Venezuela, Taïwan et Ukraine : quand le principe Monroe est monopolisé et la légitimité est mesurée par le double standard de la puissance
Dans les relations internationales, les principes ne deviennent pas une source de crises en raison de leur contenu autant qu'en raison du monopole de leur interprétation et de leur application. Le principe qui est présenté comme une défense de la sécurité nationale ou de la souveraineté perd sa légitimité lorsqu'il est utilisé exclusivement par une seule puissance et qu'il est refusé aux autres puissances lorsqu'elles essaient d'utiliser la même logique. Les cas du Venezuela, de Taïwan et de l'Ukraine représentent trois terrains géographiques différents mais identiques en ce qui concerne la nature du problème : un seul principe et une légitimité sélective.
Le principe Monroe, proclamé en 1823, était au fond une expression du désir des États-Unis, en tant qu'État émergent, de protéger son espace vital contre l'ingérence de puissances concurrentes. Cette logique n'était pas exceptionnelle dans l'histoire des relations internationales, mais constituait une règle non écrite adoptée par diverses grandes puissances à différentes étapes. Cependant, le problème a commencé lorsque ce principe est devenu un droit acquis permanent pour les États-Unis, exercé en dehors de tout cadre contractuel international et utilisé pour justifier l'ingérence dans les affaires d'autres pays sans reconnaître à ces pays ou à d'autres le droit d'adopter les mêmes considérations de sécurité.
Dans le cas vénézuélien, ce monopole se manifeste clairement. Les relations que Caracas a tissées avec la Chine, la Russie et l'Iran ont été présentées dans le discours occidental comme une menace inacceptable, non pas à cause de leur nature, mais à cause de leur dépassement du champ d'influence traditionnel d'une seule puissance. Ici, le principe de souveraineté n'est pas discuté en tant que droit légal, mais redéfini selon un critère politique : la souveraineté est acceptable tant qu'elle ne perturbe pas l'équilibre des influences établies. Les développements récents illustrent avec éclat cette réalité, car le Venezuela a connu une opération militaire vaste sur son territoire, suivie de l'arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, et de leur transfert hors du pays, ce que les États-Unis ont décrit comme une cible à un leader accusé de problèmes juridiques. Cette étape a suscité de larges condamnations internationales, car les chefs mondiaux l'ont considérée comme une violation flagrante de la souveraineté d'un État indépendant et du droit international, ce qui illustre comment les principes deviennent des instruments de pouvoir politique au lieu de cadres égaux et contraignants pour tous les États.
L'affaire de Taïwan présente une contradiction similaire dans le discours international. Les États-Unis, qui ont historiquement défendu leur droit d'empêcher les puissances concurrentes de s'approcher de leur espace vital, rejettent toute logique similaire lorsque la Chine l'exprime dans son environnement géographique immédiat. Malgré la reconnaissance officielle américaine et mondiale du principe de "la Chine unique", toute tentative chinoise de traduire ce principe dans le domaine de la sécurité est présentée comme une menace pour la stabilité mondiale, ce qui met en évidence clairement que le principe n'est pas rejeté par lui-même, mais parce que celui qui essaie de l'utiliser n'est pas le côté qui le monopolise historiquement.
Dans le cas ukrainien, le même problème est reproduit sous une forme différente, car l'opposition de la Russie à l'élargissement de l'OTAN vers ses frontières est rencontrée par un rejet absolu, alors que la logique des alliances militaires et de l'approche des frontières est un élément sensible dans toute doctrine de sécurité nationale. Encore une fois, le principe n'est pas discuté en termes de sa légitimité théorique, mais en fonction de l'identité de l'entité qui exige son application, ce qui montre comment un double standard est appliqué dans l'interprétation des principes.
Le plus dangereux dans le monopole des principes n'est pas seulement ce qu'il engendre comme conflits, mais ce qu'il crée comme érosion progressive de la légitimité du système international lui-même. Le système basé sur des règles et des principes ne peut pas perdurer si ces règles et principes sont appliqués de manière sélective et interprétés selon des rapports de force plutôt que selon des normes fixes. Lorsque seule une puissance, comme les États-Unis, se voit accorder le droit de définir la sécurité et la menace, tandis que d'autres, comme la Russie et la Chine, sont privées de ce droit, les principes se transforment en outils de contrôle politique et non en fondements de la stabilité. Le véritable défi auquel le système international est confronté aujourd'hui n'est pas de formuler de nouveaux principes, mais d'universaliser équitablement les principes existants. Soit il est reconnu le droit de tous les États de protéger leur espace vital dans le cadre du droit international, soit cette logique est refusée à tous sans exception. La poursuite du monopole ne conduira qu'à approfondir les divisions et à accélérer la transition vers un monde dominé par les rapports de force plutôt que par des règles.
Le Venezuela, Taïwan et l'Ukraine montrent que la véritable problématique de la politique internationale contemporaine ne réside pas dans l'absence de principes, mais dans leur transformation en un privilège exclusif des États-Unis. Le principe qui ne peut être généralisé ne peut pas prétendre à l'universalité ni constituer un fondement d'un système international stable. Dans un monde qui se dirige résolument vers une multipolarité, le monopole des principes devient non seulement injuste, mais insoutenable.
La question maintenant :
"Les grandes puissances vont-elles appliquer les principes qu'elles défendent dans les conflits qui les concernent ? Et quelles en seront les répercussions sur la stabilité internationale, notamment en ce qui concerne les tensions à Taïwan et en Ukraine ?"
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