Pourquoi Marwan Barghouti reste-t-il la clé de l’unité et de la solution ?
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Pourquoi Marwan Barghouti reste-t-il la clé de l’unité et de la solution ?

Marwan Barghouti n’est pas seulement un prisonnier palestinien ayant passé près de trois décennies derrière les barreaux, ni un simple leader éminent du mouvement Fatah, mais il est l’une des figures les plus marquantes qui a condensé un parcours complet d’évolution du mouvement national palestinien, avec tout ce qu’il a apporté de sacrifices et de transformations, de la résistance populaire à la quête d’une solution politique juste basée sur la légitimité internationale, sans renoncer aux droits nationaux inaliénables.

Et son retour récurrent sous les projecteurs de l’attention ne s’explique pas seulement par sa position au sein de la société palestinienne, mais aussi par sa place dans les calculs politiques régionaux et internationaux. Chaque fois qu’il existe un besoin de reconstruire le système politique palestinien, ou de restaurer son unité, ou de rechercher un leadership bénéficiant d'une large légitimité nationale, le nom de Marwan Barghouti réapparaît en tant que l’un des rares noms dont la présence transcende les frontières des factions et des divisions, touchant à l’idée d’un leadership national unificateur.

La question ne concerne pas seulement une personne, mais ce qu’il représente en tant que possibilité de réunir trois éléments rarement présents dans une seule personnalité politique, à savoir la légitimité de lutte, la présence populaire et la capacité à s’adresser à l’avenir politique en s’éloignant de la logique de la gestion indéfinie du conflit.

Barghouti a gravi les échelons du mouvement national depuis sa jeunesse, et il a été l’un des principaux leaders du mouvement étudiant et national en Cisjordanie durant les années 70 et 80. Avec toute une génération de leaders de terrain, syndicaux et populaires, il a contribué à créer l’environnement organisationnel, politique et populaire qui a préparé l’explosion de la grande intifada palestinienne en 1987.

Bien qu'il ait été exilé à l'extérieur du pays juste avant son éclatement, il est devenu, depuis sa position à l’étranger, l’un des principaux leaders soutenant l’intifada sur les plans politique et organisationnel aux côtés du martyr Khalil Al-Wazir (Abu Jihad), qui était l’un des leaders les plus éminents ayant soutenu l’intifada et sa direction nationale unifiée. Après son assassinat en 1988, Barghouti a poursuivi ce rôle dans le cadre de son travail avec le président Yasser Arafat, avant de revenir au pays en avril 1994.

Ce parcours n’était pas simplement une transition entre des postes organisationnels, mais une expression de son appartenance à une école nationale qui a vu que la lutte politique et populaire n’est pas en contradiction avec la recherche d’une solution historique mettant fin à l’occupation et garantissant la liberté, l’indépendance et le retour. C’est cette école qui a compris que la force de tout leadership palestinien ne se mesure pas seulement par sa capacité à résister, mais aussi par sa capacité à transformer les sacrifices en un projet politique réalisable.

La paix entre ennemis, pas entre amis

Marwan Barghouti n’était pas un partisan de la paix à tout prix, tout comme il n’était pas un partisan de la gestion du conflit comme un destin éternel. Il est parti d’une conviction politique claire que le conflit israélo-palestinien ne peut prendre fin qu’en mettant fin à l’occupation, en concrétisant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, et en établissant son État indépendant sur la base des résolutions de la légitimité internationale et du droit international.

La paix ne signifie pas abandonner les droits, mais que les deux parties reconnaissent que la solution historique, si elle repose sur une reconnaissance mutuelle et un minimum de justice, est le seul chemin pour sortir du cycle de conflits ouverts. C’est pourquoi les dirigeants capables de créer la paix ne sont pas nécessairement ceux qui sont les plus acceptés lors des moments de confrontation, mais ceux qui sont les plus capables de convaincre leurs peuples que la paix possible vaut mieux qu’une guerre sans fin.

Et c'est ce que les leaders nationaux dans divers conflits ont compris à travers l’histoire. La force dont la paix a besoin n’est pas seulement celle des armes, mais celle de la légitimité et de la capacité à assumer la responsabilité des décisions historiques. Seuls les dirigeants qui ont la confiance de leurs peuples peuvent passer de la phase de conflit à celle de la solution sans perdre leur légitimité nationale. Cette compréhension a coïncidé avec la vision de plusieurs dirigeants nationaux palestiniens, et peut-être avec certains dirigeants israéliens qui ont connu le coût du conflit sanglant, mais n’ont pas eu la volonté politique et le courage nécessaires pour avancer vers une solution historique dont le cœur est la reconnaissance des droits du peuple palestinien tels que définis par la légitimité internationale, et non une solution entre maîtres et esclaves comme les gouvernements israéliens successifs ont tenté de l’imposer, en particulier le gouvernement actuel.

Des secteurs de la droite israélienne ont misé sur la possibilité de réduire la direction palestinienne ou de produire une direction acceptant moins que ce que le peuple palestinien pourrait accepter, au lieu de faire face au cœur du conflit et de traiter ses causes historiques et politiques. Cela a conduit à un parcours tragique manifesté par l’assassinat de Yasser Arafat, l’arrestation de Marwan Barghouti, puis à la poursuite des attaques contre les voies politiques et les personnalités liées à des choix plus pragmatiques au sein de la scène palestinienne, ce qui a contribué, en plus d’autres facteurs palestiniens, régionaux et internationaux, à ouvrir la voie à la montée de l’extrême droite israélienne, et des courants nationalistes religieux radicaux, ainsi que des mouvements racistes qui voient dans la poursuite du conflit un outil pour préserver leur projet politique.

Pourquoi Marwan ? Quelles sont les ressemblances et les différences avec Yasser Arafat ?

L’importance de Marwan Barghouti ne vient pas de ce qu’il soit une copie de Yasser Arafat, car chacun d’eux a son propre contexte historique et ses caractéristiques personnelles et politiques, mais la comparaison entre eux s’impose dans les discussions concernant la nature du leadership palestinien capable de gérer les grands moments de transformation.

Yasser Arafat était le leader de la phase de fondation politique contemporaine de l’Organisation de libération de la Palestine, et l’homme qui, à travers des décennies de travail national, a réussi à transformer la question palestinienne d’une question de réfugiés en une question d’un peuple ayant des droits politiques reconnus au niveau international. Il avait une capacité exceptionnelle à construire le mouvement national palestinien et à maintenir sa présence malgré les conditions régionales et internationales complexes, puis il a pris la décision historique de passer de la logique de la révolution à la logique de l’État et de la solution politique.

Marwan Barghouti, quant à lui, a vu son caractère se former dans une génération différente ; celle de la première intifada palestinienne, qui a grandi sous l’occupation directe, et a expérimenté la capacité du peuple palestinien à agir collectivement et à s’organiser à l’intérieur du pays. C’est pourquoi sa présence a reposé sur son rôle de leader de terrain et politique réunissant l’action organisationnelle et la présence populaire, avant de devenir l’un des visages palestiniens les plus marquants reliant le combat national et la nécessité d’un horizon politique sérieux mettant fin au conflit.

La ressemblance la plus importante entre les deux hommes ne réside pas seulement dans leur appartenance à une même école politique et nationale, mais dans la nature de la légitimité à laquelle ils se sont référés, qui est une légitimité issue de l’expérience nationale directe, et de la capacité à dialoguer avec le peuple, et non d'une légitimité imposée ou extérieure. Tous deux ont compris qu’un leadership palestinien capable de prendre des décisions historiques a d'abord besoin de la confiance de son peuple et d'institutions nationales fondées sur la participation populaire.

Cependant, la différence entre eux n’est pas moins importante que la ressemblance. Arafat a dirigé l’OLP à une époque où le mouvement national palestinien se battait pour établir la présence politique de la question palestinienne sur la scène internationale, puis il a vécu l’expérience du gouvernement avec toutes ses complexités et contradictions après la création de l’Autorité nationale. Quant à Barghouti, il est resté éloigné de l’exercice du pouvoir exécutif, ce qui l’a tenu à l’écart de nombreux fardeaux de l’expérience quotidienne du gouvernement, mais en même temps l’a privé d’une chance de tester sa vision politique et institutionnelle dans la gestion du réel.

Pourtant, le point commun le plus frappant reste la même question historique, à savoir comment un peuple sous occupation peut-il maintenir ses droits nationaux tout en ayant en même temps un leadership capable de prendre des décisions difficiles lorsqu’une véritable opportunité se présente.

Arafat a finalement compris que la paix nécessite un partenaire israélien capable de prendre des décisions douloureuses, tout comme elle nécessite un leadership palestinien qui possède la légitimité pour assumer la responsabilité de ces décisions. Peut-être que l'importance de Barghouti, pour ceux qui le voient comme une personnalité capable de jouer un rôle historique, réside dans le fait qu'il possède certains éléments de cette équation, à savoir un historique de lutte lui conférant de la légitimité, une vision politique ouvrant la porte à une solution, et une capacité potentielle à s’adresser à un large public palestinien.

Cependant, tout rôle historique pour Marwan Barghouti, comme pour tout autre leader palestinien, ne peut réussir en dehors du cadre de la reconstruction des institutions nationales démocratiques, de la fin de la division, et du rétablissement de l’unité de la décision palestinienne. Les symboles peuvent ouvrir des portes, mais ils ne peuvent pas à eux seuls construire l’avenir. Seules des institutions solides et une légitimité populaire peuvent convertir les moments historiques en un projet national durable.

Entre le symbole et l’institution : il n’y a pas de salut pour un peuple sans leadership ni institutions

Enfin, la question n’est pas de savoir si Marwan Barghouti est une personne, ni de transformer un leader en un substitut du peuple ou des institutions nationales. Les peuples ne construisent pas leur avenir avec des symboles seuls, peu importe leur statut historique, mais avec des institutions démocratiques, une légitimité populaire et la capacité de transformer les sacrifices et les aspirations en un projet politique viable.

Cependant, l’histoire nous apprend aussi que certaines personnalités deviennent, dans les moments de grandes transformations, plus que de simples individus. Elles condensent les expériences de générations et, par leur présence, portent la possibilité de surmonter les divisions et d’ouvrir de nouvelles voies. C’est ici que l’importance de Marwan Barghouti se situe, non pas en tant que seule solution, mais en tant que l’une des clés potentielles pour reconstruire un centre national palestinien unificateur, capable de concilier l’unité intérieure et une vision politique réaliste.

C’est pourquoi le premier pas qu’il est impossible de négliger pour les Palestiniens est de restaurer la légitimité interne à travers des élections présidentielles suivies d’élections législatives libres, afin de reconstruire la relation entre le peuple et son leadership, et d’ouvrir la voie à un renouvellement des institutions nationales basé sur la participation, la responsabilité et la fin de la division.

Les élections ne sont pas seulement une affaire interne palestinienne, mais font partie de l’équation du conflit lui-même. Un peuple ne peut pas aborder une nouvelle phase historique sans un leadership reposant sur un mandat populaire clair, tout comme aucun acteur international ou régional ne peut traiter sérieusement avec un partenaire palestinien à moins que celui-ci ne soit issu de la volonté de son peuple et de ses institutions.

Inversement, Israël fait également face à une obligation historique dont il ne peut s'échapper. L'expérience a prouvé que la force militaire, peu importe son ampleur, ne peut pas produire une paix ou une sécurité durables. Israël doit tirer des leçons de l’histoire du conflit et comprendre que son avenir ne peut pas être construit sur l’extermination, la poursuite de l’occupation, l’annexion ou la gestion du conflit, mais sur la reconnaissance que la véritable sécurité est liée à la fin des raisons du conflit.

Il est frappant de constater que le nom de Marwan Barghouti n’est plus seulement présent dans le débat palestinien et israélien, mais qu'il est également apparu dans les considérations politiques internationales. Le président américain Donald Trump l’a mentionné par son nom au cours des discussions relatives à l’accord d’échange de prisonniers et à la cessation de la « guerre » à Gaza, reflétant une prise de conscience que la question du leadership palestinien doit être intégrée à tout arrangement politique à long terme. Cela place Trump devant un véritable test qui correspond à son pragmatisme politique. Se contentera-t-il de gérer les crises et de conclure des accords temporaires, ou comprendra-t-il que l’intérêt même d’Israël ne réside pas dans les voies de conflits ouverts, mais dans une solution historique mettant fin au conflit ?

Bien que les biais connus de Trump en faveur d’Israël existent, toute analyse réaliste de l’avenir de la région devrait le conduire à une prise de conscience fondamentale que le besoin du peuple israélien pour la paix n’est pas moindre que celui des Palestiniens pour que cette paix soit juste, car la continuité du conflit menace de transformer la puissance militaire d’Israël en un fardeau stratégique permanent.

Cependant, cette paix ne peut naître des politiques dirigées par la logique de l’annexion, de l’effacement et de la force absolue. Le parcours emprunté par les gouvernements israéliens successifs, avec l’accélération des projets d’annexion, l’élargissement des colonies, et les tentatives d’éliminer la question palestinienne sur le plan politique, allant jusqu’à la guerre d’extermination sur la bande de Gaza, comme l’ont décrit de nombreux experts et organisations de droits humains internationales, révèle la profondeur de la crise à laquelle fait face l’avenir de la région.

La paix ne se construit pas sur les ruines d’un peuple, ni sur la tentative d’effacer une identité nationale enracinée, ni sur l’imposition d’une réalité permanente par la force. Les tentatives de soumettre le peuple palestinien ou de dépasser ses droits nationaux ne mettront pas fin au problème, mais reproduiront le conflit sous des formes plus dangereuses. C’est pourquoi toute réelle opportunité de sortir de ce parcours nécessite une intervention internationale efficace, qui ne se limite pas à la gestion des crises ou à l’arrêt temporaire des hostilités, mais qui travaille dans le cadre du droit international et des décisions de la légitimité internationale.

Ce qui est requis n’est pas seulement un nouvel accord, mais un changement dans les règles du jeu ; pour les Palestiniens en retrouvant la légitimité et l’unité et en construisant les institutions, et pour les Israéliens en passant de la logique du contrôle à celle de la reconnaissance des droits nationaux palestiniens, et au niveau international en assumant la responsabilité de mettre fin à un conflit qui a duré trop longtemps.

Dans cette équation, Marwan Barghouti reste un symbole d'une question plus grande que sa personne, à savoir si les Palestiniens et les Israéliens peuvent transformer des décennies de conflit en un nouveau chemin, ou si tout le monde restera prisonnier de la logique de la guerre qui n’a produit que du sang et des pertes ?

La paix entre ennemis est possible, mais elle nécessite des leaders possédant la légitimité et le courage, et une communauté internationale disposée à privilégier la logique du droit par rapport à celle de la force.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.