Modifications électorales ou nouvelle configuration de la scène politique palestinienne .. ?
Malgré tous les titres qui ont accompagné l'annonce des nouvelles modifications à la loi électorale palestinienne, présentées à l'opinion publique comme un pas vers l'élargissement de la participation politique, le renforcement de la représentation démocratique et l'ouverture d'espaces pour la jeunesse et les femmes, une lecture attentive de ces modifications conduit à une conclusion totalement différente... En effet, la question ne réside pas dans les slogans brandis ni dans le langage utilisé pour promouvoir la décision, mais dans la nature même des modifications, dans les résultats politiques qui en découleront, dans le timing de leur annonce, et surtout dans l'entité qui les a émises et dans la légitimité de sa poursuite à modifier les lois fondamentales régissant la vie politique palestinienne... Cela fait des années que le système politique palestinien connaît une situation inédite, où le conseil législatif élu est absent de son rôle de supervision et de législation, et le processus législatif est devenu un processus dicté par des décisions légales émises par le président de l'Autorité palestinienne, sur la base de dispositions exceptionnelles prévues dans la loi fondamentale pour traiter les situations d'urgence qui ne supportent pas de retard... Cependant, la question qui se pose aujourd'hui avec force est... La situation palestinienne vit-elle encore une circonstance exceptionnelle temporaire qui justifie la poursuite de ce recours à cet outil législatif...? Ou sommes-nous confrontés à une réalité où l'exception est devenue la norme, et où l'émission et la modification de lois, ainsi que la refonte du système juridique et politique se font de manière unilatérale, en l'absence de l'institution qui a été exclusivement dévolue par le peuple palestinien le droit de légiférer...? Tout débat sérieux sur les récentes modifications doit commencer précisément à ce point... Le problème ne réside pas seulement dans le contenu des modifications, mais aussi dans la manière dont elles ont été émises... En effet, les élections devraient être l'entrée naturelle pour restaurer la vie démocratique, tandis qu'il semble que les règles de ces élections elles-mêmes sont dessinées et redessinées en dehors de l'institution législative qui est supposée les discuter, les approuver et les soumettre à un dialogue communautaire et politique large. Par conséquent, la question ne concerne pas seulement si ces modifications sont bonnes ou mauvaises, mais aussi s'il est acceptable de voir les lois régissant le système politique palestinien se former par des décisions individuelles en l'absence de l'entité qui détient légitimement le droit exclusif de produire des lois...
En termes de contenu, la première chose qui attire l'attention est la décision d'augmenter le nombre de membres du conseil législatif palestinien à deux cents... Il est difficile de trouver une justification politique, administrative ou législative convaincante pour cette augmentation importante. Le problème auquel le système politique palestinien a été confronté au cours des dernières décennies n'a jamais été un manque de députés, le conseil législatif ne s'étant jamais vu empêché de jouer son rôle à cause du nombre réduit de sièges, et la crise du système politique n'a pas été liée à une faible représentation numérique... Au contraire, le problème a toujours été dû à l'inefficacité des institutions, la division politique et l'absence de rotation démocratique régulière du pouvoir... Par conséquent, l'augmentation du nombre de membres du conseil ne semble pas répondre à un besoin national ou législatif réel, mais plutôt constituer une tentative de redistribuer les parts politiques sur une échelle plus large et d'introduire le plus grand nombre possible de forces, de personnalités et de listes dans la prochaine institution législative...
Il est frappant de noter que cette augmentation se produit en même temps que les membres du conseil législatif élus sont considérés comme des membres de droit du Conseil national palestinien, ce qui soulève une problématique politique et nationale profonde... Le conseil législatif palestinien est une institution créée dans le cadre de l'Autorité palestinienne et sa mission est de légiférer, de surveiller et de représenter les citoyens à l'intérieur des territoires palestiniens. Quant au Conseil national palestinien, il s'agit du parlement historique du peuple palestinien au niveau national et international, et c'est l'institution qui est censée représenter des millions de Palestiniens dans la diaspora tout en représentant également les Palestiniens dans leur pays. Entre ces deux institutions, il existe une différence fondamentale en termes de fonction, de compétence et de source de légitimité... Par conséquent, transformer la présidence du conseil législatif en un pont automatique vers le conseil national soulève des questions légitimes sur l'avenir de la représentation des Palestiniens à l'étranger, et sur la question de savoir si le conseil national est en train d'être progressivement réduit à des résultats d'élections se déroulant dans le cadre de l'Autorité palestinienne, plutôt que de le maintenir comme un cadre unifiant pour tous les composants du peuple palestinien où qu'ils se trouvent...
Cette problématique devient encore plus complexe lorsqu'on examine la mécanique des élections prévues elles-mêmes, et les effets qu'elles engendrent sur la nature de la représentation nationale palestinienne. Si nous supposons, hypothétiquement, que les élections se tiendront effectivement en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem, malgré les conditions politiques et sécuritaires exceptionnelles que connaissent ces régions, alors les électeurs participant au processus électoral seront pratiquement limités aux Palestiniens résidant dans cette géographie politique, tandis que des millions de Palestiniens dans la diaspora resteront totalement exclus du processus électoral. Ici, se pose une contradiction essentielle difficile à surmonter, car les membres du conseil législatif qui seront élus en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem deviendront, selon les modifications proposées, des membres de droit du Conseil national palestinien, c'est-à-dire de l'institution supposée représenter tout le peuple palestinien tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Ainsi, une grande partie des membres du Conseil national sera composée de représentants élus par une tranche géographique spécifique du peuple palestinien sans impliquer les autres composantes de la population dans leur choix, tandis que les Palestiniens de la diaspora seront privés de l'opportunité de participer à l'élection des membres d'un Conseil national qui est censé les représenter directement. Plus contradictoire encore, la même logique s'appliquerait même si, dans le futur, des élections spécifiques pour les Palestiniens de la diaspora étaient organisées, car les Palestiniens vivant à l'étranger seraient en mesure d'élire leurs représentants sans que les Palestiniens vivant dans le pays participent à leur choix, ce qui conduirait à une fragmentation de la source de légitimité électorale et à la division d'un corps représentatif unique en circonscriptions électorales distinctes sans cadre électoral unifié... D'un point de vue démocratique de la représentation nationale, le principe établi est que chaque Palestinien, quelle que soit sa localisation ou sa situation, a le droit de contribuer à choisir l'ensemble de l'institution nationale qui prétend le représenter, ou du moins de choisir tous ses membres élus dans le cadre d'un mécanisme unifié... Qu'un segment du peuple élise des représentants qui deviennent automatiquement représentatifs de tous, tandis qu'un autre segment est privé de participation à leur sélection soulève des questions sérieuses sur la nature de la représentation produite par ce modèle, et sur la mesure dans laquelle il est en accord avec l'idée du Conseil national en tant que parlement du peuple palestinien uni, là où qu'il se trouve, et non un parlement de groupes palestiniens séparés, chacun ayant une légitimité électorale indépendante de l'autre.
Il n'est pas moins grave que cela de réduire le seuil électoral à seulement un pour cent. Dans les systèmes démocratiques, le seuil électoral n'est pas un choix anodin, mais vise à établir un équilibre entre la pluralité politique et le besoin d'existence d'institutions capables de fonctionner et de se stabiliser. C'est pourquoi nous constatons que la plupart des démocraties contemporaines adoptent des seuils électoraux beaucoup plus élevés, car les expériences ont prouvé qu'une réduction excessive de ce dernier conduit à la fragmentation des parlements et à leur transformation en agrégats de petits blocs rivaux. Dans le cas palestinien, un seuil aussi bas ouvre la porte à des dizaines de petites listes pour obtenir une représentation parlementaire limitée, ce qui rend le prochain parlement plus vulnérable à la fragmentation et à l'éclatement qu'auparavant.
Mais le problème le plus profond réside dans le fait que ce seuil pourrait favoriser le retour de phénomènes familiaux, tribaux et régionaux au cœur du processus électoral. Lorsque le seuil requis pour accéder au parlement est extrêmement bas, il ne sera pas difficile pour une grande famille, une coalition locale ou une alliance régionale limitée de réserver une ou plusieurs places au sein du conseil. Ainsi, la concurrence se fondera davantage sur le poids social et familial que sur des programmes politiques et des visions nationales. Au lieu de faire progresser la vie partisane et de renforcer le travail politique organisé, nous pourrions nous retrouver avec un conseil comprenant des dizaines de représentants issus de forces locales et familiales éparpillées, ce qui affaiblirait le caractère national du travail parlementaire et renforcerait les tendances factionnelles étroites.
La réduction de l'âge de candidature à vingt-trois ans a été présentée comme une victoire pour la jeunesse, mais cette affirmation ignore une réalité fondamentale, à savoir que la législation n'est pas un terrain d'expérimentation, et que la qualité de membre du conseil législatif n'est pas un programme de formation pour les futures générations de leaders, mais une responsabilité nationale, politique et juridique de premier plan. Un député ne se limite pas à brandir des slogans ou à représenter une tranche d'âge particulière, mais participe à l'élaboration des lois, à l'approbation des budgets publics, à la surveillance de l'administration exécutive, et à la prise de décisions impactant la vie de l'ensemble de la société... Il est difficile d'ignorer le fait que la majorité des personnes de vingt-trois ans se trouvent au début de leur vie professionnelle ou académique, et n'ont pas encore eu l'opportunité suffisante d'acquérir l'expérience politique, administrative ou juridique nécessaire pour assumer ces responsabilités. Oui, il existe des exceptions remarquables, mais la législation ne repose pas sur des exceptions. Ce qui est requis d'un membre du conseil législatif n'est pas simplement de l'enthousiasme, de l'énergie et une volonté de changement, mais également de l'expérience, de la sagesse et la capacité de comprendre les complexités du travail public. Ainsi, le renouvellement des élites politiques ne se réalise pas en abaissant systématiquement l'âge, mais en ouvrant la voie aux compétences jeunes pour gravir les échelons des responsabilités et acquérir l'expérience nécessaire avant d'accéder aux postes législatifs supérieurs.
En fin de compte, rassembler toutes ces modifications conduit à un constat politique que l'on ne peut ignorer. L'augmentation du nombre de sièges, la réduction du seuil électoral au niveau le plus bas possible, l'intégration de l'appartenance au conseil législatif et au conseil national, l'élargissement des opportunités pour de petites listes, familiales et locales, semblent toutes viser à reconfigurer la carte politique palestinienne sur de nouvelles bases. Les opinions peuvent diverger sur les objectifs de ces modifications et leurs conséquences, mais il est difficile de nier qu'elles produiront un paysage politique plus fragmenté et moins clair en termes d'équilibre des pouvoirs et de blocs politiques.
D'où la véritable question qui doit être posée aujourd'hui : qui profite réellement de ces modifications, mais aussi qui a le droit de les approuver au départ. Car la démocratie ne commence pas uniquement le jour des élections, mais commence bien avant cela, lorsque les règles régissant le processus politique lui-même sont le résultat d'un consensus national et d'institutions constitutionnelles actives, non de décisions prises en l'absence de l'entité à laquelle le peuple a conféré le droit de légiférer. Si la production des lois électorales et leur modification continuent de la même manière, le débat ne portera pas sur la forme de la prochaine démocratie, mais sur le reste de la base démocratique sur laquelle repose l'ensemble du processus politique.
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