Société des hydrocarbures : Quand l'absence de réponses devient la plus grande question
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Société des hydrocarbures : Quand l'absence de réponses devient la plus grande question

Dans les moments de crise, l'importance des grandes décisions ne se mesure pas seulement à ce que déclarent les instances officielles, mais à ce qu'elles révèlent comme vérités, ce qu'elles offrent comme garanties, et ce auxquelles elles répondent comme questions de la société. Les décisions qui touchent aux finances publiques, aux secteurs stratégiques et à la vie quotidienne des citoyens ne peuvent pas acquérir leur légitimité simplement par l'étiquette "réformatrice", mais par leur capacité à prouver qu'elles vont réellement améliorer la performance, réduire les charges et renforcer la confiance publique.

C'est ici que commence l'interrogation sur la création de la société nationale des hydrocarbures. La question n'est pas simplement d'ajouter une nouvelle institution à l'appareil administratif, ni de redéfinir les tâches entre les institutions existantes. Il s'agit d'un secteur qui touche tous les aspects de la vie économique et sociale palestinienne : des coûts de transport et de production, aux prix des biens et services, jusqu'à la capacité des familles à faire face à leurs charges quotidiennes dans un contexte de crise économique sévère.

La question centrale n'est donc pas seulement : pourquoi la société nationale des hydrocarbures a-t-elle été créée ? Mais : quel dysfonctionnement le système existant est-il devenu incapable de résoudre, et qu'est-ce que la nouvelle société apportera que les institutions existantes ne peuvent pas faire ?

Une société nationale dans un secteur sensible : nécessité d'une réforme ou changement de centres de contrôle ?

En principe, la création d'une société nationale pour gérer un secteur vital comme l'énergie n'est pas exceptionnelle. Les pays créent de telles sociétés pour renforcer leur capacité de négociation, garantir la stabilité des approvisionnements, améliorer la gestion des ressources, ou lorsque le secteur privé rechigne à investir faute de perspectives de retour sur investissement suffisantes.

Cependant, les expériences internationales confirment que le succès des sociétés nationales n'est pas lié à leur nom ou à leur forme juridique, mais à la gouvernance, la transparence, l'indépendance et le contrôle dont elles bénéficient.

Le gouvernement indique que la création de la société vise à séparer le rôle commercial du rôle réglementaire ; ainsi, la société prendra en charge l'activité commerciale, tandis que l'autorité générale des hydrocarbures se concentrera sur les fonctions de contrôle et de régulation.

Cela pourrait ouvrir la voie à une réforme si elle est fondée sur la clarté des prérogatives et l'interdiction des conflits d'intérêts. Mais la question à ne pas manquer est : sommes-nous face à une réforme institutionnelle qui réorganise le secteur au service des citoyens, ou à une redéfinition de l'équilibre des pouvoirs à l'intérieur d'un secteur économique hautement sensible ?

Quel est le problème que la société est venue résoudre ?

Toute réforme sérieuse commence par la définition du problème. S'il y a un dysfonctionnement dans le fonctionnement de l'autorité générale des hydrocarbures, où est l'évaluation qui détermine les points à améliorer ? Si le problème réside dans le chevauchement des prérogatives, pourquoi la restructuration de l'autorité existante n'a-t-elle pas été le premier choix ? Si l'objectif est de renforcer la sécurité énergétique, quels sont les nouveaux outils que possédera la société que les institutions actuelles ne détiennent pas ? La réforme ne signifie pas simplement de transférer les tâches d'une institution à une autre, ni de changer le nom légal de l'entité responsable. La véritable réforme est celle dont le citoyen voit l'effet dans sa vie quotidienne.

La crise des hydrocarbures : était-ce la raison de la création de la société ou une opportunité pour l'annoncer ?

Il est impossible de dissocier le moment de l'annonce de la société de la crise de pénurie d'hydrocarbures qui a suscité l'inquiétude des citoyens et des secteurs économiques. La crise était-elle le résultat d'un dysfonctionnement du système en place qui a conduit à la création de la société ? Ou la crise a-t-elle fourni le moment politique propice pour annoncer un projet qui était déjà en préparation ?

La réponse à cette question n’a pas pour but de lancer des accusations, mais de comprendre le processus de prise de décision. Si la société fait partie d'une vision stratégique à long terme, le public a le droit d'exiger de connaître les études qui l'ont précédée, ses justifications économiques et les alternatives qui ont été explorées. En revanche, si elle est une réponse à une crise d'urgence, le citoyen a le droit de savoir comment les causes profondes de la crise seront traitées, et pas seulement ses manifestations.

Le dilemme du marché ouvert : comment garantir l'équité des prix ?

La question la plus sensible dans la prochaine période pourrait être celle de la tarification. Le secteur des hydrocarbures n'est pas un marché ordinaire ; il est lié aux coûts d'importation, aux taxes, aux marges bénéficiaires, à la nature des relations avec les fournisseurs, et aux contraintes politiques et économiques imposées sur le marché palestinien.

Quelles garanties seront mises en place pour empêcher que la société nationale ne devienne un nouveau canal pour faire supporter au citoyen le coût de tout déficit ou mauvaise gestion ? La mécanique de tarification sera-t-elle soumise à des critères clairs et annoncés ? Y aura-t-il un plafond clair pour les marges bénéficiaires ? L'équation de tarification qui permettra au citoyen de comprendre pourquoi le prix augmente ou diminue sera-t-elle publiée ?

En effet, la confiance ne se construit pas seulement par l'annonce de la création d'une société, mais par la capacité du citoyen à savoir comment le prix qu'il paie est déterminé.

La contrebande depuis le marché israélien : un défi à ne pas ignorer

La sensibilité du dossier des hydrocarbures s'accroît en raison de la spécificité de la géographie palestinienne, en particulier en Cisjordanie, où il y a une interdépendance économique et géographique avec le marché israélien, mais une interdépendance qui est déséquilibrée et pratiquement ouverte dans une seule direction. Toute différence de prix entre les deux marchés pourrait constituer un incitatif pour un mouvement désorganisé des hydrocarbures, que ce soit par le biais de la contrebande ou d'échappatoires à des canaux non officiels.

Comment la société nationale garantira-t-elle d'empêcher la contrebande d'hydrocarbures du marché israélien vers le marché palestinien si les frontières économiques et géographiques restent les mêmes ? Existe-t-il des mécanismes de contrôle conjoint et des bases de données pour le suivi ? Comment la concurrence déloyale sera-t-elle évitée entre une société opérant dans le cadre du système formel et un marché parallèle qui bénéficie des écarts de prix ?

Le succès de toute société nationale dans ce secteur ne dépend pas seulement de sa capacité d'importation et de distribution, mais aussi de sa capacité à réguler le marché et à prévenir ses distorsions.

Transparence : le premier test de la légitimité de la société

Jusqu'à présent, de nombreuses questions fondamentales nécessitent des réponses claires : qui sont les membres du conseil d'administration ? Comment ont-ils été choisis ? Quels sont les critères sur lesquels repose la formation du conseil ? Où est l'étude de faisabilité économique, et quelle est la nature de la propriété ? Quelle est la taille du capital et qui le financera, et quelle est la compensation financière attendue, et comment peut-elle être réalisée, notamment sachant que l'Autorité des hydrocarbures vend ce qu'elle importe à perte sur certaines catégories et au prix coûtant sur d'autres afin de réduire la contrebande ?

Ce ne sont pas des questions sceptiques, mais ce qui est le minimum attendu d'une institution qui gère un secteur public sensible et qui implique d'importants flux financiers ainsi qu'un impact direct sur la vie des citoyens. L'absence d'informations ne signifie pas nécessairement qu'il y a un dysfonctionnement, mais crée un vide qu'il ne faut pas laisser dans une décision de cette ampleur.

Le citoyen est le critère de succès et d'échec

Il ne faut pas porter de jugement préliminaire sur la société nationale des hydrocarbures avant qu'elle ne commence ses activités. Cela peut être une opportunité pour une véritable réforme si cela est associé à la transparence, à la responsabilité et à la bonne gouvernance. Mais la société a le droit d'obtenir des réponses avant d'endosser les conséquences.

La question finale n'est pas seulement : pourquoi la société a-t-elle été créée ? Mais, : deviendra-t-elle un outil pour protéger le citoyen et améliorer la gestion d'un secteur stratégique, ou se transformera-t-elle en une nouvelle couche de complexité dans une économie qui ploie déjà sous ses charges ? Et dans les questions qui touchent aux finances publiques et à la vie des gens, les bonnes intentions ne suffisent pas.

L'intérêt public ne se prouve pas par des slogans, mais par la transparence, la clarté des responsabilités et la capacité de répondre à la plus grande question : la société nationale des hydrocarbures est-elle venue soulager la crise du citoyen... ou, en l'absence de garanties suffisantes, risque-t-elle de devenir la mère de toutes les crises qui s'ajoute à son fardeau ?

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.