La malédiction du Venezuela : entre l'arrestation américaine et le contrôle historique
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La malédiction du Venezuela : entre l'arrestation américaine et le contrôle historique

Dans une escalade flagrante, le président américain Donald Trump a annoncé l'arrestation de Nicolás Maduro et de sa femme, ainsi que leur expulsion par avion hors du Venezuela. Cette annonce n'est pas simplement un geste politique, mais un acte scandaleux qui viole le droit international et le droit international humanitaire, confirmant que les États-Unis n'agissent pas pour protéger les droits ou promouvoir la démocratie, mais selon leurs intérêts pétroliers et stratégiques, retrouvant un modèle de contrôle historique sur le Venezuela.

Le Venezuela n'est pas un État échoué, mais un État qui a été délibérément échoué. Ce qui se produit là-bas n'est pas le résultat d'une malchance économique, ni d'erreurs socialistes isolées, mais le produit d'une longue guerre menée au nom de la démocratie, alors que le pétrole était le véritable objectif. Les États-Unis n'ont pas pénétré au Venezuela pour défendre les droits de l'homme, ni pour lutter contre la drogue, mais dans le but de contrôler les plus grandes réserves de pétrole au monde, utilisant les sanctions, la famine et l'effondrement économique comme arme politique pour soumettre un État qui a décidé de sortir de la soumission.

Dans ce sens, il est impossible de lire la crise vénézuélienne en dehors de son contexte historique long. L'histoire du Venezuela n'est pas une histoire d'échec passager, mais un parcours prolongé d'appauvrissement organisé qui commence à l'époque coloniale et ne s'arrête pas avec Maduro. Depuis qu'il a subi ce que l'on peut appeler la "malédiction espagnole". Le Venezuela a été considéré comme une terre de pillage plutôt que comme un État en pleine évolution. Les Espagnols ont envoyé des nobles pour gouverner les populations locales, et ont exploité la fertilité des terres dans la culture du café et du cacao, tout en imposant un embargo strict sur l'industrie et l'exportation indépendante, forçant les colonies à envoyer des matières premières vers l'Espagne, qui les revendait sous forme de produits finis. Ainsi, une économie sans production s'est formée, et les habitants ont été arrachés à leur relation à la terre pour être transformés en travailleurs dans un système de rentes.

Au moment où le monde assistait à la révolution industrielle et se dirigeait vers l'innovation et la technologie, le Venezuela semblait profiter de ce retard. Et lorsque le pétrole a été découvert en quantités énormes au XXe siècle, le pays est entré dans une nouvelle phase d'illusion : un pays modernisé sur le papier, mais échappant à toute structure économique solide, dépendant d'un seul produit pétrolier. Les investissements américains ont frappé à la porte, ont acheté des concessions, et ont géré et mécanisé les puits de pétrole. Les intérêts américains au Venezuela ont toujours été purement pétroliers, et tout autre discours n'est qu'un discours politique destiné à la consommation médiatique.

Avec Hugo Chávez, le pays est entré dans une phase formellement différente, mais n'a pas échappé à l'essence de la crise. Chávez a brandi des slogans de justice sociale et a réussi à améliorer la situation de secteurs ruraux et marginalisés, mais il a transformé l'État en un outil idéologique et a géré l'économie avec une mentalité politique défaillante, ce qui a conduit à l'effondrement de l'administration et à la baisse de la productivité.

Maduro a hérité d'une économie presque en ruine, et les sanctions américaines se sont accrues, dont le but n'était pas de protéger le peuple ou ses droits, mais de réorganiser l'influence et de contrôler le secteur énergétique. La monnaie s'est effondrée, la plupart des transactions sont passées sur le marché noir, et des millions de citoyens ont émigré, y compris des universitaires et des professionnels, tandis que ceux qui n'avaient pas moyen de fuir restaient exposés à la pauvreté et à la faim quotidienne.

Ici, l'annonce de l'arrestation de Maduro et de sa femme acquiert un sens supplémentaire : elle représente une extension directe des politiques américaines anciennes qui ont traité le Venezuela comme une terre ouverte à l'intervention, où la force directe est utilisée pour changer les rapports de pouvoir et réécrire le droit international selon des intérêts unilatéraux. C'est un modèle flagrant de "racket par les pays puissants", où la souveraineté nationale est violée, et les lois internationales sont remplacées par des normes de force et d'influence, transformant les États plus petits en simples champs de bataille pour les ressources et les stratégies.

Cette intervention directe reflète la continuité d'un long schéma d'imposition de l'influence sur le Venezuela, et confirme que tout gouvernement qui tente de s'appuyer sur l'indépendance de sa décision politique ou de contrôler ses ressources naturelles fait face à une menace publique et grave de la part des grandes puissances, loin de toute considération morale ou légale.

Le Venezuela n'est pas un pays pauvre, mais un pays appauvri, victime d'une économie rentière prolongée, d'une intervention américaine destructrice, d'une opposition asservie à l'étranger, d'une mauvaise gestion chronique, de la corruption politique, de la fuite des cerveaux, et de l'asservissement de la richesse nationale à des intérêts intérieurs et extérieurs. Il aurait pu être l'un des pays les plus riches du monde, mais la richesse sans un État productif, sans institutions, et sans responsabilité se transforme d'une bénédiction à une malédiction.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.