation entre deux communautés vivant dans le même espace civilisateur.
Dans l'ère moderne, cette relation fluctuante a franchi une toute nouvelle étape, marquée par des considérations stratégiques et des alliances entre les pays. Sous le règne du Shah Mohammad Reza Pahlavi, l'Iran était un État laïc orienté vers l'ouest, et voyait en Israël un partenaire régional face aux défis géopolitiques du Moyen-Orient. Ainsi, une réseau de coopérations entre l'Iran et le nouvel État d'Israël se forma dans les domaines de l'économie, de l'énergie et de la sécurité. Ce partenariat était, selon de nombreux analystes, une continuation d'une ancienne image où les Perses apparaissent comme des alliés des Juifs face à un environnement hostile, tout comme aux jours de Nabuchodonosor, Haman et des Byzantins, mais cette équation a été radicalement inversée après la révolution iranienne de 1979. Le nouveau régime islamique a adopté un discours politique et idéologique hostile envers Israël, et l'Iran est devenu l'un de ses principaux adversaires dans la région. Depuis lors, l'affrontement entre les deux parties s'est transformé en un long conflit indirect, englobant plusieurs théâtres dans la région, prenant diverses formes de guerres d'intelligence, de cybersécurité et de confrontations militaires limitées. Maintenant, les États-Unis participent à cette guerre visant à saper le régime iranien, comme ils l'annoncent, et c'est là que se révèle la dimension philosophique la plus excitante de cette relation. L'histoire ne se répète pas littéralement, mais elle laisse des motifs symboliques dans la mémoire collective. Dans le discours israélien contemporain, le modèle de Haman est parfois évoqué comme un symbole du danger existentiel venant de l'est. Inversement, certains Iraniens rappellent l'histoire des anciennes empires qui se considéraient comme une grande puissance face à l'Occident. Entre ces deux mémoires, le mythe se superpose à l'histoire, et la politique à la symbolique.
Une lecture de la relation entre les Perses et les Juifs à travers cette longue chronologie révèle qu'elle n'est pas simplement une série d'alliances ou de guerres, mais plutôt une relation qui se forme à l'intérieur de multiples couches de mémoire religieuse, politique et culturelle. À un moment de l'histoire, les Perses apparaissent comme des libérateurs de l'exil, à un autre moment, le danger émerge au sein de leur propre cour, puis plus tard, ils deviennent le foyer de l'une des plus anciennes communautés juives, pour se transformer dans l'ère moderne en adversaire géopolitique et en danger existentiel pour l'État d'Israël.
Ainsi, cette relation semble être un miroir de l'histoire même du Moyen-Orient, une histoire où les peuples et les empires oscillent entre alliance et conflit, tandis que les mémoires anciennes continuent d'influencer notre compréhension du présent et notre imagination du futur.
La guerre actuelle est-elle simplement une nostalgie et un retour sur la relation qui s'est terminée entre les Perses et les Juifs avec l'émergence de Khomeini après le Shah ? Ou s'agit-il d'un conflit moderne utilisant le récit historique comme outil de mobilisation politique au service d'intérêts régionaux et de grands pouvoirs dans la région ?
Il ne faut pas négliger que dans l'esprit de la droite influente, qu'elle soit apparente ou cachée dans toutes les parties, la réalité des motivations oscille entre les deux réponses aux questions ci-dessus !
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