L'économie de l'écart : pourquoi les revenus ne correspondent-ils pas aux dépenses dans les finances palestiniennes ?
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L'économie de l'écart : pourquoi les revenus ne correspondent-ils pas aux dépenses dans les finances palestiniennes ?

Dans les économies stables, les budgets publics reposent sur une équation claire : estimer les revenus prévus contre définir les dépenses nécessaires pour gérer l'État et fournir des services publics. Lorsque cette équation présente un déficit, il est souvent financé par des emprunts ou d'autres instruments financiers dans un cadre prévisible. Cependant, dans le cas palestinien, cette équation semble plus complexe, car elle ne reflète pas seulement un écart entre les revenus et les dépenses, mais un écart plus profond entre ce qui est effectivement perçu sur le marché et ce qui est estimé pour les dépenses dans le budget public.

Cet écart est devenu l'une des caractéristiques fondamentales des finances palestiniennes ces dernières années, expliquant en grande partie la répétition des crises salariales, l'accumulation des arriérés et le recours fréquent à des emprunts à court terme.

Revenus instables

Les recettes publiques de l'Autorité palestinienne dépendent de trois sources principales : les recettes des déductions fiscales transférées par le côté israélien, les impôts locaux et l'aide étrangère. Toutefois, ces sources ne disposent pas du même niveau de stabilité que les revenus dans des économies normales.

Les recettes des déductions fiscales, qui constituent la majorité des ressources financières, ont subi ces dernières années des coupes et des retards répétés pour des raisons politiques. Quant aux aides étrangères, elles ont considérablement diminué au cours de la dernière décennie, tandis que la capacité de l'économie locale à générer des recettes fiscales supplémentaires reste limitée en raison du ralentissement de la croissance économique.

Cela signifie que les recettes effectivement perçues par le trésor public sont souvent inférieures aux estimations sur lesquelles repose le budget.

Dépenses fixes

En revanche, le côté des dépenses dans le budget présente un degré élevé de rigidité. Le gouvernement est tenu de verser des salaires à environ 150 000 employés et retraités, ce qui représente une facture mensuelle avoisinant 900 millions à un milliard de shekels.

De plus, les finances publiques engagent d'autres obligations qui incluent les dépenses opérationnelles des services publics, tels que l'éducation, la santé et la sécurité, en plus du service de la dette publique, qui s'élève à entre 250 et 300 millions de shekels par mois.

Ces dépenses ne peuvent pas être réduites facilement ou reportées sur de longues périodes, car elles sont directement liées à la gestion des institutions de l'État et à la continuité des services essentiels.

Équation de liquidité

En raison de cette équation entre revenus instables et dépenses fixes, le gouvernement se trouve devant ce qui peut être décrit comme une crise de liquidité permanente. Le problème ne réside pas seulement dans la taille des ressources à l'échelle annuelle, mais dans le moment où elles arrivent par rapport à celui des engagements financiers.

Ceci explique pourquoi le gouvernement est souvent contraint de reporter le paiement de certaines créances ou de recourir à des emprunts auprès du système bancaire pour couvrir les dépenses mensuelles.

En d'autres termes, la crise financière dans le cas palestinien n'est pas seulement un déficit budgétaire traditionnel, mais aussi une crise de gestion des flux de trésorerie.

Conséquences de l'écart financier

Cet écart entre revenus et dépenses ne reste pas confiné au ministère des Finances, mais ses effets s'étendent à l'ensemble de l'économie. Lorsque les salaires sont retardés ou que des arriérés s'accumulent dans le secteur privé, le pouvoir d'achat des ménages diminue et l'activité du marché ralentit.

Les entreprises attendant leurs créances de l'État peuvent être amenées à réduire leur activité ou à différer de nouveaux investissements, ce qui affecte, à son tour, les opportunités d'emploi et la croissance économique.

Au fil du temps, cet écart financier devient un facteur contribuant à ralentir l'activité économique et à réduire la confiance dans le marché.

De la gestion du déficit à la gestion des flux

Dans de nombreuses économies, les politiques fiscales se concentrent sur la gestion du déficit annuel du budget. Mais dans le cas palestinien, le plus grand défi semble résider dans la gestion des flux de trésorerie sur une base mensuelle.

Le budget peut sembler relativement équilibré sur le papier, mais le problème apparaît lorsque les revenus ne coïncident pas avec le timing des dépenses. C'est pourquoi le gouvernement s'est tourné, à certaines périodes, vers ce qu'on appelle un budget basé sur les flux de trésorerie, où les dépenses sont déterminées en fonction des ressources effectivement disponibles.

Cette méthode peut aider à gérer la crise à court terme, mais elle ne constitue pas une solution permanente si l'écart entre les revenus et les dépenses se poursuit.

Besoin de stabilité financière

Réduire cet écart nécessite de travailler sur deux axes parallèles. Le premier concerne l'amélioration de la stabilité des revenus en renforçant la base fiscale locale et en réduisant la dépendance à des sources de revenus instables. Le deuxième axe concerne la gestion des dépenses publiques de manière plus efficace, ce qui permet de diriger les ressources vers les secteurs qui favorisent la croissance économique.

De plus, accélérer le remboursement des arriérés au secteur privé pourrait contribuer à relancer le cycle économique, car cet argent, une fois réinjecté dans le marché, se transforme en investissements, salaires et nouvelles opportunités d'emploi.

Conclusion

Le défi financier auquel l'Autorité palestinienne fait face aujourd'hui ne concerne pas seulement l'ampleur du déficit budgétaire, mais aussi la nature de la relation entre les revenus effectifs et les dépenses prévues. Dans une économie soumise à des contraintes politiques et économiques complexes, atteindre l'équilibre entre ce qui entre dans le trésor et ce qui en sort devient une tâche plus difficile.

C'est pourquoi la question qui se pose aujourd'hui n'est pas seulement de savoir comment réduire le déficit financier, mais comment construire un système financier plus capable de s'adapter aux fluctuations des revenus et de garantir la stabilité des flux de trésorerie.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.