Passage de Rafah : La farce du « déplacement volontaire » et la tutelle américaine sous couvert international
Il n'existe rien de tel que le « déplacement volontaire » dans un environnement de guerre d'extermination et de destruction totale, avec des barrages militaires et des enquêtes humiliantes. La notion de volontarisme suppose l'absence de contrainte, la possibilité de retour en toute sécurité et sans conditions, et la liberté de décision individuelle. Or, lorsque le retour est conditionné par des autorisations de sécurité, que la dignité est testée à chaque barrage, et que de l'argent est offert en échange de ne pas revenir, on n'est pas en présence d'un choix libre, mais d'une contrainte soigneusement orchestrée.
Ce qui se passe au passage de Rafah, selon les témoignages et les faits documentés, n'est pas un dysfonctionnement administratif ou un durcissement sécuritaire passager. C'est un modèle répétitif : réduction du nombre de personnes traversant, enquêtes sévères, entraves, aveuglement, confiscation de biens, et pressions psychologiques assorties d'offres financières conditionnées. Tous ces éléments réunis font tomber la qualification de « volontarisme » sur le plan juridique, car le droit international ne se limite pas à l'absence d'armes directes, mais considère l'environnement coercitif qui pousse les gens à partir ou les dissuade de revenir.
Le passage s'est transformé d'un artère vitale en un outil de contrôle démographique : qui sort ? Qui revient ? Qui est interdit ? Qui est incité à coopérer ? Lorsque le retour devient un privilège conditionné, et que le départ est une issue séduisante avec de l'argent, nous sommes face à une gestion démographique et non à une gestion des frontières. Cela détruit la narrative qui promeut le « déplacement volontaire » comme une solution humanitaire, révélant cette situation comme un mécanisme de déplacement masqué sous un couvert administratif.
Le déplacement forcé, dans sa définition la plus large, ne se limite pas au transfert direct par la force, mais comprend la création de conditions de vie accablantes qui poussent les populations à partir. La réduction des opportunités de retour, l'humiliation répétée, la conditionnalité des autorisations de sécurité, et l'entrave aux soins et aux voyages, sont tous des outils de pression qui vident le « choix » de sa substance.
La discussion autour d’un « Conseil de paix » ou des arrangements pour « le jour d'après » est présentée comme une entrée vers la stabilité et la reconstruction. Mais quel conseil peut se construire sur des bases qui restreignent le retour et encadrent la contrainte ? Et quel « jour d'après » peut être géré alors que la carte démographique est redessinée sous pression ?
Si le plan de cessation des hostilités promu par Donald Trump repose sur la consolidation du cessez-le-feu, l'introduction de l'aide et des arrangements pour une gestion civile de transition, la transformation du passage en un outil d'extorsion et d'intimidation sape la logique même de la stabilité. Il ne peut y avoir de paix conçue à travers des politiques qui engendrent des tensions, accumulent des injustices et nuisent à la confiance dans de futurs arrangements.
Et si les promesses de Donald Trump étaient présentées comme un garant du cessez-le-feu et de l'application des termes de l'accord et de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, son silence sur ce qui se passe au passage de Rafah soulève de sérieuses questions sur la nature et les limites de cette garantie. La scène d'humiliation, de contrôle et d'interdiction de retour se déroule sous le regard du monde, sans aucune pression réelle pour contraindre l'État occupant à respecter les engagements minimaux de la première phase de l'accord.
Nous n'avons jusqu'à présent entendu aucune position claire de Donald Trump, ni de Nikolai Mladenov, le président du Conseil exécutif de ce qu'on appelle le « Conseil de paix », concernant ce qui se passe quotidiennement au passage de Rafah. Pas de condamnation des restrictions arbitraires, pas d'opposition à l'humiliation des rapatriés, ni de demande publique de garantir le droit au retour inconditionnel.
L'ironie, c'est que Mladenov a déclaré lors des travaux de la Conférence de Munich sur la sécurité que la transition vers la deuxième phase nécessite un « désarmement », dans un discours qui semblait plus proche d'une annonce de conditions politiques et sécuritaires que d'un appel à protéger les civils. Alors que la circulation des populations est restreinte et leur retour entravé, les priorités sont réordonnées de sorte que le désarmement devienne l'accès à la phase suivante, et non l'exécution des engagements existants.
Voici donc la question fondamentale : sommes-nous face à une médiation équilibrée, ou à une tutelle américaine sous couvert international ? Lorsque le discours de désarmement prend le pas sur le discours de protection des civils, et que le passage au « jour d'après » est demandé avant d'assurer les droits fondamentaux, ce qui se forme n'est pas un Conseil de paix, mais plutôt un cadre de gestion supérieur qui impose ses conditions politiques à la victime avant de garantir ses droits. En ce sens, le garant ne semble pas être un garant, mais un partenaire dans la gestion des résultats de la guerre et la reconfiguration de sa réalité.
La résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies concernant Gaza a confirmé la protection des civils, le respect du droit international humanitaire, le garant d'un accès humanitaire, et l'abstention de déplacements forcés. Lorsque des restrictions arbitraires sont imposées sur le retour, que le mouvement est conditionné par des autorisations de sécurité préalables, et que des pressions sont exercées pour dissuader les gens de retourner chez eux, nous sommes en présence de pratiques qui s'approchent de la définition du transit forcé de populations prohibé par les Conventions de Genève.
L'ironie, c'est que le discours sur la « reconstruction » est utilisé comme un front tandis qu'un des piliers fondamentaux de la reconstruction est sapé : le retour des populations avec dignité et en toute sécurité. Il n'y a pas de reconstruction sans gens, et pas de stabilité sans un droit de retour effectif et inconditionnel. La reconstruction n'est pas seulement du béton et du fer, mais le rétablissement de la capacité de la société à retrouver sa maison et sa terre sans humiliation.
Le déplacement collectif explicite fait face à un rejet international immédiat. Tandis que le « déplacement silencieux » à travers la répression, la pression et l'extorsion s'efforce d'atteindre le même résultat par des moyens moins bruyants. C'est un vidage progressif sous l'étiquette du volontarisme. Mais le droit international ne se laisse pas duper par les slogans ; le critère est la réalité effective : La décision est-elle libre ? L'environnement est-il non coercitif ? Le retour est-il possible et sécurisé ? Si la réponse est non, alors le « volontarisme » n'est qu'une étiquette.
Le passage de Rafah n'est pas un détail technique dans la gestion des frontières, mais un nœud politique et juridique qui dévoile la direction des politiques sur le terrain. Entre le discours du « Conseil de paix », les promesses du « jour d'après » et les projets de « reconstruction », la question fondamentale demeure : le droit des Palestiniens à un retour sûr et inconditionnel sera-t-il préservé, ou la réalité démographique sera-t-elle redéfinie sous une pression déguisée ?
Le minimum imposé par la loi et la justice est clair : permettre aux gens de revenir en toute sécurité et dignité dans ce qui reste de leurs maisons, sans extorsion, humiliation ni conditions arbitraires. En dehors de cela, il n'y a ni paix ni reconstruction… mais une gestion du déplacement par des moyens plus discrets et d'une dangerosité accrue.
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