L'Autorité palestinienne en tant qu'entité suspendue... Ni État possible ni effondrement permis...
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L'Autorité palestinienne en tant qu'entité suspendue... Ni État possible ni effondrement permis...

La question n’est pas de savoir si la relation entre Israël et l’Autorité palestinienne est liée à la survie ou à l’effondrement dans un sens direct, mais à la nature de la fonction politique qu’Israël souhaite établir pour l’Autorité au sein de la structure profonde de l’occupation elle-même... C’est ici que réside le nœud central... Israël ne voit pas l’Autorité comme un projet souverain de transition dont le parcours est terminé ou entravé, mais plutôt comme une forme de gouvernance contrôlée, qui a été progressivement vidée de son contenu national et transformée en un outil de gestion des populations palestiniennes au sein de l’ingénierie de contrôle israélienne sur le territoire....

Le dilemme n’est pas qu’Israël sape l’Autorité, mais dans la manière dont elle procède à cette sape... Elle ne cherche pas à la détruire complètement, car son effondrement total signifierait l’effondrement d’un modèle de gestion de l’occupation à faible coût, et cela signifierait la réémergence de la question de l’occupation dans sa forme brute et directe devant le monde... En revanche, elle ne lui permet pas de se développer naturellement vers une entité politique possédant les conditions de souveraineté et d’indépendance. Ce qu’Israël veut, c’est une autorité qui se trouve dans la zone grise entre l’existence et l’inexistence... Suffisamment présente pour supporter le fardeau administratif, sécuritaire et social, mais suffisamment faible pour ne pas devenir un centre de décision national indépendant.

Ce n'est pas une simple contradiction, mais le cœur de la vision israélienne depuis des années... Le projet israélien, en particulier dans sa version moderne de droite, ne se déplace plus dans le cadre d’un règlement politique comme il était promu dans les années 1990, mais dans le cadre de la gestion du conflit et du démantèlement de la possibilité de solution... En d’autres termes, Israël ne traite plus l’Autorité comme une étape de transition vers un État palestinien, mais comme un outil pour geler la formation de l’État palestinien tout en maintenant l’illusion du processus politique.

C'est précisément pour cette raison que les politiques israéliennes semblent générer une situation palestinienne structurellement paralysée... La question n’est pas seulement une question de pressions financières ou de mesures de sécurité ou d’expansion des colonies séparées, mais un ensemble intégré visant à empêcher toute capacité palestinienne indépendante, que ce soit politiquement, économiquement ou géographiquement... La colonisation ici n’est pas simplement un projet immobilier ou idéologique, mais un outil de démantèlement de l’espace politique palestinien lui-même... Lorsque la Cisjordanie se transforme en blocs géographiques déchirés, soumis à des réseaux complexes de contrôle militaire, de colonies et de routes contournées, la notion de souveraineté devient vide de son contenu réel.

Israël n’a pas nécessairement besoin d’une déclaration officielle mettant fin à la solution des deux États, car elle déconstruit quotidiennement les conditions de possibilité de cette solution sur le terrain... Et c’est un point de grande importance... Le projet israélien contemporain ne se déplace souvent pas à travers des décisions majeures et décisives, mais à travers l’accumulation lente des faits... L'annexion ne se fait pas d'un coup, mais en transformant l'occupation en une situation permanente et naturelle, et en déplaçant le contrôle israélien d’une situation exceptionnelle à une structure stable et institutionnalisée... Dans ce contexte, l’Autorité palestinienne devient une entité suspendue entre deux fonctions contradictoires... Elle est requise intérieurement de représenter une aspiration nationale pour un peuple sous occupation, mais elle est extérieurement contrainte par un réseau de restrictions qui l’empêche de dépasser son rôle administratif et sécuritaire limité... Et cette contradiction explique l’état d’érosion continue dont souffre l’Autorité en termes de légitimité et d’efficacité à la fois... Le problème le plus profond est qu’Israël a progressivement réussi à redéfinir le conflit lui-même... Ainsi, au lieu de rester un conflit sur la terre, la souveraineté et les droits nationaux, il a été poussé vers un niveau inférieur lié à la gestion civile, à l’économie et à l'amélioration des conditions de vie quotidiennes... Et ici, l'occupation devient partiellement invisible, ou du moins moins apparente dans sa forme classique, tandis que le contrôle effectif reste entièrement entre les mains d’Israël... Les frontières, les passages, l’économie, l'espace vital, l'eau, la sécurité, le mouvement, et même les flux financiers vers l'Autorité elle-même... Ce qui est le plus dangereux dans cette structure, c'est que l'Autorité s'est retrouvée dans une position de dépendance à l'occupation pour survivre, tandis que l'occupation dépend d’elle pour sa stabilité... Cette relation mutuellement déséquilibrée est ce qui incite Israël à affaiblir l’Autorité plutôt qu’à la renverser... Elle la veut toujours fragile, constamment inquiète d'un effondrement financier et politique, et incapable de prendre des décisions stratégiques indépendantes. Par conséquent, les fonds de compensation deviennent un instrument de contrôle politique, l'économie palestinienne se transforme en une économie dépendante et conditionnée, et la crise financière devient une situation quasi permanente plutôt qu'une circonstance urgente... Et l’Autorité ici ne fait pas face à une simple crise de ressources, mais à une crise de structure complète... Lorsque l'Autorité n'a pas de contrôle sur ses frontières, pas de capacité à protéger sa terre, pas de souveraineté sur son économie, et pas d'horizon politique réel, elle se transforme progressivement en une autorité nominale qui gère une société assiégée au sein d'un système de contrôle qui la dépasse de beaucoup... Et cela rend la question de son avenir existentielle, et non administrative... Ce qui est le plus révélateur, c’est qu’Israël semble lui-même réticent à trancher cette situation... Elle ne veut pas revenir à une occupation directe coûteuse, mais elle ne souhaite pas non plus la naissance d’une entité palestinienne complète... C'est pourquoi elle gère un état de non-solution comme un choix stratégique... Ce point est central pour comprendre l'esprit politique israélien actuel. Au lieu de chercher un règlement définitif, elle traite le temps comme un outil politique en soi... Plus le temps passe sous les réalités actuelles, plus la possibilité d'un État palestinien recule, plus le contrôle israélien s'approfondit, et le monde s'habitue progressivement aux faits établis... C'est pourquoi l'Autorité palestinienne semble piégée dans une équation impossible... Si elle essaie de se défaire des contraintes imposées, elle fait face au danger d’un effondrement financier et politique, et si elle se maintient dans les conditions existantes, elle s’érode progressivement de l’intérieur et perd son sens national. Ce n’est pas une simple crise de performance ou des personnes, mais une crise d’un modèle complet... Au fond, les politiques israéliennes à l'égard de l'Autorité ne peuvent être comprises indépendamment de la transformation plus large dans la pensée politique israélienne elle-même... Le sionisme traditionnel cherchait une légitimité internationale à travers un projet d'État avec des frontières relativement claires, tandis que la formule actuelle penche davantage vers un modèle de contrôle ouvert... Un territoire sans retrait complet, et des habitants sans droits souverains complets... Cela explique pourquoi la colonisation est élargie parallèlement à la préservation de l’Autorité, et pourquoi il est fait mention de « renforcer l’Autorité » économiquement alors qu’elle est sapée politiquement et nationalement...

Israël ne voit pas l’Autorité comme un partenaire politique autant qu’elle la voit comme un obstacle empêchant une explosion totale, et comme un outil d’organisation de l’espace palestinien de manière à ne pas menacer la structure coloniale existante... Pour cette raison précise, elle veut une Autorité capable d’empêcher le chaos, mais qui est incapable de produire la liberté... Elle souhaite une Autorité capable de gérer la population, mais qui est incapable de transformer cette existence en un projet souverain... Cependant, cette équation porte en elle une contradiction dangereuse... Les sociétés ne restent pas éternellement dans un état de suspension historique... Il est impossible de transformer un peuple entier en simple dossier administratif ou sécuritaire sans que cet état ne produise des explosions répétées sous différentes formes... Et ce qui semble être pour Israël aujourd’hui une stabilité relative pourrait à un moment donné se transformer en un effondrement total du système qu’elle a construit au cours des dernières décennies. Car le cœur du conflit n’a jamais été une question d’amélioration des conditions de gestion, mais autour des questions de liberté, de souveraineté et d’existence nationale. Toute tentative de dépasser cette question ou de la geler ne l'annule pas, mais la reproduit de manière plus complexe et aigue... Par conséquent, ce qui est le plus dangereux dans la situation actuelle n’est pas seulement la poursuite de l’occupation, mais la transformation de l’occupation elle-même en une structure permanente visant à produire une entité palestinienne dépourvue de capacité à se transformer en État, et aussi dépourvue de capacité à un effondrement total... C'est-à-dire une entité vivant dans un état de survie suspendue, ne lui permettant pas une vie politique normale, ni de droit à la mort et à la transformation.
 

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