L'impasse du projet israélien entre l'identité de la peur et l'illusion de la puissance
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L'impasse du projet israélien entre l'identité de la peur et l'illusion de la puissance

Dès son premier instant, le projet israélien ne s'est pas fondé sur des bases naturelles ressemblant à l'émergence des États, mais sur une structure psychologique et politique qui a fait de la peur un matériau fondateur avant la force, et la militarisation a formé la société avant l'État. L'Israélien ne naît pas à l'intérieur d'un État civil mais dans une situation d'urgence prolongée qui grandit avec lui et façonne sa conscience. L'entité l'élève dans un sentiment permanent que le monde le poursuit, que l'ennemi l'attend, et que la survie ne se réalise que par l'étreinte militaire. Avec le temps, la peur est passée d'un état de sécurité à une doctrine politique qui supervise la formation de la personnalité israélienne et oriente sa décision collective.

Ainsi, la société israélienne se trouve devant une paradoxe frappant : il lui est dit que le danger vient du "loup" qui l'entoure, des Palestiniens, des Libanais et des Syriens, mais elle découvre lentement que le danger le plus profond vient du "berger" lui-même, d'un projet qui la maintient dans un cercle de mobilisation permanente l'empêchant de vivre normalement. L'Israélien est encerclé non pas par ses voisins mais par un projet qui l'entraîne d'une guerre à l'autre et l'effraie de son environnement pour qu'il reste dépendant de l'État qui justifie son existence par la continuité du conflit.

Et si le récit officiel prétend que les "menaces extérieures" sont à l'origine de l'impasse israélienne, la réalité révèle que les racines de la crise se trouvent dans la structure même du projet. L'occupation engendre la résistance, la colonisation suscite la colère et les réactions ; les guerres répétées ne créent pas la sécurité mais en approfondissent la fragilité. Ainsi, l'entité possède une puissance militaire excessive mais est incapable de garantir la tranquillité de la vie, car la sécurité basée uniquement sur les armes reste une sécurité craintive.

Cependant, la crise ne s'arrête pas là. Le projet israélien s'appuie largement sur l'instrumentalisation de l'Holocauste – ce crime affreux commis par les Européens contre les Juifs – pour justifier la violence exercée contre les Palestiniens, comme si la critique de l'occupation était une extension de la haine exercée par les nazis. Ici, la douleur juive réelle se transforme en outil politique et le drame des victimes devient un moyen de justification pour des pratiques qui n'ont rien à voir avec elles. Les Juifs qui ont été tués en Europe n'ont aucun lien avec les politiques mises en œuvre par l'occupation depuis 1948, mais le projet israélien mélange la mémoire morale avec son utilisation utilitaire vis-à-vis du monde.

Et ce qui rend la paradoxe encore plus clair, c'est que le projet sioniste lui-même n'a pas été fondé pour protéger les Juifs, mais comme une partie d'une vision coloniale occidentale qui voyait dans le "foyer national" une occasion de se débarrasser des Juifs européens et de les éloigner d'Europe en les dirigeant vers la Palestine. L'Occident – qui a persécuté les Juifs pendant des siècles – est celui qui a adopté l'idée sioniste, car elle réalise deux objectifs : se débarrasser de "la question juive" en Europe et implanter un entité qui profite de ses intérêts stratégiques au Levant. Ainsi, un projet reposant sur un récit biblique non réalisable s'est rencontré avec une volonté occidentale cherchant à réarranger ses populations aux dépens d'un autre peuple. En fin de compte, les Juifs se sont retrouvés conduits vers une terre qui leur avait été promise tandis qu'on la retirait de ses véritables habitants. Ainsi, les Juifs haïs en Europe deviennent également haïs de ceux qui les ont accueillis parmi les Arabes et les Musulmans.

Cette vérité n'est pas uniquement une découverte arabe, mais a été confirmée par plusieurs penseurs israéliens éminents. Avi Shlaim estime que l'État fondé sur la force est devenu son esclave, et que l'occupation n'a pas été un choix sécuritaire mais une nécessité politique pour compléter un récit qui n'avait pas de racines naturelles. Yuval Noah Harari avertit d'une société élevée dans la peur jusqu'à devenir incapable de construire la confiance en soi, une société où l'institution militaire se développe au détriment de la civilité. Quant à Aharon Haham, il a rapidement compris que l'ignorance des Palestiniens autochtones annule la base morale du projet et le transforme en entité angoissée, quelle que soit sa force.

De plus, des millions de Juifs venus d'Europe, de Russie, d'Amérique latine et d'Afrique se sont retrouvés à perdre leurs véritables patries au profit d'un "foyer alternatif" construit sur une promesse biblique plus qu'un projet politique viable. La paradoxale est que ce foyer qui leur a été présenté comme un salut les a amenés à vivre dans une peur constante dans une terre transformée en champ de guerre et de conflit incessant. Ainsi, la question existentielle se pose pour chaque Israélien : vaut-il la peine de perdre ses véritables racines pour vivre dans un endroit qui ne promet que plus d'angoisse ? Et un pays basé sur le mépris de l'autre peut-il devenir un pays sûr ?

Aujourd'hui, l'impasse du projet israélien s'approfondit avec la poursuite de l'occupation, de la colonisation, du blocus et du refus de reconnaître les droits palestiniens légitimes. Ces politiques font de l'entité une force sans légitimité et une armée sans stabilité, la poussant vers un isolement moral et politique qui s'élargit jour après jour, au point que cette entité est devenue vouée à l'exil.

Elle ne sortira de sa crise que lorsqu'elle reconnaîtra que la sécurité ne se réalise pas par la répression, que la peur, les guerres et les crimes ne sont pas les fondements de la construction des sociétés, et que l'avenir de la région ne se stabilisera tant que le Palestinien est perçu comme une menace et non comme un être humain. L'histoire enseigne que les pays ne se construisent pas sur des mythes, ni sur des situations d'urgence, ni sur la peur, et que le berger qui effraie son troupeau pour le gouverner est le plus grand danger – et non le loup dont ils font mention pour justifier leur existence.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.