Le "Conseil de la paix" américain... Israël n'est pas sorti de Gaza mais change de rôle
Des analyses israéliennes de plus en plus nombreuses considèrent que la création de ce que l'on appelle le "Conseil de la paix" américain représente un moment décisif pour l'avenir de la bande de Gaza, et même pour la position d'Israël dans la région. Selon cette interprétation, Donald Trump perçoit Gaza comme une entité totalement séparée d'Israël, ayant été internationalisée de facto, et Israël n'est plus un partenaire, mais un acteur exclu de la deuxième phase des négociations.
Ces analyses supputent que Gaza se transforme en un entity indépendant n'appartenant à aucun pays, géré par un Comité de technocrates palestiniens et régionaux, comprenant la Turquie et l'Égypte, sous la supervision d'un Conseil exécutif international, tandis que le rôle d'Israël se limite à ouvrir les passages pour les marchandises et à mener des frappes militaires localisées lorsque cela est nécessaire. Selon ce raisonnement, Israël n'a plus rien à offrir à Gaza, et son rôle là-bas est terminé, tout en marginalisant le Qatar et en excluant Netanyahu du centre de décision.
Cependant, cette conclusion, bien qu'elle reflète un changement réel dans la nature du rôle israélien, va trop loin en annonçant sa "fin".
Il est vrai qu'Israël n'est plus l'acteur exclusif à Gaza, et que la phase post-conflit a sorti la bande de Gaza de son statut d'aire sous administration militaire directe ou de domination politique israélienne absolue. Il est également vrai que Washington, sous Trump, réorganise les rôles régionaux, attribuant à la Turquie et à l'Égypte une place centrale dans les arrangements concernant Gaza et la Syrie, au détriment du rôle israélien traditionnel.
Cependant, le retrait du rôle ne signifie pas sa disparition.
Israël n'a pas été exclu de Gaza, mais a redéfini sa position : passant de décideur direct à outil fonctionnel. Le contrôle n'est plus explicite, mais il n'a pas été annulé. Le contrôle des passages, de l'espace aérien, de la mer et la possession du droit d'intervention militaire "quand c'est nécessaire" ne sont pas des détails secondaires, mais l'essence de la souveraineté réelle. La puissance qui détermine le rythme de la sécurité, de l'économie et de la vie quotidienne n'a pas quitté la scène.
La lecture israélienne qui parle du choix de Trump pour Erdogan en tant que "l'homme du Moyen-Orient" contient une part de vérité, mais elle cache une dimension plus problématique : Washington ne remplace pas Israël, mais le requalifie. La Turquie et l'Égypte sont chargées de la gestion et de la reconstruction et du maintien de la stabilité, tandis qu'Israël reste le dernier garant de la sécurité, sans avoir à supporter le coût de l'occupation directe ou ses conséquences politiques.
C'est là que réside l'essence de la transformation : transférer le fardeau de Gaza d'Israël à la région, tout en gardant les outils de domination entre ses mains.
Quant à l'idée d'un retrait israélien inévitable de Gaza, ainsi que de la Syrie et du Liban, elle semble plus proche du désir que de l'analyse. L'expérience israélienne montre que le retrait ne se produit que lorsque le contrôle est assuré par d'autres moyens. Ce qui se passe aujourd'hui ne contredit pas ce modèle, mais le reproduit dans une forme moins coûteuse et plus pragmatique.
L'Autorité palestinienne, que ces analyses disent revenir à Gaza, ne reviendra pas en tant qu'entité souveraine, mais en tant que partie d'un système de gestion restreint, opérant sous un plafond de sécurité internationale et régionale, tout en ayant Israël avec une capacité permanente d'interruption ou d'intervention. Le Hamas, qui devrait rester sans désarmer, sera poussé vers une intégration fonctionnelle plutôt que politique, transformant son rôle de résistance en un élément de contrôle interne.
De ce point de vue, l'échec des objectifs de la guerre israélienne ne signifie pas une victoire politique pour les Palestiniens, mais un passage à une phase plus compliquée et plus dangereuse : une phase dans laquelle le contrôle est réorganisé non pas par des tanks, mais par des comités, des conseils et des cartes d'influence.
Le danger plus profond se manifeste ici : ce qui se passe ne cible pas uniquement Gaza, mais le projet national palestinien lui-même. Gaza n'est pas seulement séparée d'Israël, mais aussi de la politique palestinienne, et est gérée par des modèles technocratiques qui vident l'idée d'État de son contenu.
Le Comité technocratique proposé ne constitue pas une solution transitoire, mais un substitut au projet politique. C'est un organe exécutif de service qui reçoit ses décisions d'un Conseil exécutif international et régional dont les pouvoirs sont flous, qui n'est pas soumis à la responsabilité palestinienne, et est géré selon la logique de "stabilité" plutôt que de libération. Cette ambiguïté n'est pas accidentelle, mais fait partie d'un modèle basé sur une gestion sans politique, et une autorité sans souveraineté.
De ce point de vue, le "Conseil de la paix" ne pave pas la voie à la création d'un État palestinien, mais ouvre la porte à son démantèlement par le biais de "solutions administratives" : Gaza en tant qu'unité gérée internationalement, et la Cisjordanie dans un processus de fragmentation parallèle, tandis qu'Israël conserve le droit d'intervenir et de perturber quand il le souhaite, sans assumer le coût de l'occupation.
Même le discours sur la marginalisation du Qatar ou l'exclusion d'Israël du paysage ne signifie pas la fin de la domination, mais une redistribution de ses outils. Car le contrôle ne s'exerce pas seulement par la force militaire, mais par des conseils, des conditions de financement et des normes de sécurité.
D'ici, le désaccord avec les analyses israéliennes ne réside pas dans le diagnostic de la transformation, mais dans sa conclusion. Israël n'a pas pris fin à Gaza. Ce qui a pris fin, c'est une ancienne forme de contrôle, remplacée par une forme plus douce et plus dangereuse.
Et la prochaine phase nécessite une prise de conscience palestinienne profonde concernant la gravité de cette voie, une réévaluation de la représentation politique, et d'empêcher la réduction de la question à la gestion des affaires sous occupation. Car le "jour d'après" pourrait ne pas être une transition vers l'État, mais une stabilisation permanente d'une situation sans guerre, sans paix, et sans souveraineté.
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