L'État d'occupation consacre une réalité d'occupation durable à Gaza
Alors que les négociations indirectes concernant la finalisation de l'accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza se poursuivent, Israël avance rapidement pour imposer des réalités sur le terrain qui rendent tout futur accord politique soumis à ses conditions sécuritaires et géographiques. L'objectif israélien n'est plus seulement de gérer la guerre ou d'exercer une pression militaire, mais s'oriente vers la consacration d'une réalité d'occupation à long terme qui redessine les frontières de la bande et réduit sa superficie réelle, transformant plus de deux millions de Palestiniens en habitants assiégés dans des poches densément peuplées et isolées.
Dans ses dernières mesures, Israël a élargi ce qu'on appelle la "ligne jaune" à l'est de la bande de Gaza pour dépasser la route de Salah al-Din, la principale artère reliant le nord au sud de la bande. Avec cette expansion, la proportion de terres sous contrôle israélien direct a atteint environ 60% de la superficie de la bande de Gaza qui est de 365 kilomètres carrés.
Cette ligne devait à l'origine être une limite temporaire dans le cadre des accords de cessez-le-feu, mais elle se transforme progressivement en une nouvelle frontière réelle. Avec les incursions israéliennes répétées vers l'ouest, elle est devenue appelée "ligne orange", en référence à l'élargissement des zones de contrôle israélien et à l'érosion de l'espace restant pour les Palestiniens.
La route de Salah al-Din est aujourd'hui l'une des plus dangereuses de la bande, s'étant transformée d'artère vitale en source de peur permanente en raison de la cible répétée des véhicules et des piétons, sous prétexte de s'approcher de zones tampons définies unilatéralement par l'armée israélienne sans aucun signe clair. Ces développements sur le terrain ne semblent pas être des mesures militaires temporaires ou des moyens de pression négociables, mais reflètent une stratégie israélienne intégrée visant à transformer l'occupation militaire temporaire en une réalité durable à faible coût.
Ce tournant a été clairement exprimé par plusieurs analystes et proches des cercles décisionnels en Israël, parmi lesquels Eliyahou Ben Asher du groupe stratégique du parti Likoud, qui considère que le meilleur scénario pour Israël est de maintenir la situation actuelle sans solution finale. Il a déclaré qu'Israël contrôle les deux tiers de la superficie de la bande, y compris les points de passage, et que l'absence de reconstruction et la montée des motivations à l'immigration font de cette réalité une bien meilleure option qu'un scénario de retrait israélien et de retour de l'Autorité palestinienne. Bien que cette évaluation ne représente pas une position officielle déclarée, elle reflète largement la tendance pratique suivie par le gouvernement israélien sur le terrain.
Cette perspective repose sur le fait de ne pas éradiquer complètement le Hamas, de ne pas se retirer des zones occupées et de maintenir Gaza dans un état d'épuisement permanent qui empêche sa reconstruction ou le rétablissement de toute forme de vie normale.
Il n'est pas nécessaire qu'Israël reconstruise les colonies pour consacrer une occupation permanente; il lui suffit de conserver le contrôle militaire et sécuritaire, d'empêcher les habitants d'accéder à leurs terres et de soumettre la bande à un blocus renforcé, tout en gardant la liberté d'intervention militaire à tout moment.
Ce modèle est le même que celui qu'Israël applique dans le sud du Liban et sur les terres syriennes qu'il occupe, où il impose un contrôle sécuritaire continu sans assumer les fardeaux de la gestion civile ou la responsabilité légale complète. À Gaza, ce modèle se manifeste clairement dans la ville de Rafah qui est devenue presque vide de population après sa large destruction, ainsi que dans Beit Hanoun qui a subi une destruction similaire, en plus des zones orientales, nordiques et centrales qui se sont transformées en ceintures militaires isolées.
Ce parcours sur le terrain s'entrecroise avec l'approche israélienne dans les négociations en cours concernant la finalisation de l'accord de cessez-le-feu. Les discussions patinent sur le passage à la phase deux en raison de l'insistance du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur le désarmement du Hamas et des factions palestiniennes avant tout retrait israélien ou commencement du processus de reconstruction.
En revanche, le Hamas insiste sur le fait que l'accord initial, soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, stipule de finaliser d'abord la première étape, qui comprend le retrait israélien, la levée des restrictions et le début de la reconstruction, avant d'aborder d'autres questions politiques et sécuritaires. Mais Israël utilise cette condition comme un moyen de retarder le passage à la phase deux et de gagner le temps nécessaire pour consolider ses positions militaires et étendre ses zones de contrôle. Ainsi, les négociations se transforment d'un parcours censé conduire à la fin de la guerre en un couvert politique pour ancrer ses résultats sur le terrain.
La politique israélienne ne se limite pas à empêcher le retour à la situation d'avant la guerre, mais vise à réingénier Gaza sur le plan démographique, géographique et politique en réduisant l'espace disponible pour les habitants, en empêchant une véritable reconstruction, en maintenant les points de passage sous contrôle israélien, en poussant les habitants vers l'émigration contrainte et en transformant les zones détruites en ceintures de sécurité et en nouvelles frontières réelles.
En ce sens, la guerre n'est plus simplement un processus militaire, mais est devenue un projet de reconfiguration de la bande de Gaza au service de la vision sécuritaire et politique israélienne pour les décennies à venir.
Parmi tous les scénarios proposés, il semble que le scénario préféré du gouvernement Netanyahu soit de maintenir Gaza en tant que zone détruite et assiégée, avec Israël contrôlant la majeure partie de ses terres et empêchant toute véritable reconstruction ou l'établissement d'une Autorité palestinienne effective. Ce scénario permet à Israël d'atteindre plusieurs objectifs à la fois: contrôler la terre sans assumer la responsabilité des habitants, maintenir le Hamas faible mais existant pour empêcher des alternatives politiques, perturber la création d'une Autorité palestinienne unifiée, utiliser la situation humanitaire comme un levier pressant, et imposer de nouvelles limites que le monde s'habituera progressivement à accepter. De cette manière, les négociations deviennent un moyen de gérer cette réalité plutôt que de la mettre fin ou de la modifier.
Ce qui se déroule à Gaza aujourd'hui n'est pas simplement une violation de l'accord de cessez-le-feu, mais un processus organisé de production d'une réalité d'occupation durable. Alors que les médiateurs s'occupent de tenter de sauver les négociations, Israël s'attache à forger de nouvelles frontières par la force et à transformer plus de la moitié de la bande de Gaza en une zone militaire fermée. Si ce parcours se poursuit, la phase deux de l'accord pourrait devenir sans objet, car Israël aurait déjà atteint ses objectifs fondamentaux: contrôler la terre, perturber la reconstruction et empêcher toute solution politique pouvant mettre fin à l'occupation.
Le plus dangereux dans cette politique est qu'elle n'a pas besoin d'une déclaration officielle ou de décisions bruyantes; il suffit d'élargir de quelques mètres la "ligne jaune" à chaque fois, et que le monde se taise, pour que l'occupation temporaire se transforme en une réalité permanente.
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