Une puissance sans stratégie...
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Une puissance sans stratégie...

Chaque fois que l'agression contre notre cause palestinienne s'intensifie ou que les transformations régionales et internationales s'accélèrent, la question traditionnelle refait surface : Que fait la diplomatie palestinienne ? C'est une question légitime, mais elle peut s'avérer trompeuse si nous limitons la diplomatie aux ambassades, aux missions officielles et aux déclarations politiques. Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui n'est plus géré uniquement par ces outils, mais l'influence s'y crée également à travers les universités, les centres de recherche, les grandes entreprises, les médias, les plateformes numériques, les institutions culturelles et les réseaux de connaissances transfrontaliers.

Voilà pourquoi la question la plus importante pourrait être : Qui gère l'influence palestinienne dans le monde ?
Le concept de puissance a radicalement changé au cours des dernières décennies. Dans le passé, les pays étaient mesurés par la superficie de leurs territoires, la taille de leurs armées et leurs alliances politiques. Mais aujourd'hui, la connaissance, les données, l'innovation et la culture sont des éléments essentiels pour déterminer le statut international. L'influence n'est plus l'apanage des ministères des affaires étrangères, mais se répartit entre les universitaires, les hommes d'affaires, les artistes, les chercheurs, les influenceurs et les think tanks.

Lorsque nous examinons notre expérience palestinienne, nous découvrons une paradoxale qui mérite réflexion. D'une part, la Palestine possède l'une des causes les plus présentes dans la conscience mondiale, avec un immense capital de solidarité internationale et de légitimité légale et morale. D'autre part, cette présence manque encore d'un cadre stratégique intégré pour la convertir en influence durable et capable d'impacter la prise de décision mondiale.

Nous ne sommes pas simplement un peuple menant une bataille politique. Nous sommes aussi un vaste réseau mondial de compétences, d'expériences et de relations. Il y a des milliers d'universitaires palestiniens dans des universités prestigieuses à travers le monde, des dizaines de milliers d'hommes d'affaires et d'investisseurs dans le Golfe, en Europe et dans les deux Amériques, et des centaines de chercheurs, scientifiques, médecins et ingénieurs occupant des postes influents dans de grandes institutions internationales. Il y a une présence palestinienne significative dans la littérature, l'art, les médias, la culture et le sport.

Mais la question douloureuse est : Ces énergies opèrent-elles dans le cadre d'une vision nationale unique ? Ou s'agit-il de succès individuels épars dépourvus d’un projet d’influence palestinien intégré ?
L'exemple israélien offre une leçon importante, quelle que soit la position politique à son égard. Israël n'a pas construit son influence mondiale uniquement par le biais de la diplomatie traditionnelle, mais à travers un système intégré englobant les universités, les centres de recherche, les entreprises technologiques, les réseaux d'affaires et les institutions culturelles et médiatiques. Ils ont compris tôt l'importance d'influencer les centres de production de connaissances aussi bien que celle d'influencer les centres de prise de décision.
En revanche, nous continuons à percevoir la diplomatie comme une tâche officielle réservée aux institutions gouvernementales, tandis que de nombreux pays abordent l'influence comme un projet national auquel l'État et la société participent ensemble.

Prenons un exemple proche de l'expérience palestinienne elle-même. Malgré toutes les circonstances politiques, économiques et sécuritaires, les universités palestiniennes ont réussi à poursuivre leur travail pendant des décennies, à former des milliers de diplômés et de chercheurs, et à développer des compétences uniques en matière d'enseignement en situation de crise. Cette expérience exceptionnelle aurait pu se transformer en une référence mondiale en études sur la résilience et l'éducation sous occupation, et devenir un sujet permanent dans les plus grandes universités et centres de recherche internationaux. Pourtant, beaucoup de ces compétences sont restées confinées à des rapports locaux ou à des projets temporaires.

Il en va de même pour les expériences de la société palestinienne dans la gestion des crises, pour les réseaux de solidarité sociale, pour les initiatives économiques locales, pour les modèles d'autonomisation des femmes et des jeunes, et pour les expériences des municipalités et des institutions de la société civile travaillant sous des contraintes exceptionnelles. Toutes ces expériences ont une valeur de connaissance mondiale, mais elles n'ont pas encore été transformées en véritables outils d'influence.

Ce qui nous manque aujourd'hui, ce n'est pas seulement les ressources ou les capacités, mais l'existence d'une stratégie nationale moderne pour gérer le pouvoir doux. Une stratégie qui relie les universités aux ambassades, les centres de recherche aux décideurs, les hommes d'affaires aux missions diplomatiques, et les communautés palestiniennes aux institutions nationales.

Nous avons besoin d'une vision qui fasse de chaque chercheur palestinien un ambassadeur du savoir, de chaque homme d'affaires un pont économique, de chaque institution académique une plateforme pour l'influence internationale, et de chaque succès local une histoire mondiale prête à être partagée, enseignée et inspirée.

Dans le monde d'aujourd'hui, les récits ne gagnent pas seulement parce qu'ils sont justes, mais parce qu'ils sont organisés et institutionnalisés, et capables d'atteindre les cercles d'influence. Il ne suffit pas qu'un peuple ait une cause juste, il doit également avoir la capacité de transformer cette justice en savoir, en politiques, en partenariats et en alliances à long terme.

Les Palestiniens ont prouvé pendant plus d'un siècle qu'ils sont capables de résister. Peut-être est-il temps de prouver leur capacité à gérer leur influence mondiale avec le même degré de compétence. La bataille du XXIe siècle ne se déroule pas seulement sur le terrain, ni dans les couloirs de la politique, mais aussi dans les universités, les centres de recherche, les plateformes de technologie et les salles de production d'idées.

Voici la question qui devrait préoccuper les élites palestiniennes et les décideurs plus que jamais : Avons-nous une stratégie nationale pour gérer l'influence palestinienne dans le monde, ou continuons-nous à nous contenter de gérer les crises tandis que d'autres gèrent l'avenir ?

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.