La transition vers l'énergie solaire : entre ceux qui vendent le système et ceux qui supportent ses conséquences : une vue organisationnelle et technique sur les responsabilités de la compagnie d'électricité de Jérusalem
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La transition vers l'énergie solaire : entre ceux qui vendent le système et ceux qui supportent ses conséquences : une vue organisationnelle et technique sur les responsabilités de la compagnie d'électricité de Jérusalem

Le secteur de l'énergie en Palestine et dans la région connaît une transition rapide vers les systèmes d'énergie solaire et de stockage électrique, en accord avec les tendances mondiales visant à promouvoir la durabilité et à réduire la dépendance aux sources d'énergie traditionnelles. Il s'agit d'une transformation stratégique dont la nécessité et l'importance ne sont pas discutables.

Cependant, le succès de cette transition ne se réalise pas par des slogans, une pression médiatique ou une expansion non régulée, mais à travers une gestion technique et organisationnelle précise qui équilibre l'encouragement à l'investissement, la garantie de la stabilité du réseau électrique et l'équité entre tous les abonnés.

Dans ce contexte, la compagnie d'électricité de Jérusalem confirme son soutien de principe à l'expansion organisée des projets d'énergie solaire, en tant que partenaire essentiel dans la mise en œuvre des politiques nationales en matière d'énergie. Toutefois, ce soutien ne peut être dissocié de la responsabilité opérationnelle et légale qui incombe aux compagnies de distribution, qui imposent un traitement réaliste des capacités techniques réelles des réseaux existants.

Premièrement : un avertissement nécessaire au public et aux décideurs

Il est important de faire clairement la distinction entre le succès commercial du développeur de systèmes d'énergie solaire et la durabilité opérationnelle du réseau électrique public.

Le développeur du système vend et installe un projet, et son rôle se termine pratiquement à la fin de l'exploitation initiale, tandis que la société de distribution assume la responsabilité de l'équilibre, de la qualité, de la sécurité du réseau, et de la continuité du service pour tous les abonnés, 24 heures sur 24, pendant de nombreuses années à venir.

Toute confusion entre ces deux rôles, ou le fait d'imposer aux compagnies de distribution des responsabilités résultant d'une expansion non réfléchie, est une confusion dangereuse qui menace l'ensemble du système électrique et sape la confiance dans le processus de transition vers les énergies renouvelables.

Deuxièmement : la nature de la conception des réseaux électriques existants

Historiquement, les réseaux électriques actuels ont été conçus selon le principe de l'écoulement d'énergie dans un sens unique :
génération, transmission, distribution, consommateur.

Tous les composants du réseau – des transformateurs, des alimentations et des systèmes de protection aux systèmes de contrôle – ont été construits sur cette base.

Une expansion large et non réfléchie de la génération décentralisée, qui se base sur l'exportation d'énergie des sites de consommation vers le réseau à l'encontre de sa direction traditionnelle, induit en effet un changement radical dans la philosophie opérationnelle, et cela peut entraîner, en l'absence de contrôle technique, de véritables risques incluant :

•    un déséquilibre des niveaux de tension,
•    une charge non équilibrée sur les transformateurs,
•    des conflits dans les systèmes de protection,
•    des risques pour la sécurité des équipes lors des travaux d'entretien,

•    le maintien de l'alimentation de certaines parties du réseau malgré la déconnexion de la source principale.
Ce ne sont pas des craintes théoriques, mais des défis opérationnels réels dont les compagnies de distribution assument seules les conséquences.

Troisièmement : le surplus de production diurne et la réduction des charges

Les systèmes d'énergie solaire atteignent leur pic de production pendant les heures de l'après-midi, période durant laquelle, dans de nombreuses zones – en particulier résidentielles – la demande est relativement faible. Lorsque la production locale dépasse le volume de consommation réel, un surplus est injecté à rebours dans le réseau.
Ce surplus non géré peut entraîner :

•    une élévation de la tension au-delà des limites autorisées,
•    des déconnexions répétées des systèmes de protection,
•    le stress des équipements et la réduction de leur durée de vie opérationnelle,
•    une dégradation de la qualité de l'alimentation fournie aux abonnés.

Dans les cas avancés, les compagnies de distribution pourraient être contraintes d'effectuer des investissements d'urgence et coûteux pour traiter des déséquilibres qui n'étaient pas prévus.

Quatrièmement : la capacité d'accueil varie d'une zone à l'autre

La capacité d'intégration de l'énergie solaire n'est pas uniforme dans toutes les zones, mais dépend de divers facteurs, parmi lesquels :

•    la nature des charges (résidentielles, commerciales, industrielles),
•    les capacités des transformateurs et des alimentations,
•    les longueurs et sections des réseaux,
•    le modèle de consommation quotidien,
•    la densité de construction.

Ainsi, une zone industrielle à forte demande en journée peut accueillir des capacités solaires plus importantes, tandis qu'une zone résidentielle à faible charge peut rapidement atteindre ses limites techniques à midi.

C'est pourquoi il est nécessaire de mener des études techniques pour chaque alimentation et pour chaque zone séparément, au lieu d'appliquer des décisions uniformes qui ignorent la réalité technique variable.

Cinquièmement : la facture nette et l'équité dans le calcul de l'énergie

Les mécanismes de facturation nette sont l'une des questions les plus sensibles dans le débat public, et il est important de clarifier ce qui suit :

•    Le prix d'achat d'énergie auprès de l'abonné n'est pas nécessairement égal au prix de vente pour celui-ci,

•    le réseau électrique n'est pas juste un fil, mais un système intégré qui offre des services de transport, d'équilibre et de réserve prête,

•    l'utilisation de ce système public engendre des coûts opérationnels, de maintenance et d'investissement continus.

Tout modèle raisonnable doit équilibrer l'encouragement des énergies renouvelables, sans imposer aux autres abonnés des charges indirectes, et maintenir la durabilité financière des compagnies de distribution.

Sixièmement : le stockage électrique et la gestion des charges

Les systèmes de stockage représentent une véritable opportunité pour gérer le surplus diurne et améliorer l'efficacité de l'utilisation de l'énergie solaire, si intégrés dans un cadre organisationnel et technique rigoureux.

En revanche, leur incorporation sans régulations claires peut engendrer des défis supplémentaires, notamment lors de la charge ou du déchargement simultané à grande échelle.

Septièmemement : la sécurité publique :

La supervision principale sur le contrôle technique des équipements et des composants des systèmes d'énergie solaire et de stockage, ainsi que leur approbation par les organismes nationaux de normalisation, constitue la première étape pour garantir la qualité et la conformité de ces systèmes aux spécifications requises. Parallèlement, le processus d'installation et de tests de ces systèmes est une étape cruciale pour protéger les vies et les biens, qu'ils appartiennent à l'établissement de l'abonné ou à la compagnie de distribution. En ce sens, tout raccordement au réseau électrique sans répondre à ces exigences entraîne de nombreux problèmes, les plus importants étant :

•    l'absence des protections nécessaires pour déconnecter le système en cas de défaillance, entraînant ainsi la détérioration et l'incendie des équipements et exposant les abonnés à des dangers.

•    des cas d'électrocution dus à la présence d'équipements non supervisés et non testés.

•    un impact négatif sur les abonnés voisins de ces systèmes et des dommages inattendus aux appareils électriques ou leur incendie ou des coupures injustifiées sur le réseau.

•    des difficultés à maîtriser tout incendie résultant de l'endommagement de ces systèmes par les services de secours.

Huitième : les systèmes non connectés à réseau

La compagnie d'électricité de Jérusalem n'oppose pas la création de systèmes solaires indépendants non reliés au réseau, tant qu'ils n'injectent pas d'énergie dans celui-ci et ne comptent pas sur lui comme source de secours.
En revanche, en cas d'interconnexion réelle ou potentielle au réseau, la compagnie est légalement et techniquement obligée de protéger la stabilité du système public.

Neuvièmement : qui supporte la responsabilité ?

Le développeur contre la société de distribution

L'absence de séparation claire entre le rôle du développeur de systèmes d'énergie solaire et celui des compagnies de distribution représente l'un des aspects les plus trompeurs du débat en cours actuellement.

Le développeur n'est pas un opérateur de réseau, et ne supporte pas d'obligations à long terme, tandis que la compagnie de distribution est responsable de :

•    la stabilité du réseau,
•    l'intégration de l'énergie exportée,
•    la fourniture d'une alternative immédiate en l'absence de génération,
•    la responsabilité légale pour tout désagrément.

Ainsi, l'évaluation de l'expansion des énergies solaires ne peut pas être exclusivement fondée sur le nombre de systèmes installés ou le volume des investissements, mais sur les capacités techniques réelles des réseaux et ses obligations opérationnelles continues.

Conclusion

La transition vers l'énergie solaire est un choix stratégique irréversible, et la compagnie d'électricité de Jérusalem est un partenaire essentiel de son succès.

Cependant, les réseaux existants n'ont pas été conçus pour de larges flux inverses non régulés, et l'organisation technique n'est pas un obstacle aux énergies renouvelables, mais le véritable garant de leur durabilité, de la sécurité du réseau et de l'équité du service.

Ceux qui vendent le système ne sont pas ceux qui supportent les conséquences de celui-ci.
La transformation énergétique n'est pas une course médiatique, mais un processus d'ingénierie et économique et une responsabilité nationale à long terme.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.