Trump et le monde : le retour de la politique à sa nudité originelle, le Venezuela en exemple, Machiavel en témoin, et la souveraineté sur le banc des accusés
Ce que fait le président américain Donald Trump dans le monde n'est plus une "politique étrangère" au sens traditionnel; il peut être considéré comme une transformation structurelle dans la logique de l'exercice du pouvoir, où la politique est dépouillée de ses masques éthiques et juridiques, et ramenée à son essence nue : l'action, le choc et l'imposition des faits.
L'affaire du Venezuela, et ce qui a été soulevé autour du destin de son président Nicolás Maduro, n'est pas un événement isolé, mais un signe révélateur de cette transformation. Que Maduro ait été arrêté, ou livré par une trahison interne, ou que ce qui s'est passé soit encore une guerre de récits, la signification politique est plus profonde que les faits eux-mêmes.
D'abord : Trump n'est pas une anomalie du système international… mais sa révélation
Le discours libéral a l'habitude de dépeindre Trump comme un incident accidentel ou un détournement des "valeurs occidentales". Mais une lecture plus profonde montre le contraire : Trump ne détruit pas le système international, il en révèle l'essence après la chute des ornements, et ici Machiavel est fortement rappelé, non pas comme un théoricien de l'astuce seulement, mais comme un philosophe du réel, en disant : "Le prince doit apprendre à ne pas être bon, et à s'en servir lorsque cela est nécessaire".
En outre, Trump ne tente pas de concilier la force et la loi, ni ne justifie la force par les valeurs, mais les sépare radicalement : la force est exercée d'abord, la loi est convoquée ensuite, et la morale est utilisée si nécessaire comme discours. En ce sens, Trump est Machiavel après la fin de l'hypocrisie.
Deuxièmement : le Venezuela et l'état d'exception – Carl Schmitt présent
Carl Schmitt dit : "Le souverain est celui qui décide en cas d'exception", et ce que fait Trump est de généraliser l'état d'exception à l'échelle mondiale : où il n'y a pas de guerre déclarée, pas de mandat international, pas de consensus mondial, et pourtant, les actes sont exécutés puis les règles sont réécrites après coup.
Le Venezuela n'est ici pas traité comme un État pleinement souverain, mais comme un espace d'exception : un régime isolé, une économie épuisée, une élite dirigeante fracturée. Et lorsque la souveraineté s'effrite de l'intérieur, elle devient sujette à suspension de l'extérieur.
Troisièmement : de Hobbes à Trump – le retour du monde à "l'état de nature"
Dans la philosophie de Thomas Hobbes, la politique commence par une réalité dure : "La guerre de tous contre tous", le système international libéral a tenté, pendant des décennies, de retarder cette réalité par des institutions et le droit international. Cependant, Trump ne croit pas en ce report. Il agit comme si le monde était revenu à la jungle :
la dissuasion directe, les messages choquants, soumettre l'adversaire psychologiquement avant de le faire sur le terrain.
Dans ce contexte, le Venezuela n'est pas utilisé comme un ennemi équivalent, mais comme un exemple de terreur : ceux qui sortent du système sont laissés jusqu'à s'effondrer… puis capturés au moment de leur faiblesse.
Quatrièmement : l'hypothèse de la soumission et de la trahison – une lecture gramscienne
Si l'hypothèse selon laquelle Maduro a été livré de l'intérieur du système est correcte, nous sommes face à une application précise de l'idée d'Antonio Gramsci sur les crises historiques : "La crise se produit lorsque l'ancien ne peut pas mourir, et le nouveau ne peut pas naître", dans ces moments : les élites perdent confiance dans le chef du système, et les masses perdent foi dans le discours, et l'extérieur devient capable d'intervenir sans invasion.
Trump dans ce cas sait comment tirer parti de la trahison, car il ne renverse pas les régimes de l'extérieur, mais accélère l'effondrement de leurs équilibres internes.
Cinquièmement : démolition de la légitimité – Max Weber en arrière-plan
Max Weber distingue entre : légitimité légale, légitimité traditionnelle, légitimité charismatique. Ici, Trump frappe ces trois types en même temps : il ne reconnaît pas la légitimité du droit international, se moque du charisme révolutionnaire, et ne respecte pas les traditions diplomatiques, mais les remplace par une seule légitimité : celle de l'action réussie, dans le sens où si l'action réussit, elle devient justifiée, et si elle échoue, elle est effacée de la narration.
Sixièmement : la fin de l'ère de la "représentation" – de Foucault à la réalité
Dans la philosophie politique moderne, l'État représente son peuple et exerce la violence en son nom. Cependant, dans la logique de Trump, les peuples sont absents du calcul et seules les élites sont adressées. Le Venezuela, dans cette logique, n'est pas un drame de peuple, mais un dossier de gestion de crise. Ici, nous évoquons Michel Foucault : la politique n'est plus la gestion de la vie des peuples, mais la gestion des effondrements des États.
En résumé : Un monde sans masques
Ce que fait Trump dans le monde – et le Venezuela en est un exemple – n'est pas une politique agressive passagère, mais : une redéfinition de la souveraineté, de la légitimité et des limites de la force, après la fin de l'ère des masques éthiques.
Nous sommes face à un monde : moins hypocrite, plus violent, et plus honnête dans sa dureté. Et dans ce monde, la question ne devient pas : qui est avec nous ? Mais la question la plus dangereuse :
Comment construire une force interne qui ne s'achète pas et ne se livre pas quand vient le moment de l'exception ? C'est une question qui ne concerne pas seulement le Venezuela… mais tout entité qui pense que le discours la protège quand les murs s'effondrent de l'intérieur.
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