Pénurie de carburant ou pénurie de valeurs ?!
Je ne m'attendais pas, en me tenant à sept heures du matin devant la station-service Al-Irsal, à sortir après midi avec une leçon de sociologie plutôt que de gestion de crise. Cinq heures d'attente ont suffi pour que je découvre que la crise du carburant qui préoccupe les gens n'est en réalité pas une crise de carburant, mais une crise de valeurs, et que ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de plus de citernes, mais de plus d'éducation.
Au début, la scène semblait ordinaire : des dizaines de voitures s'alignaient en attendant leur tour, avec des visages fatigués mais acceptant l'idée de l'attente. Cependant, quelques minutes ont suffi pour que l'histoire réelle commence. Une voiture entre par le côté, une autre tente de dépasser la file, une troisième cherche à se renseigner ou à obtenir un coup de main, et une quatrième pense que l'attente des autres ne la concerne pas. C'est là que j'ai réalisé que la crise ne s'arrête pas à la porte de la station-service, mais réside dans l'esprit de certains d'entre nous avant d'atteindre les réservoirs de nos voitures.
Je me suis retrouvé, sans aucune fonction officielle ou mandat, à participer à l'organisation de la file. Je demandais à ceux qui avaient dépassé le système de retourner à leur place, et j'expliquais aux gens que la justice commence par le respect des règles. Certains ont répondu avec respect, d'autres ont contesté, mais la majorité voulait de l'ordre, et n'avait besoin que d'un rappel que le respect des autres n'est pas une faiblesse, mais une élévation.
Alors que je surveillais la scène, une image récurrente méritait réflexion. Parmi ceux qui attendaient se trouvait le propriétaire d'une voiture de luxe, à côté de lui un homme avec un vieux véhicule, et entre eux le médecin, l'ingénieur, le travailleur, l'employé, l'homme et la femme, le jeune et le vieux. Au moment de faire la queue, toutes les différences s'effondrèrent. La question n'était plus : que faites-vous ? ni : quel est votre salaire ? ni : quel type de voiture conduisez-vous ? ni : quel titre portez-vous. La seule question qui s'imposait était : quel est votre niveau de valeurs ?
En effet, le respect des règles ne se mesure pas à votre niveau culturel, à votre statut social, à la taille de votre compte en banque, au type de voiture que vous conduisez, ou au fait que vous soyiez un homme ou une femme. Tout cela recule devant un seul critère infaillible : le degré de respect que vous avez pour les droits des autres.
Un individu peut avoir les diplômes les plus élevés, mais ne peut pas respecter une file. Il peut conduire les voitures les plus coûteuses, mais se considère au-dessus de la loi.
Il peut parler longuement de patriotisme et d'appartenance, mais se restreint quand il s'agit de quelques minutes d'attente. À ce moment, la culture devient juste une information, et l'argent ne reste qu'un moyen, tandis que les valeurs demeurent le véritable critère de la civilisation.
Nous avons pris l'habitude, à chaque crise, de chercher des solutions administratives. Nous demandons un nouveau comité, une salle de crise, ou une entreprise spécialisée dans la gestion de la crise, et peut-être que nous nous disputons sur l'entité responsable de la négligence. Mais mon expérience ce jour-là m'a conduit à une conclusion entièrement différente. Nous n'avons pas besoin d'une entreprise pour gérer les files de carburant, autant que nous avons besoin d'un institut national pour enseigner les valeurs.
Cette phrase peut sembler sarcastique, mais elle résume une réalité douloureuse. Quelle est l'utilité des meilleurs systèmes si le citoyen insiste à les contourner ? Quelle est la valeur des lois si certains se considèrent comme des exceptions permanentes ? Et quel est l'intérêt de la technologie si le respect des règles demeure une option personnelle sans valeur sociale ?
La société qui respecte la queue respecte l'État. Et le citoyen qui attend son tour devant la station-service respectera son tour dans les administrations, dans la rue, lors des élections, et dans sa vie publique. Quant à celui qui apprend que son droit commence là où finit le droit des autres, il n'aura pas besoin d'un policier pour le surveiller à chaque coin de rue.
Le problème n'est pas seulement un manque de carburant, c'est une crise passagère qui prendra fin tôt ou tard. Mais la crise des valeurs est beaucoup plus grave, car si elle s'ancre, elle nous accompagnera dans chaque institution, dans chaque rue, dans chaque transaction, et dans chaque crise à venir.
Peut-être que ce qui m'a le plus frappé, c'est que la plupart des gens se sentaient soulagés chaque fois que l'ordre revenait dans la file, comme s'ils attendaient quelqu'un pour briser le cercle du désordre. Cela signifie que le bien est encore présent, et que la majorité souhaite l'ordre, mais elle a besoin d'une culture générale qui fasse du respect un comportement automatique, pas une réponse temporaire.
Les nations ne se mesurent pas seulement par le nombre de leurs gratte-ciel, par la longueur de leurs rues ou par la taille de leur économie, mais aussi par la façon dont leurs citoyens se rangent dans une simple file. Dans ces petits détails se cache la véritable image de la société.
Je suis parti de la station-service avec suffisamment de carburant pour ma voiture, mais j'ai porté une question bien plus grande : et si nous investissions dans la construction de l'homme comme nous investissons dans la construction des routes ? Et si nous faisions des valeurs un projet national qui commence par la famille, passe par l'école, se renforce dans les médias, et se traduit dans les institutions de l'État ?
Ce n'est qu'alors que nos crises ne seront pas seulement moins nombreuses, mais que le traitement de celles-ci sera plus civilisé. Car la société qui détient des valeurs n'a pas peur des files, ni des crises, mais les transforme en un examen que tout le monde réussit.
Après cinq heures à la station-service, je ne suis plus convaincu que nous souffrions d'un manque de carburant... mais d'un manque de conscience. Car les nations ne se bâtissent pas quand le réservoir de la voiture est plein, mais quand l'homme est plein de valeurs.
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