
Les dirigeants arabes face aux peuples du monde
La crise du monde arabe n'est pas nouvelle. L'incapacité, la division, la normalisation, et même la coopération avec les ennemis, ne sont pas des pratiques éphémères, mais l'expression d'une crise structurelle prolongée, dont les racines remontent à des siècles, à plus de huit siècles.
Cependant, il reste sans précédent que des dirigeants arabes, et leurs élites, participent à une guerre d'extermination menée par un État colonial contre un peuple arabe, devenu l'un des pays les plus sauvages, haïs et isolés au monde. Pour beaucoup, toute description en deçà de "trahison manifeste" ne rend pas justice à cette insolence politique.
Et même si certains se réservent sur cette description, qu'ils se rappellent que la trahison n'est pas l'apanage des Arabes et des Musulmans ; certaines nations d'Europe moderne ont connu des comportements similaires.
Par exemple : le gouvernement de Vichy en France, qui a collaboré avec l'occupation nazie, mais cette occupation n'a pas conduit à l'extermination.
Aujourd'hui, les dirigeants arabes ont stupéfié le monde entier par une décadence sans précédent. Comment expliquer qu'un grand État arabe conclue des accords commerciaux de dizaines de milliards avec un régime d'extermination ? Comment justifier leur participation au siège de la bande de Gaza ?
Et comment comprendre le geste d'un petit Émirat, sans frontières avec la Palestine, en transférant des armes à un aéroport militaire israélien au pic du massacre ? En fait, comment expliquer l'ouverture de voies commerciales alternatives pour Israël au lieu de lignes interrompues ?
Nous sommes face à une scène surréaliste difficile à comprendre.
Je ne suis pas ici pour passer en revue les racines historiques de la crise structurelle arabe ; de nombreux penseurs ont offert une analyse et un diagnostic approfondis, et ont proposé des solutions, mais rien de cela ne s'est transformé en un projet de renaissance capable de renverser les structures délabrées.
D'ailleurs, de larges segments de l'intelligentsia ont contribué à ancrer la crise, soit en se refermant dans des entités idéologiques incapables, soit en devenant des porte-voix des systèmes, soit en produisant des théories populistes superficielles et perturbatrices de la raison.
Comparaison entre la position des peuples du monde et celle des régimes arabes
La majorité des intellectuels et analystes arabes, ainsi qu'une large part des élites mondiales, s'accordent à dire que les régimes arabes portent une grande responsabilité dans la poursuite du massacre. Sans leur complicité et leur silence, l'alliance occidentale-sioniste n'aurait pas pu avancer.
Même le langage diplomatique qu'ils utilisent pour formuler leurs déclarations et communiqués déborde de mollesse et de complicité.
Netanyahu s'est senti à l'aise depuis longtemps avec cette position ; en effet, comme l'a récemment révélé le journal "Yediot Ahronot", il a reçu des centaines de cadeaux offerts par des dirigeants et responsables arabes.
Certains ont offert un soutien réel, d'autres ont complicité par le silence, et les autres se sont retrouvés impuissants, mais tous ont participé à interdire les manifestations populaires en soutien à Gaza.
Il est même devenu clair que certains d'entre eux partagent avec le régime d'extermination israélien leur frustration face à l'incapacité de briser la résistance palestinienne légendaire, malgré deux années de guerre d'extermination, et plus de cent ans d'existence sioniste en Palestine.
Ainsi, le rôle de la nation arabe a été complètement désactivé, à un moment historique qui ébranle le monde et menace de redessiner sa carte.
Cette complicité a encouragé Netanyahu à poursuivre son projet initial : l'extermination de Gaza, l'élimination de la cause palestinienne, puis l'expansion régionale dans le cadre de "la Grande Israël".
Avant de commencer cette expansion, les dirigeants arabes étaient contents de frapper le mouvement Hamas, le considérant comme une extension des Frères musulmans.
Mais après que les dirigeants israéliens ont annoncé leurs plans impérialistes et ont commencé à frapper en Syrie, certains de ces dirigeants se sont sentis frustrés par leur arrogance, sans toutefois oser rompre des relations ou prendre des mesures punitives, comme l'ont fait des pays non arabes et non musulmans comme la Colombie, le Venezuela et l'Irlande.
Et pour couvrir cette insolence, ils ont eu recours à des spectacles misérables : faire parachuter des aides avec l'accord d'Israël, ou s'occuper de conférences sur "la solution à deux États", alors qu'Israël commet un meurtre collectif quotidien à Gaza, et des crimes quotidiens en Cisjordanie.
Mais ce comportement n'est pas seulement un coup porté au peuple palestinien, mais aussi aux peuples du monde qui se soulèvent contre l'extermination et soutiennent le sang palestinien.
Ces peuples ne défendent pas seulement la Palestine, mais leur humanité, réalisant que ce qui se passe fait partie d'une réhabilitation d'Israël en tant que pilier essentiel du système capitaliste impérial mondial injuste, afin de continuer son rôle fonctionnel sale, selon les termes du chancelier allemand.
Un combat humain qui transcende les frontières
Ce conflit n'est plus un conflit limité à l'identité des habitants de la région, mais un combat humain par excellence.
La nouveauté aujourd'hui est la formation d'une conscience mondiale en cours de constitution autour d'un autre avenir pour l'humanité, un avenir arraché à l'emprise d'une mafia capitaliste mondiale inhumaine, soutenue par une minuscule élite riche et avide.
Dans un article du penseur américain progressiste d'origine iranienne, Hamid Dabashi, publié dans "Middle East Eye" intitulé : "Comment faire face au désespoir alors que se poursuit la guerre d'extermination israélienne", il écrit : "En tant que musulman, je ressens de la honte face à la lâcheté des régimes islamiques, qui se sont rendus complices de cette extermination".
Il ajoute, en tant qu'opposant au régime iranien, mais il s'est aligné avec son pays pendant l'agression israélienne de juin dernier : "Mais face à ces trahisons de la foi, de la conscience et de l'humanité, il y a un besoin pressant d'une nouvelle performance éthique ancrée dans les luttes et les sacrifices des Palestiniens."
Il conclut que "face à cette barbarie, nous ne sommes plus des musulmans, des chrétiens, des juifs ou d'autres catégories ; nous sommes tous des Palestiniens confrontés à une annihilation totale. La lutte pour la Palestine est le chemin direct pour sauver l'humanité, et elle est guidée par une conscience morale claire."

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