Récupération interdite
La récupération en Palestine n'est pas un parcours sain et naturel passant par des phases de douleur puis de guérison, mais plutôt un projet national qui est assiégé chaque fois qu'il s'approche de sa réalisation. Ici, la maladie n'est pas un simple incident passager, mais une architecture politique, sécuritaire et économique imposée, faisant de la récupération un acte de résistance en soi.
Depuis des décennies, le peuple palestinien vit sous le poids d'une occupation longue représentée par l'État occupant, une occupation qui ne se contente pas de contrôler la terre, mais maîtrise la gestion de la fragilité : fragilité de l'économie, fragilité de la géographie, et fragilité de l'unité nationale. La Cisjordanie n'est pas comme Gaza, et Gaza n'est pas comme la Palestine imaginée dans la conscience collective ; et Jérusalem, ce nœud central, est poussée vers son isolement symbolique et démographique. Ainsi, l'espace national est reconfiguré en un archipel d'îlots isolés, rendant la récupération complète presque impossible.
Cependant, si l'interdiction de la récupération de l'extérieur est compréhensible dans la logique du conflit, la tragédie palestinienne réside dans une autre complexité : la division intérieure. Depuis les événements de 2007, la scène palestinienne connaît une division politique et géographique entre le mouvement Fatah et le mouvement Hamas, une division qui n'a pas seulement affaibli la structure du système politique, mais a également affaibli la confiance des citoyens en la possibilité de renouveau.
Ce qu'il y a de plus dangereux dans la division n'est pas la diversité des programmes ou la différence des visions, mais sa transformation en une structure autonome, avec ses propres intérêts, réseaux et privilèges. À ce moment-là, mettre fin à la division devient une menace pour des équilibres de pouvoir stables, et la récupération nationale devient un fardeau pour certaines élites qui sont habituées à gérer la crise plutôt qu'à la résoudre. C'est ici que se manifeste le sens le plus profond de "récupération interdite" : que l'intérêt extérieur à maintenir la faiblesse croise l'hésitation ou l'incapacité de l'intérieur à produire un moment unificateur.
Gaza, après de multiples cycles de guerre, offre l'exemple le plus clair de cette récupération différée. Une ville aux infrastructures détruites, un peuple épuisé, mais elle possède une énergie vitale exceptionnelle. Cependant, la reconstruction ne se transforme pas en un projet souverain intégré, mais en un parcours d'aide conditionnelle, entravé par des considérations politiques et des contraintes sécuritaires. Ainsi, la reconstruction devient une gestion de la douleur, plutôt qu'une fondation d'une nouvelle étape.
En Cisjordanie, la situation semble moins sanglante, mais elle est plus complexe. Une économie fragile dépendant de permis de travail et d'un marché soumis à un contrôle extérieur, et un espace politique limité par des accords incapables de produire un horizon souverain. Le résultat est une situation de "stabilité tendue" ; une stabilité qui ne permet pas une explosion totale, mais qui ne donne pas en contrepartie les conditions d'une véritable récupération.
La récupération palestinienne ne peut être uniquement économique, ni seulement politique. C'est un processus global qui commence par la reconstruction de la confiance au sein de la société, se poursuit par la réforme du système politique sur la base du partenariat et de la responsabilité, et se termine par la redéfinition de la relation avec le monde depuis une position d'acteur et non de receveur. Car unÉtat qui ne détient pas sa décision économique, qui n'a pas le monopole de ses outils sécuritaires, ni qui unifie son discours politique, restera prisonnier d'une fragilité permanente.
Les expériences arabes, du Liban à l'Irak en passant par la Libye, montrent que ce qui menace le plus les parcours de récupération est la transformation de la division en un destin, et la soumission à une politique quotidienne. Cependant, la particularité du cas palestinien réside dans le fait que l'occupation n'est pas un facteur fortuit, mais une structure existante, ce qui rend la récupération conditionnée par un équilibre des pouvoirs régional et international extrêmement complexe.
Néanmoins, parier uniquement sur l'extérieur est une erreur stratégique. Peu importe comment les rapports de force sont déséquilibrés, l'intérieur reste le point de départ. Rendre honneur au projet national commun, prévaloir la logique institutionnelle sur celle du groupement, et renouveler les légitimités par des outils démocratiques, tous ces éléments sont indispensables. La récupération commence par la reconnaissance que la division n'est pas un destin, et que gérer l'effondrement n'est pas une solution.
La Palestine n'a pas besoin d'un discours héroïque supplémentaire, mais d'un courage politique interne qui privilégie l'intérêt de la nation sur celui de l'organisation, et l'intérêt de l'enfant palestinien sur celui du leader. Seule cette transformation peut transformer la récupération d'un rêve différé en un parcours possible.
La récupération en Palestine n'est pas interdite par la géographie, mais entravée par la politique. Et quand cette politique est reconfigurée sur la base de l'unité, de la dignité et de la souveraineté, la récupération devient un acte historique que personne ne peut empêcher.
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