7-10 milliards de shekels : la facture de l'ouvrier absent de Bruxelles
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7-10 milliards de shekels : la facture de l'ouvrier absent de Bruxelles

-Conseiller économique et financier international - membre de l'organisation internationale pour la transformation et l'économie numérique - secrétariat général

Lors de chaque conférence internationale tenue pour soutenir la Palestine, les gros titres des nouvelles mettent en avant les montants de l'aide annoncée, tandis qu'un chiffre bien plus important reste en dehors du cadre : le montant des revenus qui a cessé de rentrer dans l'économie palestinienne depuis que les portes du marché du travail israélien se sont fermées pour des dizaines de milliers de travailleurs. Depuis le 7 octobre 2023, la plupart d'entre eux n'ont pas retrouvé leur emploi, et jusqu'à présent, aucune équation claire n'a été proposée reliant l'ampleur de cette absence au niveau de soutien réellement nécessaire pour la compenser. La dernière conférence de Bruxelles a répété le même scénario : des promesses de centaines de millions d'euros, sans que la question la plus importante ne soit posée : combien l'économie palestinienne a-t-elle réellement perdu du fait de l'absence de la main-d'œuvre interne, et ce financement est-il suffisant pour combler le déficit ?

L'ampleur du choc : des chiffres et pas seulement des impressions
Avant les événements du 7 octobre 2023, environ 156 à 178 mille travailleurs palestiniens agréés étaient employés en Israël et dans les colonies, en plus de près de 37 à 40 mille travailleurs sans permis officiel, selon les données du Bureau central des statistiques palestinien. Avec le déclenchement de la guerre, Israël a retiré les permis de travail d'environ 120 mille travailleurs d'un coup, et au plus, jusqu'à la fin de 2025, seulement environ 34 mille travailleurs pourront reprendre leur emploi, la majorité étant dans les colonies.

Quant au salaire moyen, il a atteint, selon les données du troisième trimestre de 2023, environ 300 shekels par jour (environ 81 dollars), soit l'équivalent de près de 6 600 shekels par mois pour un travailleur, un chiffre bien plus élevé que ce qui est parfois mentionné dans les estimations optimistes. En multipliant ce montant moyen par le nombre de travailleurs sortis du marché, la perte directe en salaires à elle seule approche de 7 à 10 milliards de shekels par an. Si l'on prend en compte l'effet multiplicateur de ce revenu dans le marché local, le coût économique réel dépasse la valeur des salaires directs, englobant la baisse de la consommation, la diminution des activités commerciales et une pression supplémentaire sur les finances publiques.

Ces chiffres révèlent la réalité que le travailleur palestinien n'était pas simplement un individu à la recherche d'un emploi, mais représentait un flux financier régulier vers l'économie locale : son salaire se transformait en consommation quotidienne, en demande de biens et de services, en capacité à honorer des engagements, et en soutien à la circulation commerciale et au secteur bancaire. Ici se manifeste ce qui est économiquement connu sous le nom d'« effet multiplicateur » : chaque shekel perdu par le travailleur ne disparaît pas avec sa famille, mais entraîne une baisse des dépenses du marché dans son ensemble, et affecte les revenus fiscaux déjà souffrants.

De plus, la perte de ce revenu n'affecte pas seulement les familles et le secteur privé, mais se reflète sur les finances publiques à travers une baisse de l'activité économique et des revenus fiscaux, alors même que le budget palestinien souffre déjà de déficits financiers accumulés. En d'autres termes, le retour des travailleurs au marché de la production signifie alléger la pression sur les finances publiques, et pas seulement améliorer le revenu des ménages.

Ce qui renforce la valeur de ces pertes de travail est que les tentatives de remplacement n'ont pas été couronnées de succès même du côté israélien. Israël a essayé d'augmenter le recrutement de travailleurs étrangers, mais cela n'a pas compensé la rapidité, les compétences et l'expérience des travailleurs palestiniens, en particulier dans les secteurs de la construction. Cela confirme que la main-d'œuvre palestinienne n'était pas simplement une main-d'œuvre bon marché remplaçable, mais une valeur économique complexe dont la substitution complète est difficile.

Bruxelles en balance : le soutien face au revenu perdu
La deuxième réunion ministérielle du groupe des donateurs pour la Palestine s'est tenue à Bruxelles à mi-juillet 2026, et a abouti à des engagements d'environ 900 millions d'euros, en plus d'un programme européen plus large d'une valeur de 1,6 milliard d'euros répartis sur quatre ans (soit environ 400 millions d'euros par an), et une initiative séparée pour la relance précoce de Gaza d'une valeur d'environ un milliard de dollars.

Ces chiffres, malgré leur importance, doivent encore être traduits en programmes qui répondent au niveau du déficit économique résultant de la perte de revenus. Alors que le soutien européen annuel approche de 400 millions d'euros (environ 1,6 milliard de shekels), la perte annuelle en salaires à elle seule est estimée à plusieurs fois ce montant. En d'autres termes : le soutien international est nécessaire pour combler des déficits urgents, mais il doit être réorienté pour devenir un outil de création d'un revenu durable, et non rester un remplacement temporaire à une économie productive capable de générer ses propres revenus.

La question qui doit se poser après Bruxelles n'est pas seulement : quelle est la taille du financement annoncé ? Mais aussi, et peut-être surtout : comment peut-on transformer une partie de ce financement en opportunités d'emploi et en sources de revenus durables, au lieu qu'il demeure une aide humanitaire récurrente ?

Vers un programme national intégré pour traiter la crise des travailleurs

Traiter ce déficit nécessite des voies d'action synchronisées, et non de simples programmes d'aide humanitaire séparés :

Tout d'abord, lancer un programme de secours d'urgence pour les travailleurs ayant perdu leurs permis, à travers des projets à forte intensité de main-d'œuvre dans les infrastructures, l'agriculture, l'énergie et le logement.

Deuxièmement, diriger un pourcentage spécifique et contraignant du financement international annoncé à Bruxelles vers la stimulation du secteur privé palestinien pour se développer et embaucher, plutôt que de laisser la plupart des financements réservés uniquement à la réponse humanitaire d'urgence. Parmi les options possibles figure la création d'un fonds national pour l'emploi économique, en partenariat entre le gouvernement, le secteur privé et les donateurs, pour financer des projets productifs créant des revenus durables plutôt que des aides temporaires.

Troisièmement, investir dans la transformation des compétences accumulées par ces travailleurs, en particulier dans le secteur de la construction qui représentait les deux tiers de la main-d'œuvre palestinienne sur le marché israélien auparavant, vers des opportunités dans l'économie locale ou des marchés alternatifs.

Quatrièmement, reconsidérer la structure de dépendance à un seul marché du travail externe, en renforçant la production locale et en stimulant l'investissement dans des secteurs capables de créer des emplois stables.
Et quel est notre rôle ?

En revanche, on ne peut pas faire peser uniquement sur la communauté internationale la responsabilité de traiter ce déficit. Ce qui est également requis de la part du gouvernement palestinien, c'est un plan d'emploi national clair, qui dépasse les solutions temporaires, et qui lie les dépenses publiques, l'investissement et les politiques de soutien au secteur privé. Il convient de noter que des mesures existent déjà, comme le programme "Bader" pour financer des projets de travailleurs intérieurs, et des plateformes d'enregistrement des demandeurs d'emploi, qui restent des outils utiles mais sont bien plus petits que l'ampleur du déficit, et nécessitent un lien plus clair entre l'enregistrement des chômeurs et leur financement effectif. Le traitement sérieux commence de l'intérieur autant qu'il dépend du soutien extérieur.

Conclusion
Le succès de la conférence de Bruxelles ne sera pas mesuré par le montant des chiffres annoncés, mais par la capacité de ce financement à redémarrer les moteurs de l'économie réelle, plutôt qu'à financer la continuité de la crise de manière plus stable. Chaque emploi créé aujourd'hui réduit le besoin d'assistance demain, et chaque shekel qui retourne dans la poche des travailleurs palestiniens ravive la dynamique du marché et la confiance de l'économie dans son avenir, ce qui est un investissement dans la stabilité tout aussi important que n'importe quel point à l'ordre du jour des donateurs. En fin de compte, le véritable critère de succès de tout soutien international n'est pas seulement la taille des fonds entrant dans l'économie, mais la taille du revenu qui revient au citoyen, et le nombre d'opportunités d'emploi qui sont à nouveau mises à la disposition de la production..

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.