La France parie sur l'investissement et la culture pour reconstruire son influence en Afrique : le Nigeria au cœur de la nouvelle stratégie
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La France parie sur l'investissement et la culture pour reconstruire son influence en Afrique : le Nigeria au cœur de la nouvelle stratégie

Le site Africa Intelligence a révélé le 24 juillet 2026 que les équipes du président français Emmanuel Macron négocient avec l'homme d'affaires nigérian et milliardaire Mike Adenuga, l'un des plus grands riches d'Afrique, pour contribuer au financement de la création d'un nouvel institut français dans la capitale nigériane Abuja, avant une visite imminente du président français en Afrique de l'Ouest, au cours de laquelle il devrait poser la première pierre de ce projet, que Paris considère comme l'un de ses projets culturels et diplomatiques les plus importants sur le continent.

Ce projet ne se limite pas à la création d'un nouveau centre culturel, mais reflète une transformation plus profonde de la philosophie de la diplomatie française, qui ne considère plus la culture comme une activité distincte de l'économie, mais comme un outil de la puissance douce lié à l'investissement, au développement et à la construction de l'influence. C'est pourquoi l'État français s'appuie de plus en plus sur des partenariats avec de grands hommes d'affaires, des institutions économiques et des grandes entreprises pour financer ses projets culturels, les rendant ainsi plus durables et les transformant en plateformes d'éducation, d'innovation, d'entrepreneuriat et de construction de relations avec les élites économiques et la jeunesse.

Le choix de l'homme d'affaires nigérian Mike Adenuga pour ce rôle s'explique par sa position économique dominante, étant l'un des hommes d'affaires les plus riches d'Afrique et fondateur de la société de télécommunications Globacom, le deuxième plus grand opérateur de télécommunications au Nigeria, ainsi que de la société Conoil, active dans le secteur pétrolier et énergétique, sans oublier ses investissements diversifiés dans les banques, l'immobilier et les services logistiques, ce qui en fait l'une des personnes les plus influentes de l'économie de l'Afrique de l'Ouest.

Le choix du Nigeria reflète également une nouvelle orientation stratégique dans la politique française envers le continent. Après des années de recul de l'influence française dans de nombreux pays du Sahel, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, Paris commence à élargir son intérêt aux pays africains anglophones, en tête desquels le Nigeria, le Kenya, l'Afrique du Sud et l'Angola, sans abandonner son espace francophone traditionnel. Cette orientation s'est matérialisée par l'organisation du sommet Africa Forward dans la capitale kenyane Nairobi, qui est le premier grand sommet français organisé dans un pays africain anglophone.

L'intérêt français pour le Nigeria est dû au fait qu'il s'agit du pays africain le plus peuplé, de la plus grande économie de l'Afrique de l'Ouest, et l'un des principaux marchés de consommation du continent, ainsi que la plus grande destination pour les investissements français en Afrique subsaharienne. Dans cette optique, Paris estime que l'investissement dans la puissance douce au sein du Nigeria lui apportera des gains stratégiques à long terme, surpassant ce qui peut être réalisé dans des environnements souffrant de troubles politiques et sécuritaires continus.

Bien que le Nigeria ne soit pas un pays francophone, utilisant l'anglais comme langue officielle, sa position géographique le rend entouré de pays francophones comme le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun. De plus, la langue française est enseignée dans un grand nombre d'écoles et d'universités, et un large réseau d'alliances françaises (Alliance Française) s'est développé dans des villes majeures comme Lagos, Abuja, Kano et Ibadan, estimant à plusieurs centaines de milliers le nombre d'apprenants du français, ce qui place le Nigeria comme l'un des plus grands marchés futurs pour la langue française en Afrique selon la France.

Les données indiquent également que le dossier est directement géré par l'équipe du président Emmanuel Macron à l'Élysée, et non seulement par les ministères des Affaires étrangères ou de la Culture, ce qui reflète une approche adoptée par Macron depuis des années, intégrant la politique, l'économie, la culture et l'investissement dans une vision présidentielle unifiée, et conférant aux grands projets une dimension stratégique qui dépasse les cadres administratifs traditionnels.

Dans ce contexte, il convient également de souligner le rôle de l'alliance Africa France Impact Coalition (AFIC), un réseau regroupant plus de quarante grands hommes d'affaires français et africains, opérant sous le parrainage direct de l'Élysée. Ce réseau inclut certains des investisseurs les plus influents du continent, tels que Rodolphe Saadé, Patrick Pouyanné, Tony Elumelu, Aliko Dangote, et Abderraouf Rabi, ainsi que d'autres figures économiques nigérianes et françaises, dans le but de soutenir des projets d'investissement, d'éducation, de culture et d'entrepreneuriat en Afrique.

Le système du travail culturel français à l'étranger est géré à travers un réseau intégré comprenant le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, l'institut français qui représente le bras exécutif de la diplomatie culturelle, ainsi que le réseau des alliances françaises (Alliance Française) présent mondialement, et les ambassades françaises qui supervisent l'exécution des programmes culturels localement, avec une participation croissante du secteur privé, de l'Agence française de développement et d'institutions économiques au financement de certains grands projets.

Ces évolutions révèlent que Paris cherche à redéfinir les outils de son influence en Afrique, en passant progressivement d'un modèle associé depuis des décennies à une présence militaire et sécuritaire, à un nouveau modèle basé sur l'investissement, la culture, l'éducation et des partenariats économiques. Elles reflètent également une volonté française d'élargir sa présence au sein des pays africains anglophones, en impliquant des grands hommes d'affaires africains dans la construction d'un nouveau système de puissance douce, donnant ainsi à ces projets une dimension locale et réduisant leur dépendance au financement gouvernemental direct. Dans cette perspective, le projet du nouvel institut français à Abuja ne représente pas seulement un centre d'enseignement de la langue française ou d'organisation d'activités culturelles, mais fait partie d'une stratégie française plus large pour reconstruire son influence en Afrique à travers la culture et l'investissement à une époque de transformations rapides des rapports de force sur le continent.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.