Gaza et les calculs de vengeance de Netanyahou
Alors que des informations circulent concernant un rapprochement imminent entre les États-Unis et l'Iran, un sentiment de déception et de colère prédomine en Israël, tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahou semble traverser l'une des phases les plus difficiles de sa carrière politique. Netanyahou, qui a investi de nombreuses années à inciter contre toute forme d'entente avec Téhéran, se retrouve face à un chemin politique qui se dessine malgré son opposition, et à une capacité de plus en plus réduite d'influer sur les décisions américaines.
Parallèlement, des médias israéliens rapportent que le président américain Donald Trump a empêché Israël de mener une opération militaire à grande échelle dans la bande de Gaza, tandis que l'armée israélienne continue d'étendre son contrôle sur le terrain dans la région, atteignant environ 70 % de la surface de Gaza sous son contrôle. Avec les élections israéliennes se rapprochant dans les mois à venir, et le déclin du statut de Netanyahou dans certains sondages, il ressent un besoin urgent de rechercher un accomplissement qui pourrait compenser les échecs politiques et régionaux accumulés.
La situation ne se limite cependant pas à Gaza. Le gouvernement israélien poursuit la mise en œuvre de mesures coloniales risquées en Cisjordanie, dans un effort pour satisfaire sa base de droite tout en recentrant le débat national sur des questions qui servent son agenda politique. Gaza demeure malgré tout le champ d'action le plus précaire et le moins coûteux pour Netanyahou, et le plus susceptible d'être utilisé dans ses batailles politiques internes.
Face à ce tableau, les négociations en cours au Caire entre les factions palestiniennes et les intermédiaires laissent entrevoir des signaux variés. Les rapports évoquent des atmosphères positives et des avancées sur un certain nombre de questions liées aux arrangements du jour suivant la guerre, y compris les questions d'administration, de sécurité et de reconstruction. Malgré la persistance de désaccords concernant la question des armes, ce qui se dégage de ces discussions est l'existence d'un terrain politique sur lequel il serait possible de construire si la volonté nécessaire était présente chez les différentes parties.
Pour Netanyahou, le danger ne réside pas dans les clauses de la feuille de route ou dans les détails du dossier des armes en tant que tel, mais dans le fait que toute avancée politique signifierait l'approche d'un moment décisif concernant l'avenir de la guerre. Une guerre qui s'est transformée en un outil pour gérer ses crises internes et externes pourrait devenir un fardeau s'il était contraint de passer à l'étape suivante. Dès lors, toute discussion sur des arrangements politiques ou de nouveaux accords n'est pas envisagée en Israël comme une simple issue à la souffrance de Gaza, mais plutôt en termes de son impact direct sur l'avenir politique de Netanyahou.
Netanyahou craint non seulement l'échec de la guerre, mais aussi le succès de toute alternative à la guerre. Car le succès d'une solution politique ou de nouveaux accords à Gaza conduirait automatiquement à soulever des questions difficiles en Israël : si ces accords peuvent être atteints maintenant, pourquoi la guerre a-t-elle duré si longtemps ? Pourquoi un si grand nombre de Palestiniens et d'Israéliens ont-ils été tués ? Pourquoi les promesses de détruire le Hamas ou de récupérer les prisonniers par la force n'ont-elles pas été tenues ?
Ainsi, le plus grand défi auquel est confronté Netanyahou ne réside pas uniquement dans l'accord américano-iranien ou dans le déclin de son statut politique interne, mais aussi dans l'émergence d'indications suggérant que la voie vers un processus politique pourrait être ouverte à Gaza. Les avancées dont font état les parties participant aux négociations du Caire signifient un passage progressif de la logique de la guerre ouverte à la recherche d'arrangements pour le lendemain, et c'est précisément ce moment que craint Netanyahou. Car toute avancée vers un cessez-le-feu ou la reconstruction ou la réorganisation de l'administration de la bande de Gaza signifierait l'ouverture d'un débat interne israélien sur la pertinence d'une guerre prolongée et sur les objectifs non atteints.
Pour lui, mettre fin à la guerre sans atteindre ce qu'il appelle "la victoire totale" ne constitue pas une issue politique, mais pourrait se transformer en une charge pesante dans les élections à venir. C'est pourquoi il ne semble pas improbable qu'il tente de générer des obstacles à tout processus politique qui ne soit pas en accord avec sa vision, ou qu'il recoure à une nouvelle escalade à Gaza pour redonner un élan à son agenda et imposer de nouvelles réalités sur le terrain.
Gaza est devenue, pour Netanyahou, plus qu'un simple champ de confrontation militaire. C'est le dernier atout dont il pense encore pouvoir se servir pour influencer le cours des événements après que d'autres dossiers régionaux ont échappé à son contrôle. Après les accords qui se dessinent avec l'Iran, l'intensification des pressions internationales, et la diminution de sa capacité à imposer des prérogatives israéliennes à ses alliés, Gaza reste le seul terrain sur lequel il peut prétendre qu'il demeure l'architecte des événements. C'est précisément ici que Gaza prend une position centrale dans l'ensemble des crises politiques et régionales auxquelles est confronté Netanyahou.
Au cœur de ce tableau, Gaza ne semble pas être uniquement un champ de bataille ouvert, mais le lieu où toutes les crises de Netanyahou se recoupent. De son incapacité à influer sur le cours des ententes américano-iraniennes, à son déclin politique interne à l'approche des élections, jusqu'à son incapacité à fournir une image de "victoire totale" promise aux Israéliens, toutes ces crises se concentrent à Gaza. Plus la capacité de Netanyahou à influencer les grands dossiers régionaux s'amenuise, plus l'idée de revendiquer l'initiative sur le terrain où il possède encore une large marge de manœuvre l'attire. Et puisque l'Iran est désormais hors de portée, et le Liban soumis à des équilibres plus complexes, Gaza reste le maillon le plus faible et le plus susceptible de payer le prix de ses calculs politiques et de vengeance.
C'est pourquoi il n'est pas possible de considérer toute escalade militaire potentielle ou l'allongement de la guerre de manière isolée de la crise politique que traverse Netanyahou. Plus ses choix se rétrécissent et plus son isolement augmente, plus le risque que Gaza se transforme en un champ de règlement de comptes et de compensation d'échecs s'accroît.
Alors que les factions et les intermédiaires parlent d'opportunités qui pourraient ouvrir la voie à un cessez-le-feu et à la reconstruction, la question la plus importante demeure : Netanyahou permettra-t-il de mettre fin à la guerre si sa prolongation est ce qui garantit sa survie politique ?
Jusqu'à présent, la réponse semble proche du négatif. C'est pourquoi les Palestiniens à Gaza continuent de payer le prix le plus élevé, non seulement à cause de la guerre israélienne, mais aussi en raison des paris personnels de Netanyahou et de ses tentatives constantes de fuir en avant. Face à cette catastrophe humanitaire sans précédent, le besoin d'actions courageuses qui placent la vie des gens au-dessus des calculs politiques étroits est urgent, et ouvre la voie à un arrêt du génocide et à la fin de la guerre, avant que Gaza ne devienne entièrement une victime d'une impasse politique israélienne qui ne lui est pas liée.
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