Netanyahu écrit le roman de la guerre... et commence la bataille électorale
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Netanyahu écrit le roman de la guerre... et commence la bataille électorale

 

L’entretien approfondi que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accordé à la chaîne i24NEWS n’était pas qu’une simple discussion médiatique sur la guerre ou sur sa vie personnelle, mais semblait plutôt être un document politique et électoral complet. Cela est intervenu après la fixation de la date des élections israéliennes au 27 octobre 2026, un moment qui est difficile à dissocier du véritable lancement de la campagne électorale. Le choix de i24NEWS, qui s’adresse au public israélien et international dans plusieurs langues, n’était pas sans signification, car il a permis à Netanyahu de transmettre deux messages parallèles : le premier au votant israélien, et le second à l’opinion publique étrangère, pour vendre son récit concernant la guerre et ses résultats.

L’interview n’a pas apporté de nouvelles données ni de révision critique de ce qui s’est passé, comme le demande l’opposition israélienne qui tient Netanyahu responsable des échecs de la guerre, mais a plutôt reproduit le discours qu’il répète depuis des mois, basé sur la présentation de ce qu’il considère comme des réalisations militaires et stratégiques, de l’opération de Rafah à l’affrontement avec l’Iran, dans une tentative de renforcer son image en tant que leader qui a sauvé Israël, l’a conduite à la “victoire” et a changé l’équilibre des forces dans la région. Il était clair que l’objectif n’était pas de révéler de nouvelles vérités ou d’ouvrir un débat critique sur le déroulement de la guerre, mais de reformuler la conscience publique en préparation de l’échéance électorale à venir.

Cette analyse devient d’autant plus importante après la fixation de la date des élections israéliennes le 27 octobre 2026, une date qui a des significations politiques et historiques, car il s’agit des premières élections organisées à la date constitutionnelle depuis environ 38 ans, et du premier gouvernement qui termine son mandat légal depuis plus de cinquante ans. Il est probable que Netanyahu présente cela comme un accomplissement politique à son actif, après avoir réussi à maintenir la cohésion de son coalition malgré l’une des périodes les plus complexes de l’histoire d’Israël, et alors que l’opposition a été incapable de faire tomber son gouvernement ou d’imposer des élections anticipées.

Il est impossible de dissocier ces messages de la transformation qui s’est produite dans le discours de Netanyahu au cours des derniers mois. Au début de la guerre, son attention était centrée sur la gestion des opérations militaires, tandis qu’aujourd’hui, elle est désormais focalisée sur la gestion de la narration de la guerre elle-même. Il cherche à faire passer le débat de la question de la responsabilité des échecs du 7 octobre à une autre question : que a accompli Israël après cela ? De cette manière, il tente de remplacer l’image de l’échec par celle du “leader vainqueur”, et de convaincre l’électeur israélien que les résultats de la guerre sont le critère selon lequel doit être mesurée sa direction, et non les raisons qui ont mené à son déclenchement.

Ce changement n’est pas un détail anodin, mais représente le cœur de la stratégie électorale sur laquelle travaille Netanyahu. Il est conscient que les événements du 7 octobre continueront à le hanter, et que les commissions d’enquête, les critiques de sécurité et les demandes de comptes ne disparaîtront pas. C’est pourquoi il tente de construire un récit alternatif disant que les erreurs qui ont précédé la guerre sont devenues moins importantes face aux “accomplissements” réalisés pendant celle-ci. C’est une tentative de réorganiser les priorités de l’électeur israélien, de sorte que le débat se transforme de la responsabilité de l’échec à la capacité de réaliser la victoire.

En revanche, l’opposition israélienne ne semble pas encore capable de construire un récit concurrent avec la même force. Certes, l’émergence de personnalités comme Gadi Eizenkot donne au camp du centre un élan politique, mais cette montée est loin d’être sans défis. On s’attend à ce que le Likoud tente de faire porter à Eizenkot une partie de la responsabilité des échecs de sécurité qui ont précédé la guerre, en tant qu’il a précédemment occupé le poste de chef d’état-major, ce qui pourrait le transformer en cible d’une campagne électorale cherchant à partager la responsabilité du 7 octobre entre plusieurs parties. À ce moment-là, la compétition ne tournera pas seulement autour de qui a une vision pour l’avenir, mais aussi autour de qui porte la responsabilité du passé.

Dans le même temps, Netanyahu ne mène pas sa bataille contre l’opposition seul, mais fait également face à des défis au sein du Likoud lui-même. Le parti connaît un débat croissant sur la demande de Netanyahu de se donner le pouvoir de choisir un nombre de candidats et de les placer en positions avancées sur la liste du parti pour la Knesset à venir, ce qui suscite des réserves chez plusieurs dirigeants et députés qui craignent de perdre leurs places ou de voir leur influence diminuer au sein du parti. Ce débat reflète la préoccupation de Netanyahu de former un bloc parlementaire plus fidèle à lui, garantissant ainsi la stabilité de son gouvernement dans la phase à venir et limitant tout soulèvement interne qu’il pourrait rencontrer après les élections.

Ces différends révèlent que le Likoud, malgré sa position de tête dans les sondages, n’est pas un bloc homogène comme il le semble. Il y a une lutte précoce pour les postes, pour la forme du leadership futur du parti, et pour l’identité des personnalités qui accompagneront Netanyahu en cas de nouvelle victoire. Par conséquent, la gestion de la liste électorale est tout aussi importante pour lui que la gestion de la campagne médiatique, car elle représente une garantie pour le maintien de son influence au sein du parti et du gouvernement à la fois.

Bien que les sondages d’opinion restent susceptibles de changer, les indicateurs actuels donnent à Netanyahu un avantage indéniable. L’opposition est encore dispersée, et elle n’a pas encore réussi à convenir d’un leadership unifié ou d’un programme politique capable de rivaliser avec le Likoud. En outre, la continuation du gouvernement jusqu’à la fin de son mandat, après de longues années d’instabilité politique et de répétition d’élections, donne à Netanyahu l’occasion de se présenter comme le leader qui a rétabli la stabilité au système politique israélien, un message qui pourrait trouver un écho chez un large éventail d’électeurs.

Ce qui est peut-être le plus dangereux à ce stade, c’est que la guerre elle-même est en train de devenir une matière électorale. Chaque opération militaire, chaque déclaration de sécurité, chaque apparition médiatique, est utilisée dans le cadre de la bataille pour gagner les voix des électeurs. Ainsi, il est difficile de traiter les entretiens de Netanyahu ou ses discours comme une simple évaluation des événements, car ils sont devenus une partie d’un processus plus large visant à établir un récit politique complet, qui fait de Netanyahu un héros qui a, selon son discours, débarrassé Israël de ses ennemis et redessiné la carte du Moyen-Orient.

Cependant, ce récit, aussi puissant soit-il médiatiquement, n’annule pas les questions qui demeurent en suspens concernant la responsabilité de la direction politique pour les échecs qui ont précédé la guerre, et n'exempte pas Netanyahu des tentatives de ses adversaires de le relier aux événements du 7 octobre. Ainsi, les prochaines élections ne seront pas seulement une compétition entre des programmes politiques, mais aussi un combat pour la mémoire, pour l’interprétation de ce qui s’est passé, et pour déterminer qui écrit le récit de la guerre et qui porte la responsabilité de son déclenchement.

À l’approche du 27 octobre, Israël semble donc avoir déjà entamé la saison électorale. Ce que nous voyons aujourd'hui à travers des entretiens médiatiques, la mise en avant des réalisations et la reproduction du discours sécuritaire n’est que le premier chapitre d’une campagne électorale au cours de laquelle Netanyahu tentera de transformer la guerre en une nouvelle source de légitimité politique, et de se présenter comme le leader qui a conduit Israël de l’échec à “la victoire”. Quant à savoir si l’électeur israélien sera convaincu par ce récit, ou si la mémoire du 7 octobre demeurera fortement présente dans les urnes, ce sera la question cruciale à laquelle répondront les prochaines élections.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.