Gaza triomphe à l'encre sur le fer, le certificat du baccalauréat est un document de survie et non simplement un résultat
La joie de Gaza pour la réussite des étudiants du baccalauréat n'est pas une joie passagère ni une célébration traditionnelle d'un résultat d'examen, c'est un événement existentielle par excellence qui redéfinit la relation entre la vie et la mort, entre l'éducation et la guerre, entre l'individu et la communauté dans un contexte d'extermination systématique qui n'a épargné ni pierre ni homme ni rêve. Que signifie réussir un étudiant à Gaza aujourd'hui alors qu'il passe son examen électroniquement depuis une tente ou un café, après que la guerre ait détruit plus de quatre-vingt-dix pour cent des écoles et tué vingt mille étudiants et mille enseignants ? Ce succès est un défi au temps et à l'histoire ainsi qu'au projet sioniste qui pariait sur la rupture de la volonté palestinienne par une violence excessive.
Le succès des étudiants du baccalauréat à Gaza en 2026 n'est pas simplement une réalisation académique mais un acte politique par excellence car il prouve que la guerre, malgré sa brutalité, n'a pas pu arrêter le cycle de la vie. En effet, l'interruption de l'éducation était l'un des objectifs déclarés de la guerre en plus des déplacements, de la famine et de la destruction systématique des infrastructures. Les écoles à Gaza n'étaient pas simplement des bâtiments, mais des symboles de continuité et de résistance culturelle, c'est pourquoi l'occupation les visait directement et transformait ce qui en restait en centres d'hébergement pour les déplacés. Mais lorsque les étudiants ont transformé leurs tentes et cafés en salles d'examen, ils ont ainsi converti la défaite en une victoire symbolique non moins importante qu'une victoire militaire.
Ces étudiants ont passé leurs examens dans des conditions inimaginables. Certains étudiaient sous la lueur d'une bougie dans une tente qui ne les protégeait ni du froid de l'hiver ni de la chaleur de l'été, d'autres se déplaçaient entre les cafés à la recherche d'une électricité stable et d'un réseau Internet non interrompu. Une étudiante comme Siwar Mohammed ne savait pas où elle allait passer son examen jusqu'à la nuit de l'examen parce qu'elle cherchait un lieu public offrant des services de base. Cette scène à elle seule révèle l'horreur du crime commis contre une génération entière qui a été privée de trois ans d'études continues, mais elle révèle également la capacité de cette génération à s'adapter et à innover dans les conditions les plus difficiles.
La joie des parents pour le succès de leurs enfants est une joie mêlée de douleur, une joie incomplète comme l'ont décrit des mères et des pères car la guerre leur a volé des moments de bonheur naturel qui auraient dû être vécus dans des conditions normales. Comment une mère peut-elle éprouver une joie entière alors qu'elle sait que son fils a échappé à la mort pour passer son examen et que ses camarades qui auraient partagé la joie sont soit morts, soit déplacés, soit privés de leur droit de se présenter à l'examen ? Cette joie est une joie incomplète par excellence, une joie qui convient à une situation exceptionnelle qui ne ressemble à aucune autre dans le monde. C'est une joie qui triomphe de la vie au cœur de la mort, mais qui n'oublie pas les morts ni ne renonce à sa tristesse.
La scène la plus touchante dans ces célébrations est la danse des Gazaouis dans leurs tentes et sur les décombres de leurs maisons. Cette danse sur les ruines n'est pas un mépris pour la mort ni une ignorance de la destruction, mais une proclamation que la vie est plus forte que la pierre et le ciment et que l'esprit palestinien ne peut être brisé par les bombes. C'est un rappel des actes de leurs ancêtres qui plantaient des olives sous le feu de l'occupation, comme s'ils disaient au monde : nous sommes ici, nous ne partirons pas, peu importe le prix. Cette danse est une forme de résistance culturelle tout aussi importante que la résistance armée, car elle préserve l'essence humanitaire du peuple palestinien.
Le succès du baccalauréat à Gaza porte des significations politiques profondes qui dépassent les frontières palestiniennes, il dit au monde que le peuple qui continue d'éduquer sous le bombardement est un peuple qui ne peut être vaincu parce qu'il croit que l'avenir se construit par la science et la connaissance et non par le fer et le feu. Israël pariait que la longue guerre créerait une génération ignorante et arriérée qu'il serait facile de contrôler, mais les étudiants de Gaza ont prouvé que le pari était perdant car ils ont réussi à se surpasser dans les conditions les plus difficiles et ce succès constitue un message ouvert à tous ceux qui parient sur la mort de l'espoir à Gaza.
Cependant, cette joie ne peut être dissociée du contexte politique plus large. La guerre sur Gaza en 2026 fait partie d'un projet colonial visant à déplacer les Palestiniens et à détruire tous les éléments de leur vie. Dans ce contexte, le succès du baccalauréat représente un défi direct à ce projet car il prouve que les Palestiniens s'accrochent à leur terre et à leur avenir malgré toutes les tentatives de déplacement et de destruction. L'éducation à Gaza n'a jamais été simplement une éducation au sens scolaire étroit, mais a toujours été une forme de résistance et de préservation de l'identité, ce qui explique l'insistance à continuer, même dans les circonstances les plus sombres.
L'état de joyeuse effervescence qui a régné sur Gaza après l'annonce des résultats est un contraste frappant avec l'état de chagrin et de deuil que vit la bande depuis plus de deux ans. Ce contraste est au cœur de l'expérience palestinienne qui unit les opposés en même temps : le Palestinien pleure et rit en même temps, il éprouve de la tristesse pour ses martyrs et de la joie pour ses enfants qui réussissent, car la vie à Gaza ne connaît pas la fragmentation ; tout y est interconnecté et imbriqué. Cette capacité à allier douleur et joie distingue le peuple palestinien des autres et lui permet de résister face aux machines de mort et de destruction les plus redoutables.
On ne peut parler de la joie de Gaza sans mentionner le rôle des institutions de soutien qui ont aidé à réussir cette expérience exceptionnelle, à savoir le ministère de l'éducation. Bien que son influence soit limitée par rapport à l'ampleur de la catastrophe, elle a été déterminante pour permettre aux étudiants de passer leurs examens. Elle reflète une solidarité palestinienne, mais elle expose également le laxisme de la communauté internationale à fournir le minimum requis pour l'éducation à ces étudiants dont les écoles ont été détruites et dont les enseignants et camarades ont été tués.
L'annonce des résultats a été exceptionnelle cette année car les examens ont été passés électroniquement pour la première fois de manière unifiée avec la Cisjordanie. Cette unification à elle seule porte une signification politique car elle confirme l'unité des territoires palestiniens malgré les tentatives de l'occupation de séparer la Cisjordanie de Gaza. L'étudiant à Gaza qui passe son examen depuis une tente de déplacés est le même étudiant à Ramallah ou à Nablus qui passe son examen depuis son école. Cette unité est un message politique clair à tous ceux qui essaient de diviser le peuple palestinien géographiquement ou politiquement.
Cependant, la vérité la plus cruelle est que de nombreux étudiants qui ont réussi ne pourront pas poursuivre leurs études universitaires, car les universités ont également été détruites et parce que le blocus empêche de voyager, et que la pauvreté extrême rend le paiement des frais universitaires un rêve lointain. Le succès du baccalauréat est uniquement une porte menacée de se fermer avant même de s'ouvrir, car la guerre n'a pas seulement détruit le passé, mais a également volé l'avenir. Cette douloureuse paradoxie rend la joie amère dans son goût puisque qu'elle survient dans un contexte qui ne garantit pas sa continuité.
Ce que les étudiants de Gaza ont accompli cette année est une réalisation historique à tous égards, car ils ont défié toutes les impossibilités pour réussir à un examen qu'ils considèrent comme leur droit naturel à la vie. Ils représentent une nouvelle génération de Palestiniens qui ne connaît pas la capitulation, une génération qui refuse d'être une victime, mais qui insiste pour être un acteur dans la construction de son destin. Ces étudiants sont le véritable avenir de la Palestine et non ceux qui commercialisent la cause de loin. La joie des familles de Gaza pour eux est une joie symbolisant l'espoir qu'ils incarnent plus que la résultante elle-même.
En fin de compte, la joie de Gaza pour la réussite des étudiants du baccalauréat est un témoignage que la vie est plus forte que la mort et que la volonté humaine peut vaincre les machines de guerre les plus puissantes. C'est une joie passagère dans une longue période de deuil, mais elle est suffisante pour prouver que Gaza n'est pas tombée et ne tombera pas, car ses habitants croient que réussir à un examen est une victoire contre l'occupation et que le certificat qu'ils ont obtenu est un nouvel acte de naissance pour la Palestine, qui ne sera pas effacé, quelle que soit l'épreuve du temps. C'est la signification politique la plus profonde de la joie de Gaza, elle n'est pas seulement la joie d'individus mais la joie d'une nation entière qui prouve que le projet national palestinien est toujours vivant et pulse dans le cœur et l'esprit de ses enfants même dans les conditions les plus sombres.
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