Bilan 2025
Avec le début de l'année 2026, la question palestinienne semble avoir un besoin urgent d'une réflexion rationnelle stricte, plutôt que d'un discours mobilisateur supplémentaire. Nous sommes à un tournant historique qui impose une approche différente : un bilan national complet, semblable à ce que font les institutions lorsque celles-ci sont confrontées à un écart entre leurs livres et la réalité. En essence, le bilan n'est pas un acte de doute, mais un acte de sauvetage ; ce n'est pas une auto-flagellation, mais une tentative de rétablir l'équilibre avant l'effondrement.
En comptabilité, le bilan est utilisé pour vérifier les actifs et les passifs, les valeurs réelles et non seulement celles enregistrées. En politique, le bilan devient un outil pour révéler l'écart entre ce que nous possédons réellement et ce que nous pensons posséder, entre notre discours public et notre réelle capacité à agir. La question centrale au début de cette année n'est pas : qui est avec nous et qui est contre nous ? Mais : où en sommes-nous réellement ?
La première chose que le bilan appelle est les actifs nationaux. La justice de la question palestinienne demeure un actif politique et moral immense. Malgré les transformations internationales et la montée de la logique des intérêts froids, la Palestine n'a pas perdu sa dimension symbolique en tant que question de libération et de droits. Cependant, cet actif, comme d'autres actifs immatériels, s'use lorsqu'il n'est pas géré intelligemment. La justice seule ne se traduit pas en influence politique à moins d'être traduite en discours contemporain, en alliances efficaces et en outils de pression étudiés.
Le deuxième actif est l'homme palestinien : le capital humain le plus solide de la région, mais aussi le plus épuisé. Des décennies d'occupation, de division, de siège et de guerres répétées ont transformé la résistance d'un acte de résistance à un état d'épuisement. Dans tout bilan comptable honnête, la question de la durabilité se pose : combien de temps cet actif peut-il fonctionner sans entretien réel ? Cette question doit être posée politiquement et éthiquement.
Le troisième actif est le capital juridique et international : résolutions onusiennes, accords et références légales. Cependant, ces actifs sont restés, dans une large mesure, des actifs d'apparence, enregistrés sur papier, d'impact limité dans le rapport de force. Le problème n'est pas leur existence, mais l'absence d'une stratégie opérationnelle pour les transformer en outils d'action, et non en simples matériaux d'archive pour la consommation discursives.
En revanche, le bilan révèle des adversaires lourds dans le budget national. En tête d'entre eux se trouve la division palestinienne, qui n'est plus un différend politique, mais une dette structurelle avec des intérêts composés. La division a épuisé la légitimité, dissipé les ressources et créé un fossé profond entre la société et ses représentants. C'est, en termes de comptabilité, un créancier à long terme pour lequel aucune solution sérieuse n'a été trouvée.
Le deuxième créancier est l'érosion du projet national au profit d'une gestion quotidienne de la crise. La politique est devenue d'un outil de changement à un mécanisme de containment, et d'un projet de libération à un système de survie. Ce changement ne s'est pas produit du jour au lendemain, mais par l'accumulation de décisions à court terme qui ont favorisé la stabilité temporaire au détriment de la vision à long terme.
Le troisième créancier est le manque d'intégration entre le politique, l'économique et le social. Il n'y a pas de politique sans une économie capable de résister, pas d'économie sans un minimum de souveraineté, et pas de souveraineté sans une unité de décision. Cette équation simple a été ignorée pendant longtemps, les différences apparaissant clairement entre ce qui est annoncé et ce qui est pratiqué.
Il se pose ici la question de la méthode : quel type de bilan avons-nous besoin ? Ce qui s'est passé au cours des dernières années ressemble à un bilan périodique : des révisions saisonnières après chaque catastrophe, des rapports critiques, puis un retour au même chemin. Ce modèle n'est plus valable. La prochaine étape nécessite un bilan continu : une révision quotidienne du discours, des outils, et de l'impact de chaque étape sur l'objectif final. Elle nécessite également parfois un bilan soudain, choquant, qui rouvre les dossiers fermés et soulève les questions repoussées par crainte ou par intérêt.
Ce que le bilan révèle de plus inquiétant est l'écart entre les enregistrements et la réalité. Entre le discours d'unité et la pratique de la division, entre la glorification des sacrifices et l'absence de comptabilité, entre le discours sur l'avenir et l'action dans une mentalité de gestion de crise. Dans toute institution, ces écarts nécessitent des règlements. Et dans le cas palestinien, il est impossible de les franchir vers une nouvelle année sans traitement.
L'année 2026 doit être celle de la transition de l'émotion à la gestion, de la réaction à la planification. Le bilan national n'est pas un luxe intellectuel, mais une condition de survie. Soit nous avons le courage de regarder dans le miroir et de réorganiser nos priorités et nos outils, soit nous continuons à inscrire de beaux chiffres dans les livres de la politique, tandis que les actifs se détériorent silencieusement dans la réalité.
Note : L'occupation israélienne a été sciemment exclue de ce bilan, non par ignorance, mais par position, non par neutralité. L'occupation, peu importe ses formes, n'est plus un sujet de débat éthique ou politique, mais un donné fixe dans l'équation de l'injustice, qui n'explique pas à elle seule notre incapacité ni ne justifie nos pannes accumulées. Le bilan ici est dirigé vers le soi palestinien, car la tragédie, si elle dure, se transforme d'un événement imposé en une structure interne si elle n'est pas déconstruite. Les causes justes ne sont pas seulement vaincues par la force de leurs adversaires, mais aussi par l'érosion de leur capacité à produire un sens, à organiser une force et à préserver un projet. Le fait de nommer l'occupation dans chaque phrase ne nous exonère pas de la question de la compétence, ni ne confère au désastre une légitimité nationale. Avant de demander à la communauté internationale pour la justice, nous devons prouver à nous-mêmes que nous sommes dignes ; et avant de condamner l'occupation, nous devons mener un jugement rationnel de nous-mêmes, car la libération ne commence pas par la condamnation de l'extérieur, mais par la restitution du contrôle sur l'intérieur.
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