Économie palestinienne... ou deux économies ?
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Économie palestinienne... ou deux économies ?

Au début de l'année 2026, l'Autorité de la monnaie palestinienne et le Bureau central des statistiques ont prévu une croissance de l'économie palestinienne entre 4,1% et 4,5%. Cependant, après seulement six mois, les mêmes données officielles ont révélé une contraction de 8%, dont le revenu par habitant n'a atteint que 545 dollars. Entre ces deux chiffres ne se cache pas seulement un écart statistique, mais l'histoire d'une économie qui change plus vite que la capacité des prévisions à suivre.

Une prévision fondée sur des hypothèses, non sur une réelle reprise

Le scénario sur lequel cette prévision était basée n'impliquait pas une amélioration substantielle, mais une hypothèse de "maintien des conditions existantes sans changements fondamentaux" — le maintien des restrictions sur la circulation et les passages tels quels, ainsi que la poursuite d'une activité limitée à Gaza dans le cadre de l'aide humanitaire, avec une grande partie de la main-d'œuvre exclue du marché israélien. En d'autres termes, il s'agissait d'une croissance marginale calculée à partir d'une base très basse après la contraction de Gaza qui a dépassé 80% en 2024.

Le problème est que même cette prévision modeste n'a pas résisté aux données du premier trimestre, où l'économie de la Cisjordanie seule a enregistré une baisse de 8%, bien qu'il s'agisse de la région la moins directement touchée par la guerre. Cela signifie que la contraction n'est plus confinée au secteur le plus dévasté, mais s'est étendue à l'économie qui était censée mener la reprise.

Parlons-nous toujours d'une seule économie palestinienne ?

L'économie palestinienne aujourd'hui n'est plus une économie unique au sens pratique, mais deux économies qui diffèrent en termes de structure d'activité, de niveaux de prix, de marché du travail, de taux de pauvreté, et même de dynamiques de croissance et de contraction. Le taux d'inflation en Palestine a enregistré des fluctuations aiguës l'année dernière, atteignant une augmentation annuelle de 10,5% au total pour 2025, mais avec une disparité frappante entre les régions : une stabilité presque totale en Cisjordanie (-0,11%), contre une hausse choquante à Gaza de 21,93% en raison de la rareté des biens et de l'effondrement des chaînes d'approvisionnement. Il en va de même pour le marché du travail: un taux de chômage de 28,7% en Cisjordanie à la fin de 2025, contre plus de 80% à Gaza, et pour la pauvreté : 11,5% en Cisjordanie contre 63,6% à Gaza.

Cette disparité signifie que parler d'"une seule économie palestinienne" devient une simplification trompeuse ; ce qui se passe en Cisjordanie ne reflète pas nécessairement ce qui se passe à Gaza, ce qui nécessite une réévaluation systématique de la présentation statistique elle-même, de sorte que les données des deux régions soient présentées séparément plutôt que fusionnées en un chiffre national unique qui pourrait cacher plus qu'il ne révèle.

Écart de cause : pourquoi le scénario ne s'est-il pas réalisé ?

L'écart entre la prévision et la réalité ne reflète pas une erreur méthodologique dans le calcul statistique autant qu'un changement dans les variables elles-mêmes. Alors que le rapport supposait une relative stabilité des restrictions, les mois suivants ont vu une intensification de la rétention des fonds de la collecte de fonds qui constituent environ 70% des recettes publiques, ainsi que la poursuite des restrictions sur les transferts pendant plus d'un an, en plus de l'aggravation de la crise de liquidité bancaire liée à l'accumulation de shekels. L'indice de production industrielle, qui est une mesure opérationnelle directe éloignée de la consommation financée par l'aide, a également enregistré une contraction supplémentaire de 1,15% en mai 2026, attestant que la contraction est une tendance continue et non un événement éphémère en un seul trimestre.

Cette disparité est référencée dans la littérature économique par le concept d'"erreur de prévision économique" (Forecast Error), c'est-à-dire l'écart entre les résultats attendus et les résultats réels, un écart qui tend à se creuser dans les économies soumises à des chocs politiques et sécuritaires récurrents.

L'impact de la contraction ne se limite pas à la baisse de la production, mais s'étend à l'hésitation du secteur privé à investir et à une forte baisse de la formation de capital fixe en raison d'un climat d'incertitude politique et sécuritaire. Cela a également des répercussions sur le secteur bancaire, où la pression sur la liquidité augmente, les risques de crédit s'élèvent, et l'appétit pour le financement diminue, transformant la crise d'un ralentissement économique en un cycle de contraction financière et économique d'influence réciproque. Cela signifie que les effets de la crise ne s'arrêteront pas en 2026, mais s'étendront à la capacité de production de l'économie palestinienne pour les années suivantes, car le retard d'investissement aujourd'hui se transforme en des capacités de production perdues demain.

Un schéma récurrent dans les économies fragiles

L'écart entre les prévisions et les résultats n'est pas exceptionnel dans les économies fragiles et touchées par des conflits, où les prévisions de croissance sont révisées régulièrement en fonction des changements des conditions sur le terrain. Cependant, la particularité de la situation palestinienne réside dans le fait que les variables politiques et financières changent plus rapidement que la capacité des modèles traditionnels à les intégrer, rendant ainsi les prévisions vulnérables au dépassement en quelques mois.

Pourquoi cet écart est-il important pour les décideurs et les donateurs ?

L'écart entre une prévision officielle et une réalité effective peut sembler purement technique, mais il porte une signification plus profonde : les scénarios officiels sont utilisés comme base pour la planification du budget public et la conception des programmes de soutien international. Quand la prévision de base est supérieure à la réalité d'environ 12 points de pourcentage, toute planification qui s'y base est en proie à un déséquilibre dans le financement et l'exécution dès le premier jour.

Et lorsque les plans de financement international reposent sur un scénario supposant une reprise progressive, alors que les données trimestrielles révèlent la poursuite de la contraction, cet écart de financement devient une conséquence naturelle de cette disparité, et non simplement un déficit dans le montant de l'aide fourni lors de conférences, comme la récente conférence des donateurs tenue à Bruxelles. Cet écart ne se mesure pas seulement théoriquement ; la dette publique, qui a dépassé 15,4 milliards de dollars, reflète comment l'écart de financement non enregistré s'est transformé en un emprunt cumulé qui pèsera sur les générations futures.

Résumé : L'importance d'une lecture critique des chiffres officiels

Cette analyse ne remet pas en question le professionnalisme de l’Autorité de la monnaie ou du Bureau central des statistiques, les deux travaillant selon des méthodologies scientifiques reconnues à l'échelle internationale, et les prévisions économiques étant par nature probabilistes, basées sur des hypothèses susceptibles de changer, surtout dans une économie opérant sous des contraintes politiques hors de son contrôle. L'économie palestinienne n'a pas seulement besoin d'un financement accru, mais d'un système d'alerte précoce économique qui actualise les prévisions sur une base trimestrielle, et offre aux décideurs et aux donateurs une image plus proche de la réalité. Dans un contexte où les conditions changent plus vite que les outils de mesure, la mise à jour des données devient une partie de la gestion de crise, et non simplement un travail statistique périodique. Et dans une économie qui évolue aussi rapidement, la flexibilité des prévisions devient une composante de la qualité de la gouvernance économique, et non un simple enjeu technique. L'écart le plus préoccupant n'est pas celui entre les prévisions et la réalité, mais entre les politiques basées sur des chiffres qui ont déjà été dépassés par la réalité.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.