L'appel de Jérusalem au huitième congrès du Fatah entre douleur et devoir
Du cœur de Jérusalem, la ville qui ne dort pas sur sa douleur et ne se réveille que sur une nouvelle blessure, j'écris ces mots alors que vous vous dirigez vers le huitième congrès général du Fatah, non pas en tant que narrateur neutre, mais en tant que témoin accablé par la tristesse et la colère. J'écris en tant que citoyen qui voit sa ville glisser jour après jour vers une réalité qui menace son existence, son identité et son avenir, alors qu'un lourd héritage de sacrifices et d'espoirs s'accumule sur les épaules de ses fils.
Jérusalem aujourd'hui n'est pas seulement un sujet politique ou un dossier de négociation reporté, mais un champ de confrontation ouvert, où tous les détails de la vie sont soumis à des tentatives d'éradication et de recomposition forcée. Dans ses vieilles rues, où l'odeur de l'histoire se mêle au son de l'appel à la prière et aux cloches des églises, les politiques d'occupation avancent à pas sûrs, essayant de démanteler ce tissu ancien et de le transformer en une scène étrange qui ne ressemble pas à son âme authentique.
Les politiques de judaïsation auxquelles Jérusalem fait face ne sont plus cachées ou sujettes à interprétation. Elles sont claires et explicites, commençant par le retrait des identités, passant par la pression économique et sociale, et ne s'arrêtant pas à la démolition systématique des maisons. Des milliers de familles de Jérusalem vivent sous une menace permanente, entre un ordre de démolition qui pourrait être émis à tout moment, ou une mise en demeure fiscale qui pèse sur elles, ou des restrictions administratives qui étouffent leurs plus simples droits en matière de construction et de vie. La ville qui était un refuge et une patrie s'est transformée en un fardeau lourd pour ses enfants, dans une tentative de les pousser à partir en silence.
Quant à l'Israélisation, ce n'est pas simplement une politique éducative ou administrative, mais un projet complet visant la conscience et l'identité. Dans les écoles, des programmes déformés sont imposés, supprimant le récit palestinien et réécrivant l'histoire pour servir le récit de l'occupant. Dans les institutions, des lois et des procédures sont imposées, intégrant la ville de force dans le système d'occupation, essayant de couper tout lien avec son extension arabe et palestinienne. Ce processus ne s'attaque pas seulement à la terre, mais vise l'homme lui-même, sa mémoire, sa langue, et son appartenance.
En parallèle, le rythme de la colonisation s'accélère à un rythme sans précédent. Les colonies ne se développent pas seulement aux abords de la ville, mais s'infiltrent dans son cœur, encerclant les quartiers arabes, coupant leurs liens, et modifiant leurs caractéristiques. Chaque pierre placée dans un projet de colonisation est un message clair : il y a ceux qui travaillent jour et nuit pour changer la réalité démographique et géographique de Jérusalem, pour imposer un fait accompli qui transforme toute discussion sur une solution juste en un lointain mirage.
On ne peut parler de Jérusalem sans s'arrêter sur l'attaque des lieux saints, musulmans et chrétiens à la fois. La mosquée al-Aqsa subit des incursions répétées, et des tentatives d'imposer une partition temporelle et spatiale, défiant ouvertement les sentiments de millions de musulmans dans le monde. L'église du Saint-Sépulcre et tous les lieux saints chrétiens font face à des pressions et des agressions qui menacent leur caractère historique et spirituel.
L'occupation ne fait pas ici de distinction entre une religion et une autre, mais voit en chaque symbole religieux palestinien un obstacle à son projet.
Ô membres du congrès, cette réalité ne peut tolérer davantage de déclarations ou de discours traditionnels. Jérusalem a besoin d'une action réelle, d'un programme de lutte stratégique qui la remette au cœur du projet national, et non à sa périphérie. Il est temps de mener une réévaluation profonde et honnête, qui reconnaît les manquements avant de chercher des solutions.
Le Fatah, avec ce qu'il représente de l'histoire et de son poids populaire, a une responsabilité spéciale envers Jérusalem. Mais la réalité qu'on ne peut ignorer est que la présence du mouvement dans la ville a diminué, et que ses outils de confrontation ne sont plus à la hauteur des défis. Il existe un écart évident entre l'ampleur du danger et la taille de l'action, entre le discours et la pratique, et c'est cet écart que le congrès doit discuter avec audace et clarté.
Ce qui est requis aujourd'hui n'est pas simplement un soutien moral, mais la construction d'une stratégie globale reposant sur plusieurs axes. Premièrement, renforcer la résistance des citoyens de Jérusalem à travers de véritables programmes économiques et sociaux, leur permettant de rester face aux pressions. Cela signifie soutenir le logement, soutenir les projets de petite taille, et mettre en place des réseaux de protection sociale qui réduisent l'impact des politiques d'occupation.
Deuxièmement, reconstruire la présence organisationnelle à Jérusalem, de manière à toucher la vie quotidienne des gens, et à être capable d'interagir avec leurs préoccupations et leurs inquiétudes. L'organisation n'est pas des slogans, mais un travail de terrain continu, nécessitant des cadres qualifiés, des plans clairs, et un suivi rigoureux.
Troisièmement, investir dans l'éducation et la culture comme outils de résistance. Faire face à l'Israélisation ne consiste pas seulement à rejeter les programmes imposés, mais à développer de fortes alternatives qui renforcent l'identité nationale, et relient les nouvelles générations à leur histoire et à leur appartenance.
Quatrièmement, activer l'action légale et internationale, pour poursuivre et dénoncer les politiques d'occupation, et profiter de toutes les plateformes possibles pour exposer ce qui se passe à Jérusalem. Le monde ne bouge peut-être pas toujours, mais il a besoin de quelqu'un qui lui présente les faits de manière continue et organisée.
Mais, avant tout, il y a un besoin urgent d'une prise de conscience. On ne peut pas continuer sur la même voie et s'attendre à des résultats différents. La critique n'est pas un luxe, mais une nécessité. Et le congrès doit être un véritable espace pour cette critique, pas simplement une station formelle pour renouveler les slogans.
Ô membres du congrès, Jérusalem ne demande pas l'impossible, mais elle demande de l'honnêteté. Elle demande d'être une priorité réelle, pas un point secondaire. Elle demande que les décisions se transforment en actions, et que les mots deviennent des plans exécutables.
L'histoire ne sera pas clémente, et les générations futures ne liront pas les déclarations, mais regarderont ce qui a été accompli sur le terrain. Soit vous serez à la hauteur de ce moment, soit vous laisserez un vide que personne ne remplira.
Jérusalem vous appelle, non seulement d'une voix forte, mais d'une douleur profonde qui s'étend dans chaque coin de ses rues. Elle vous appelle à lui redonner sa place dans votre projet, et à écrire un nouveau chapitre digne de son histoire et des sacrifices de son peuple.
Et si Jérusalem a exposé ses blessures, et révélé l'ampleur des défis auxquels elle fait face, alors le devoir ne sera complet que par la formulation de propositions pratiques claires, qui passent de l'écrit au papier à des politiques exécutables. Le huitième congrès fait face à un moment de véritable évaluation, qui ne tolère ni hésitation ni report, mais nécessite des décisions audacieuses qui rétablissent Jérusalem en tant que point central du projet national.
Les premières de ces étapes résident dans la création d'une commission spéciale pour Jérusalem, qui soit une commission authentique des commissions centrales, non annexe ou marginale. Une commission disposant de véritables pouvoirs, d'un budget indépendant, et d'un personnel spécialisé capable de comprendre les complexités de la scène de Jérusalem et de l'aborder avec flexibilité et professionnalisme. Jérusalem n'est pas un dossier ordinaire qui peut être géré dans le cadre général, mais a besoin d'un corps organisationnel dédié, travaillant quotidiennement et directement, suivant chaque détail de la vie dans la ville.
Cette commission doit être une référence unifiée pour tout ce qui concerne Jérusalem au sein du mouvement, coordonnant entre les différentes structures, élaborant des plans, surveillant l'exécution, et se soumettant à un contrôle périodique devant la direction. Elle doit également être en contact direct avec les habitants de Jérusalem, les écouter, porter leur voix, et travailler avec eux et pour eux, et non se contenter de parler en leur nom.
Quant à la deuxième proposition, elle consiste à élaborer un programme de lutte stratégique spécifique à Jérusalem, avec des objectifs clairs, des outils définis, et une planification temporelle. Un programme qui ne se limite pas à des réactions, mais qui agit proactivement, et crée des réalités sur le terrain. Ce programme doit être basé sur une vision globale, combinant action populaire, politique, économique, culturelle, et juridique.
Sur le plan populaire, il est nécessaire de redonner de l'importance au mouvement populaire organisé, auquel participent toutes les catégories de la société de Jérusalem. Des activités réfléchies, continues et variées, qui mettent l'occupation dans un état d'épuisement permanent, et rétablissent le rôle de la rue en tant qu'acteur essentiel dans la confrontation.
Sur le plan économique, il est urgent de lancer un fonds national spécial pour soutenir la résistance de Jérusalem, finançant les projets de petite taille, soutenant les familles menacées, et contribuant à protéger les propriétés de l'expropriation ou de la vente forcée. L'économie ici n'est pas simplement une question de survie, mais un outil de résistance et de subsistance.
Sur le plan éducatif et culturel, la bataille est celle de la conscience et de l'identité. Il est nécessaire de soutenir les écoles nationales, de développer des programmes qui renforcent l'appartenance, et de lancer des initiatives culturelles qui préservent le récit palestinien face aux tentatives de dissimulation et de déformation. Il faut également investir dans la jeunesse, en tant que première ligne de défense de l'identité de la ville et de son avenir.
Sur le plan juridique, il est nécessaire de former des équipes spécialisées pour suivre les affaires de démolition, de retrait d'identité, et de colonisation, devant les tribunaux locaux et internationaux. Chaque affaire doit se transformer en une bataille juridique, exposant les politiques d'occupation, et accumulant des réalisations même si elles sont partielles.
Parmi les propositions nécessaires, il y a aussi la reconstruction de la structure organisationnelle du mouvement à Jérusalem, sur de nouvelles bases reposant sur la compétence et l'engagement, et non sur le partage ou les considérations étroites. Une organisation forte signifie capacité d'action, d'initiative, et de communication avec les gens. Cela nécessite une injection de sang neuf, la formation de cadres, et l'ouverture des moyens aux talents jeunes pour participer à la prise de décision.
Il faut également renforcer le partenariat avec tous les composants du mouvement national palestinien à Jérusalem, loin de la logique de l'unicité ou de la concurrence négative. Jérusalem est plus grande que tout groupe, et sa bataille nécessite un effort collectif unifié, basé sur la coordination et l'intégration.
Nous ne pouvons ignorer la dimension arabe et internationale, où il faut activer un réseau de relations politiques et médiatiques qui place Jérusalem en permanence sur l'agenda mondial. Des campagnes médiatiques professionnelles, s'adressant à l'opinion publique mondiale en différentes langues, révélant la réalité de ce qui se passe, et brisant le récit israélien qui tente de promouvoir une réalité trompeuse.
Parmi les propositions tout aussi importantes, il y a la mise en place d'un système de suivi et d'évaluation pour tout ce qui est décidé en termes de plans et de programmes. Il ne suffit pas de décider, mais il faut surveiller l'exécution, mesurer les résultats, et tenir pour responsables ceux qui manquent à leurs devoirs. La transparence et la responsabilité sont la seule garantie pour éviter de répéter les erreurs du passé.
Ô membres du congrès, ces propositions ne sont pas un luxe intellectuel, mais une nécessité existentielle. Jérusalem ne peut plus attendre, et ne peut tolérer davantage de promesses. Elle exige des décisions qui commencent ici, dans la salle du congrès, et s'étendent à chaque rue et ruelle de la ville.
Si vous cherchez un titre pour une nouvelle étape, qu'il soit celui de Jérusalem en effet et non en parole. Et si vous voulez regagner la confiance des gens, commencez par là où la douleur est la plus grande.
Jérusalem a mis devant vous sa vérité, et vous a présenté son appel. Le reste dépend de vous... Entendez-vous l'appel ?
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