De l'économie de l'emploi à l'économie du chômage : le marché du travail palestinien perd-il son équilibre ?
La perte d'emplois à l'intérieur n'a pas été un simple choc passager pour le marché du travail palestinien, mais a été—dans son essence—un tournant aigu qui a révélé la vulnérabilité d'un modèle économique qui a longtemps reposé sur un facteur externe échappant à son contrôle. Aujourd'hui, l'économie palestinienne ne fait pas seulement face à une augmentation du chômage, mais également à un risque de transformation progressive en une économie qui ne crée pas d'emplois, mais qui redistribue le chômage.
Le marché du travail palestinien n'a jamais été un marché traditionnel soumis uniquement aux lois de l'offre et de la demande, mais s'est configuré au sein d'une réalité économique et politique complexe, où le travail à l'intérieur constituait l'une des principales soupapes de sécurité pour l'économie palestinienne. Au fil des ans, le travail palestinien à l'intérieur a joué un rôle qui dépasse la simple fourniture d'emplois ; il a constitué une source clé de revenus et de liquidités, contribuant à soutenir la demande locale et à atténuer le chômage. Cependant, ce modèle, malgré son importance, était par nature fragile, car il reposait sur un facteur externe échappant au contrôle palestinien.
Ce que nous observons aujourd'hui n'est pas seulement la perte d'emplois, mais une interruption soudaine d'un parcours économique entier qui absorbait une grande partie de la main-d'œuvre. Ici, on peut faire appel au concept de "transformation structurelle" dans l'économie, où les économies passent généralement d'un secteur à un autre de manière progressive et organisée. Cependant, le cas palestinien représente un modèle inversé, où la transformation se produit de manière forcée et soudaine, sans secteurs alternatifs capables de l'absorber.
Les expériences internationales montrent que la perte de sources d'emploi traditionnelles sans alternatives entraîne des effets à long terme. Dans certaines économies d'Europe de l'Est après l'effondrement de l'Union soviétique, la fermeture des secteurs productifs a conduit à une hausse chronique du chômage à cause de ce qu'on appelle "le déséquilibre structurel sur le marché du travail". Des pays comme l'Espagne ont également connu une forte hausse du chômage après la crise financière mondiale de 2008, en particulier parmi les jeunes, en raison de l'effondrement du secteur de la construction qui constituait une source d'emploi principale.
Cependant, la différence majeure dans le cas palestinien est que cette transformation ne se produit pas en raison d'un cycle économique naturel, mais en raison de contraintes politiques extérieures qui limitent la capacité de l'économie à s'adapter. Une économie qui fonctionne sous occupation, avec des restrictions sur la circulation, le commerce et le contrôle des ressources, ne dispose pas des outils suffisants pour absorber les chocs comme le font les économies normales.
D'autre part, la situation peut être également analysée à travers le prisme de l'économie macroéconomique, en particulier à travers le concept de "demande agrégée" tel que proposé par John Maynard Keynes. La perte d'emplois pour des milliers de travailleurs entraînera nécessairement une diminution des consommateurs, ce qui se répercutera sur la performance du secteur privé, conduisant à un ralentissement économique plus large, et mettra l'économie palestinienne devant le risque d'entrer dans une spirale déflationniste difficile à briser.
Dans ce contexte, le risque d'expansion de l'économie informelle se manifeste, que la littérature sur le développement économique considère comme une réponse naturelle à l'absence d'opportunités officielles, mais qui comporte des effets négatifs sur la productivité et la stabilité financière. De plus, la montée du chômage, en particulier parmi les jeunes, est liée dans de nombreuses études à une augmentation des risques sociaux et économiques à long terme.
À travers mes travaux académiques en économie d'entreprise et ma recherche sur l'impact de l'entrepreneuriat sur la croissance économique, je constate qu'un des chemins possibles—bien que limité—réside dans le renforcement de l'entrepreneuriat et des petites et moyennes entreprises. Ces projets ne représentent pas seulement une option d'emploi, mais un mécanisme pour restructurer l'économie elle-même. Dans ce contexte, Joseph Schumpeter fait référence au concept de "destruction créatrice", où la croissance ne se réalise pas par une expansion traditionnelle, mais en remplaçant les anciens modèles économiques par d'autres plus efficaces et innovants. Cependant, cette transformation dans le cas palestinien ne peut pas se faire de manière automatique, mais nécessite un environnement économique favorable incluant la facilitation d'accès au financement, la simplification des procédures et la liaison de l'éducation avec le marché du travail.
De plus, il est crucial que le discours sur les start-up soit réaliste ; ces entreprises ne peuvent pas croître dans un environnement instable sans un minimum de durabilité financière et de soutien institutionnel. Ainsi, tout mouvement vers ce chemin doit faire partie d'une vision économique plus large, et ne doit pas être un substitut rapide à un marché du travail perdu.
À mon avis, le défi principal aujourd'hui ne réside pas seulement dans la création d'opportunités d'emploi alternatives, mais dans la prévention de la consolidation d'un modèle économique basé sur le chômage et l'instabilité. Cela nécessite un passage de politiques réactives à des politiques proactives, se concentrant sur le développement de capacités productives réelles, même dans la marge de manœuvre limitée disponible.
Enfin, il est impossible de réduire ce qui se passe sur le marché du travail palestinien à une crise de chômage temporaire, mais c'est l'expression d'une transformation plus profonde dans la structure de l'économie. Ainsi, soit cette transformation est traitée comme une opportunité de réorientation, soit elle s'établit comme une réalité permanente qui reproduit la même vulnérabilité. Entre ces deux chemins, la question la plus pressante demeure : avons-nous la capacité d'agir dans cette marge étroite, ou nous contenterons-nous de gérer les résultats de la transformation au lieu de la façonner ?
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