Crise financière palestinienne : Une seule main ne claque pas
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Crise financière palestinienne : Une seule main ne claque pas

Il est facile de pointer du doigt le gouvernement et de blâmer le ministère des Finances pour tout retard dans le paiement des salaires ou la détérioration des services publics, mais il est plus difficile de lire le paysage financier palestinien dans toute sa complexité et de comprendre l'ampleur des pressions exceptionnelles auxquelles les finances publiques sont confrontées à ce stade. Avant de porter des jugements sur toute performance financière, il est nécessaire de s'arrêter sur la nature des ressources disponibles et l'ampleur des défis qui la menacent.

Le budget palestinien repose principalement sur trois sources de financement essentielles, à savoir : les fonds de compensation perçus par l'occupation israélienne au nom du gouvernement palestinien, les recettes locales provenant des impôts, des taxes et des services, ainsi que les dons et l'aide extérieure.

Dans des conditions normales, les fonds de compensation représentent entre 65 % et 70 % du total des recettes publiques, avec une moyenne mensuelle allant de 800 à 900 millions de shekels, ce qui en fait la colonne vertébrale des finances publiques palestiniennes et le facteur le plus déterminant dans la capacité du gouvernement à honorer ses engagements financiers.

Cependant, la réalité financière actuelle s'éloigne totalement de toute condition économique normale. L'occupation continue de retenir et de déduire de grandes parties des fonds de compensation dans le cadre d'une politique visant à saper la capacité des institutions palestiniennes à survivre, alors que le soutien externe connaît une baisse sans précédent par rapport aux années précédentes, en parallèle avec la diminution des recettes locales due à la contraction économique et aux répercussions de la guerre sur la bande de Gaza.

Devant ce tableau, le gouvernement palestinien se trouve face à l'une des crises financières les plus complexes depuis la création de l'Autorité nationale palestinienne, après que les trois sources de revenus ont été soumises à des pressions simultanées et sans précédent.

Dans ces conditions, le ministère des Finances ne gère pas une crise de liquidité passagère ou un déficit financier traditionnel, mais fait face à un défi structurel qui affecte la capacité des finances publiques à survivre et à honorer ses engagements essentiels. Il est tenu d'assurer une partie des salaires des fonctionnaires, de fournir les dépenses opérationnelles des institutions gouvernementales, de maintenir les services de base dont bénéficient plus de 5,5 millions de Palestiniens, et de continuer à honorer ses engagements financiers malgré des ressources limitées et une pression croissante.

C'est pourquoi le gouvernement a été contraint pendant de longues périodes de verser des salaires à des taux variant entre 50 % et 70 % du salaire dû, non pas par mépris pour la taille des souffrances endurées par les employés et leurs familles, mais dans une tentative de gérer les ressources limitées de la manière la plus efficace possible et de les répartir sur le plus grand nombre d'engagements essentiels, afin d'éviter un effondrement total des services publics ou l'arrêt complet du paiement des dues.

Néanmoins, cette réalité n'exonère pas les gouvernements successifs de leur responsabilité. Les citoyens ont le droit de demander : pourquoi n'a-t-on pas prévu une telle phase ? Pourquoi n'a-t-on pas développé des politiques économiques plus résilientes face aux crises ? Pourquoi l'économie palestinienne est-elle restée à la merci de facteurs externes d'une telle ampleur ?

Ces questions sont légitimes et une partie de la responsabilité incombe effectivement aux gouvernements successifs qui n'ont pas réussi à construire une économie plus indépendante ou à développer des alternatives suffisantes pour faire face aux crises à long terme. Toutefois, reconnaître cette responsabilité ne doit pas occulter le facteur le plus déterminant dans la crise, à savoir les politiques israéliennes qui visent directement la capacité de l'économie palestinienne à croître et à se pérenniser.

Il est illogique que l'occupation, qui a retenu ou déduit plus de 13,8 milliards de shekels des fonds palestiniens au cours des dernières années, qui restreint le mouvement et le commerce, qui saisit des terres, et qui sape les opportunités d'investissement et de développement, devienne un facteur secondaire dans le débat public, tandis que le gouvernement demeure le seul accusé dans chaque crise financière ou économique.

La critique est nécessaire, et la responsabilité est un droit légitime, mais la justice exige de replacer les responsabilités dans leur contexte réel, loin de la simplification ou de la réduction du tableau à un seul côté.

Le véritable problème réside dans le fait qu'une large partie du débat public est désormais préoccupée par la caractérisation de la crise plutôt que par les voies de gestion de celle-ci et l'atténuation de ses effets. Tout le monde parle de l'ampleur du problème, tandis que la discussion sur les alternatives possibles diminue, ou sur les idées et initiatives qui pourraient contribuer à renforcer la capacité de résilience et à faire face aux répercussions croissantes de la crise.

Dans le contexte d'une guerre économique ciblant l'homme palestinien et ses institutions et ressources, la nécessité de penser collectivement à des solutions devient plus urgente que l'échange de accusations ou la simple description de la réalité.

Le public a également besoin d'une connaissance plus large et plus profonde des détails de la crise financière. Comprendre les défis ne signifie pas les justifier ou les accepter, mais cela aide à les évaluer de manière plus réaliste et objective. Un citoyen qui possède des informations précises est mieux à même de participer au débat public, plus disposé à proposer des suggestions et des solutions, et moins vulnérable aux rumeurs et à la désinformation qui prospèrent généralement en période de crise.

La confrontation ne se limite plus à ses dimensions militaires et politiques, mais a pris une dimension économique directe qui vise les fondements de la résilience communautaire et la capacité des Palestiniens à continuer, à produire et à maintenir un minimum de stabilité. C'est une guerre qui cible le fonctionnaire, le travailleur, le commerçant et l'agriculteur, tout en s'attaquant aux institutions, aux services, aux ressources et aux opportunités de développement, et qui vise à éroder la confiance, l'espoir et la stabilité autant qu'elle cible l'économie elle-même.

Malgré toutes les critiques légitimes, des milliers de fonctionnaires des institutions gouvernementales, en tête desquels les employés du ministère des Finances, continuent d'accomplir leur travail quotidien pour gérer une crise financière extrêmement complexe et liée, une crise qui aurait pu mettre à l'épreuve des États disposant de ressources et de capacités bien plus importantes. Nous pouvons diverger sur certaines politiques ou décisions, mais il est juste de reconnaître que la gestion de cette réalité exceptionnelle n'est pas une tâche facile.

Ce qui est requis aujourd'hui n'est pas d'arrêter la critique, mais de l'élever. La critique qui se limite à diagnostiquer les problèmes sans proposer d'alternatives reste incomplète, tandis que la critique responsable est celle qui allie responsabilité et suggestion, qui dévoile les manquements et contribue à les résoudre, renforçant ainsi la capacité nationale à résister et à faire face.

La gestion de la crise financière palestinienne n'est pas la seule responsabilité du ministère des Finances, mais constitue un défi national nécessitant un véritable partenariat entre les institutions officielles, le secteur privé, les experts, les universitaires, les médias et les citoyens. La responsabilité demeure un droit fondamental du citoyen, tout comme la transparence demeure un devoir des institutions, mais faire face aux défis exceptionnels nécessite également une conscience collective de l'ampleur des risques et de la nature des défis.

Les grandes crises ne se confrontent pas avec des accusations réciproques, mais avec une intégration des efforts et une unification des forces nationales. Dans un contexte de guerre visant à s'attaquer à la terre, à l'homme et à l'économie, renforcer la résilience économique devient une responsabilité nationale partagée, tout aussi importante que toute autre bataille que le peuple palestinien mène pour défendre son avenir et son droit à une vie digne.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.