Le "Conseil de la paix" américain… Le retour du haut commissaire sous un nouveau visage
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Le "Conseil de la paix" américain… Le retour du haut commissaire sous un nouveau visage

Avec l'annonce par la Maison Blanche de la formation de ce qu'on appelle le "Conseil de la paix", la Palestine ne semble pas sur le point de parvenir à un règlement historique, mais plutôt de faire face à une nouvelle phase de gestion du conflit avec des outils différents. Le nom lui-même, et les noms proposés – en particulier celui du haut commissaire pour Gaza, avec la mention de Nikolai Mladenov – suscite plus de terreur que d'inquiétude, rappelant immédiatement l'une des périodes les plus sombres de l'histoire palestinienne : le mandat britannique sur la Palestine.

Lorsque Herbert Samuel entra en Palestine en tant que premier haut commissaire, représentant de l'empire britannique et du "monde civilisé", le slogan était d'aider les Palestiniens à construire un État moderne après la domination ottomane. Mais cette époque a pris fin avec la Nakba en 1948 et le déplacement de plus des deux tiers du peuple palestinien de sa terre. Cette comparaison n'est pas émotionnelle, mais une lecture politique d'une logique qui se renouvelle : la tutelle au nom de la paix.

Nous ne sommes pas de ceux qui prétendent que l'histoire se répète littéralement, mais il est certain que le cœur du projet sioniste n'a pas changé : contrôler la terre, démanteler la société palestinienne et gérer les Palestiniens par la force ou par divers moyens de programmation politique et économique. La seule nouveauté réside dans le langage utilisé, les outils et les masques politiques.

Dans ce contexte, le "Conseil de la paix" ne peut être séparé de son rôle en tant qu'outil américano-israélien pour gérer la phase post-guerre à Gaza, non pas dans le but de mettre fin à l'occupation, mais de la reconfigurer. Le conseil ne repose pas sur des décisions de la légitimité internationale ou du Conseil de sécurité concernant Gaza, mais constitue une manœuvre politique autour de celles-ci, en extrayant la bande de son contexte national palestinien et en la transformant en un dossier administratif-sécuritaire sans souveraineté ni représentation nationale véritable.

Les dernières images satellites révèlent que Gaza, trois mois après l'annonce du cessez-le-feu, ne se dirige pas vers une reconstruction ou une paix stable, mais vers une reconfiguration du contrôle de la terre. L'une des transformations les plus dangereuses est ce qui est connu sous le nom de "ligne jaune", qui est passée d'une mesure de sécurité temporaire à une frontière de fait à l'intérieur de la bande.

Le positionnement de l'armée israélienne le long de cette ligne, et sa pénétration de plusieurs centaines de mètres en son sein, reflètent une redéfinition par l'État d'occupation du concept de retrait : ce n'est pas un retrait de l'occupation, mais un repositionnement plus strict. Le chef d'état-major de l'armée israélienne a décrit cette ligne comme "les nouvelles frontières d'Israël", une caractérisation qui n'est pas anecdotique, mais une déclaration politique-militaire explicite, visant à contrôler environ 58 % de la superficie de Gaza, tout en imposant une surveillance de feu et visuelle sur sa profondeur démographique.

Malgré le cessez-le-feu déclaré, les démolitions se poursuivent, notamment à Jabalia et dans le quartier de Shuja'iyya, y compris dans des zones situées à l'ouest de la ligne proclamée. Cette contradiction révèle que le cessez-le-feu ne signifie pas un arrêt des changements de réalité, mais son imposition en douceur par une politique de progression silencieuse qui élargit le contrôle sans déclaration officielle et à un coût politique réduit.

En revanche, l'armée israélienne a établi plus de 13 nouveaux sites militaires à l'intérieur de la bande, dont certains surplombent de vastes espaces dans le nord de Gaza, tandis que des dizaines de milliers de familles sont poussées vers des villes de tentes et des complexes d'hébergement temporaire. La scène résume l'équation de la phase : militarisation de la terre d'une part, et gestion de la société par l'aide humanitaire et non par des solutions politiques d'autre part.

Tout discours américain sur une "deuxième phase" du plan Trump ou sur le logement de "résidents non liés à Hamas" dans des zones soumises au contrôle israélien ne s'écarte pas de la logique de l'ingénierie démographique et politique, et d'une tentative de produire une nouvelle réalité sociale sous la supervision sécuritaire israélienne, et non sous la souveraineté palestinienne.

Face à cette trajectoire dangereuse, ce qui est requis devient clair : réorganiser la maison palestinienne sur une base nationale unitaire, protégeant l'unité de l'identité palestinienne et empêchant que la division ne devienne une porte d'entrée pour reproduire la tutelle. Renforcer la fermeté des Palestiniens sur leur terre n'est pas un slogan, mais des politiques effectives garantissant des moyens de subsistance et empêchant que le déplacement temporaire se transforme en réalité permanente. Refuser de réduire la question à sa dimension humanitaire uniquement, et défendre sa dimension politique et nationale comme étant le cœur du conflit.

Malgré la dureté du paysage, l'espoir demeure. Le peuple palestinien a prouvé, à travers des décennies de catastrophes et d'agressions continues, sa capacité à renaitre et à reconstruire, et à s'accrocher à sa terre et à son identité malgré toutes les tentatives d'éradication. Cet espoir n'est pas un slogan romantique, mais provient d'une longue expérience historique et d'une conscience collective qui comprend que la véritable paix ne s'impose pas par la force, ni ne se gère par la tutelle, mais se construit sur la base de la liberté et de la justice.

Ce qui se passe aujourd'hui n'est pas un processus de paix, mais une reproduction de l'occupation avec de nouveaux outils. Entre les cartes du contrôle et les cartes de la misère, le véritable défi reste la résistance du peuple palestinien : sa fermeté, sa capacité à se réorganiser, et sa détermination à décider de son avenir, au lieu d'être un objet.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.