Le système fiscal en Palestine est-il juste ?
Lorsque la question de l'équité fiscale en Palestine est posée, les citoyens ne s'attachent pas aux pourcentages, aux textes juridiques ou aux complexités comptables, mais plutôt à une question plus simple et directe : mes impôts sont-ils proportionnels à mes revenus ? Tout le monde paie-t-il selon ses moyens ? Et ce que je contribue me ramène-t-il un service ou une sécurité économique tangible ? Sous cet angle, on peut dire que le système fiscal palestinien réussit à collecter des revenus, mais échoue à instaurer un sentiment général d'équité et de confiance.
Le problème ne réside pas dans l'existence même des impôts, qui constituent un outil naturel pour financer tout État, mais dans la manière dont le fardeau fiscal est réparti. En pratique, des estimations basées sur des données du marché du travail et des recettes publiques indiquent qu'environ 20 à 25 % seulement de la main-d'œuvre est couverte par l'impôt sur le revenu régulier. Cette catégorie se compose principalement de fonctionnaires du secteur public, d'employés du secteur privé formel, et de certaines entreprises conformes. En d'autres termes, moins d'un quart de la société supporte directement le fardeau de financer le trésor, tandis que tout le monde bénéficie des dépenses publiques et des services essentiels.
Ce déséquilibre n'est pas seulement dû à une faible conformité individuelle, mais également à une structure économique déséquilibrée. Selon des estimations d'institutions internationales spécialisées dans le marché du travail, l'économie informelle en Palestine représente entre 35% et 45% du produit intérieur brut et emploie une grande partie de la main-d'œuvre. Ces activités ne relèvent pas du système fiscal organisé, non pas nécessairement par un évasion fiscale délibérée, mais en raison de l'absence de politiques d'intégration efficaces, de la complexité des procédures et de l'absence d'incitations. En conséquence, le fardeau fiscal est imposé à la base la plus facile à collecter, plutôt qu'à la base économiquement la plus large.
Le déséquilibre devient encore plus évident en examinant la composition des revenus. Les impôts indirects, en particulier la taxe sur la valeur ajoutée, représentent plus de 65% des recettes fiscales totales. Ce type d'impôts ne fait pas de distinction entre riches et pauvres ; tout le monde paie le même pourcentage lors de la consommation. Étant donné que les personnes à revenus limités dépensent la majeure partie de leurs revenus sur des besoins essentiels, le fardeau réel de ces impôts leur incombe de manière disproportionnée. Ici, l'impôt perd son rôle d'outil de redistribution et devient une pression économique quotidienne.
L'équité fiscale ne signifie pas seulement que les taux doivent être progressifs sur le papier, mais que le système doit être capable de percevoir sans étouffer l'activité économique, et capable de s'étendre sans pénaliser les conformes. Dans la réalité palestinienne, de nombreux contribuables se sentent punis pour leur conformité. La retenue directe sur le revenu, associée aux audits continus, aux amendes et aux procédures complexes, crée l'impression que le système est plus strict avec ceux qui se conforment et moins efficace avec ceux qui restent à l'extérieur. Ce message est dangereux, car il affaiblit la culture de la conformité volontaire et transforme la relation entre le citoyen et le système fiscal en une relation de peur plutôt qu'une relation de partenariat.
Plus grave encore est l'absence d'un lien clair entre l'impôt et le service. Le citoyen ne perçoit pas d'amélioration tangible de la qualité de l'éducation, de la santé ou des infrastructures proportionnellement à ce qu'il paie. En l'absence de ce lien, l'impôt se transforme d'une contribution au bien public à une obligation forcée. Avec le temps, la confiance s'érode, la disposition à se conformer diminue, et la question prédominante devient : pourquoi payer si je ne ressens pas de retour ?
La classe moyenne est la plus grande perdante dans cette équation. Elle ne bénéficie pas des programmes de protection sociale destinés aux groupes les plus faibles, tout en n'ayant pas d'outils d'évasion ou de manœuvre. Avec la hausse du coût de la vie et l'érosion des revenus réels, l'impôt devient un facteur supplémentaire poussant cette classe vers le rétrécissement. Ce rétrécissement ne se reflète pas seulement sur le niveau de vie, mais également sur la stabilité sociale et économique dans son ensemble.
Dans ce contexte, il devient clair qu'il est nécessaire de réfléchir à différentes approches pour traiter l'écart de conformité. Certains modèles régionaux ont choisi de passer de la logique de sanction pure à celle de l'incitation par des allégements partiels et temporaires des amendes sur les affaires en cours en échange du paiement du principal des impôts dus, et de prolonger les périodes de règlement pour encourager les réconciliations et mettre fin aux conflits accumulés. Ces approches n'ont pas été présentées comme un renoncement à la souveraineté de la loi, mais comme des outils intelligents pour percevoir les revenus réels, élargir la base des conformes, et réintégrer des activités économiques qui sont restées en dehors du système pendant des années. De tels modèles ne sont pas transférables à la lettre, mais ils ouvrent un débat nécessaire sur la pertinence de stimuler la conformité volontaire plutôt que de se contenter de renforcer la collecte auprès de ceux qui se conforment déjà.
La question essentielle n'est donc pas : avons-nous besoin de plus d'impôts ? Mais : quel système fiscal voulons-nous ? Voulons-nous un système facile à percevoir basé sur la consommation parce qu'il est le plus simple, ou un système juste qui élargit la base fiscale, réduit le fardeau sur les faibles revenus, et redistribue le fardeau en fonction de la capacité réelle de paiement ?
La véritable réforme fiscale ne commence pas par l'augmentation des taux ou le renforcement des sanctions, mais par la reconstruction du contrat social. Elle commence par l'élargissement de la base fiscale de manière juste, en réduisant la dépendance excessive aux impôts indirects, en intégrant progressivement l'économie informelle sans l'étouffer, et en liant l'impôt à des services tangibles dont le citoyen ressent les effets dans sa vie quotidienne.
Enfin, l'équité fiscale n'est pas un luxe théorique dans un contexte économique difficile, mais une condition pour la stabilité sociale. L'État qui demande à ses citoyens de se conformer doit d'abord s'assurer que cette conformité est répartie équitablement, en échange de services, et selon une logique de partenariat plutôt que de perception. Sans cela, l'impôt restera un chiffre dans le budget, sans valeur réelle dans la vie des gens.
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