Gaza : Qui gouverne... ou comment sommes-nous gouvernés ?
La question à Gaza n'est plus : qui a le droit de gouverner ? Ni : qui a fait le plus de sacrifices ? Mais la question la plus pressante est désormais : qui peut sortir les gens des tentes et leur redonner une vie qui mérite d'être vécue ?
Dans les moments qui suivent les grandes guerres, l'écart entre deux logiques se révèle : celle du "mérite par le sacrifice" et celle du "mérite par la capacité". La première repose sur l'histoire, le sang, et l'héroïsme. La seconde repose sur le présent et l'avenir : sur la gestion, la vision, et la capacité à reconstruire ce qui a été détruit. Et Gaza aujourd'hui, avec toutes ses blessures ouvertes et ses destructions étendues, ne peut plus se permettre d'être gouvernée uniquement selon la logique du passé.
Cela ne dévalue pas les sacrifices, mais implique une prise de conscience de leurs limites politiques. Le sacrifice gagne le respect, mais ne produit pas nécessairement une efficacité dans la gouvernance. La capacité à combattre ne signifie pas la capacité à gérer une société touchée, qui a besoin d'électricité et d'eau, d'écoles et d'hôpitaux, d'une économie qui redonne dignité à la vie des gens. Ici précisément, les critères de gouvernance changent.
Gaza n'a pas besoin d'un "vainqueur" pour la diriger, mais d'un sauveur civil qui la reconstruit. Elle a besoin d'un leadership qui comprend que la prochaine bataille n'est pas militaire, mais celle de la reconstruction, de la restauration de la vie, et de l'ouverture de perspectives pour une génération qui a grandi sous le siège et la guerre. Cette bataille ne se gagne pas par des slogans, mais par des plans, et ne se dirige pas par l'émotion, mais par l'efficacité.
Réduire la question de la gouvernance à celle de "qui a résisté le plus ?" est une simplification confortable mais trompeuse. Car cela ignore la question plus difficile : qui peut gouverner différemment ? Qui a une vision claire pour passer d'une économie d'aide à une économie de production ? Qui peut établir des relations qui ouvrent les passages, qui entrent des ressources et relient Gaza au monde ? Qui place l'humain -- non le pouvoir -- au centre de la décision ?
Le véritable défi ne réside pas seulement dans le changement de gouvernant, mais dans le changement même du modèle de gouvernance. Un modèle basé sur le partenariat national plutôt que sur l'exclusion, sur l'efficacité plutôt que sur la symbolique, sur la responsabilité plutôt que sur l'impunité. Un modèle qui reconnaît que Gaza n'est pas seulement un champ de bataille, mais une communauté vivante qui mérite de vivre avec dignité.
Gaza a payé un prix élevé, et il ne devrait pas se transformer en justification pour reproduire les mêmes crises. L'avenir ne se construit pas selon la logique de "qui mérite", mais selon celle de "qui peut". Qui peut gérer, qui peut réparer, qui peut restaurer la confiance entre les gens et leurs institutions, et qui peut ouvrir une fenêtre d'espoir dans un long mur de fermeture.
En fin de compte, la bonne question n'est peut-être pas : qui gouverne Gaza ? Mais : la manière de gouverner va-t-elle changer ?
Car si le mode de gouvernance reste le même, même avec des visages différents, cela signifie simplement que la crise va continuer... et que les tentes resteront, même si celui qui occupe le fauteuil change.
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