Gaza sous siège et assassinats : La politique d'Israël pour gérer le conflit
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Gaza sous siège et assassinats : La politique d'Israël pour gérer le conflit

Ce qui se passe dans la bande de Gaza ces derniers jours ne peut pas être perçu comme des événements de sécurité isolés, mais plutôt comme une partie d'un parcours réfléchi dans la stratégie israélienne, visant à maintenir la guerre et à reproduire une réalité de peur et de contrôle : assassinats ciblés, frappes de drones, et une guerre de basse intensité qui ne s'arrête jamais, accompagnée de la destruction continue de ce qui reste des infrastructures et des maisons, en particulier dans les zones orientales de la bande, à travers des bombardements et des démolitions à l'explosif, et la cible des Palestiniens sous un prétexte vague appelé « objectifs militaires ».

Depuis jeudi matin, 13 martyrs ont été tués, dont cinq enfants, par les frappes de l'occupation, dans une nouvelle série de violations du cessez-le-feu. Au cours des trois derniers jours, un avion de chasse a bombardé un jeune homme à l'ouest de Khan Younès, suivi d'une tentative d'assassinat dans le quartier de Tuffah à Gaza, puis de l'attaque d'une tente de personnes déplacées dans les Moussaï à Khan Younès, où des enfants figurent parmi les martyrs.
Israël prétend que ces opérations visent des « personnes recherchées » planifiant des attaques imminentes, mais les faits indiquent que ces assassinats ne sont que des messages politiques par le feu, dont le contenu clair est : il n'y a pas de zone sûre dans Gaza, pas de protection même pour les déplacés.

Dans ce contexte s'est tenu la rencontre entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'ancien émissaire de l'ONU Nikolai Mladenov, qui devrait être nommé directeur exécutif du soi-disant « Conseil de la paix » dans la bande de Gaza. Lors de la réunion, Netanyahu a insisté sur le fait que le Hamas doit désarmer, et que la bande doit être une « zone démilitarisée » selon le plan du président américain Donald Trump.
Selon le journal Haaretz, Israël se prépare à une annonce attendue de Trump, lundi prochain, concernant la formation d'un « Conseil de paix international » qui sera chargé de gérer la bande de Gaza.

Cependant, ce mouvement politique n'est pas dissociable de l'escalade sur le terrain, mais s'y intègre. Cela fait des jours que l'annonce d'un cessez-le-feu a eu lieu, mais la réalité n'a pas changé. L'État d'occupation a continué à violer l'accord à travers le blocus et la fermeture des passages, en particulier le passage de Rafah. Gaza reste assiégée et punie par des moyens variés : manque d'aide, pénurie aiguë de médicaments et de fournitures vitales, et pressions croissantes sur les organisations internationales opérant dans la bande.
De plus, environ 450 Palestiniens ont été tués à cause des frappes israéliennes continues sur les zones orientales, qui représentent près de 60 % de la superficie de la bande, et sont sous le contrôle de l'armée israélienne.

La question fondamentale ici ne se limite pas à savoir si cette escalade est dirigée contre le Hamas avant de passer à la deuxième phase des accords, mais va au-delà d'une question plus profonde :
Israël cherche-t-elle à établir une réalité politique et sécuritaire selon laquelle elle est la seule à décider dans Gaza, sans Conseil de paix, sans parrainage international ou arabe, et sans partenariat dans la décision ?

Il est probable que ce qui se passe soit une confirmation sanglante de la souveraineté de l'occupation sur la scène. En effet, la majorité des ciblages sont des assassinats concentrés de dirigeants des brigades Qassam, et des messages préalables à tout processus de négociation potentiel, ou à toute discussion sur l'apport d'une « force de stabilisation » ou d'un mécanisme international. L'escalade ici n'est pas un substitut à la politique, mais un outil pour l'imposer par la force, en plus d'être une escalade préventive en prévision de tout nouvel arrangement.

Israël sait que le désarmement de la résistance par la force n'est qu'un prétexte politique, et que ce qui reste de cette arme est désormais limité par rapport à l'ampleur de la destruction énorme subie par Gaza. Elle sait aussi que mener une confrontation totale pour atteindre cet objectif n'est pas acceptable sur le plan international, même si l'administration Trump a donné à Netanyahu un feu vert pour des opérations militaires et des assassinats. C'est pourquoi elle utilise la tactique de « pression sous le feu » : assassinats calculés, exécutions ciblées, et épuisement psychologique et social, dans le but d'obtenir des concessions lors de la deuxième phase, notamment en ce qui concerne les arrangements de gouvernance et de sécurité dans la bande.

Cependant, cette pression cache un objectif plus profond : redéfinir la réalité sécuritaire à Gaza. Ce n'est pas le désarmement immédiat, mais en faire un fardeau permanent pour la société, et lier toute reconstruction ou stabilisation du cessez-le-feu à des conditions sécuritaires israéliennes ouvertes. La ville, le camp, le déplacé, et le combattant sont tous devenus des outils dans la gestion du conflit, où la force et l'assassinat sont utilisés comme un outil de pression politique, dans une tentative de généraliser un modèle sécuritaire basé sur le contrôle et la soumission, et non sur un véritable horizon politique.

En revanche, l'insistance du Hamas à lier le désarmement à un consensus national soulève une véritable problématique politique, dans un contexte d'incertitude délibérée qui entoure les parcours israélo-américains, qui se rejoignent dans le refus de tout entité ou état palestinien souverain. Cette ambiguïté sert en essence l'idée israélienne qui prévalait avant le 7 octobre : garder le Hamas faible et dissuadé, mais qui est aujourd'hui redéfinie de manière plus brutale, de sorte que le mouvement reste dans une position de contrôle partiel sur Gaza, mais dans un état beaucoup plus fragile et affaibli.

Ici, la question ne se limite plus à ce qu'Israël veut de Gaza, mais à ce que le Hamas veut, et ce que les Palestiniens en général veulent, pour démanteler cette stratégie. La réponse ne peut être uniquement militaire, ni simplement rhétorique, mais doit être essentiellement politique : exploiter la nouvelle réalité, saisir les rares opportunités disponibles, aller sérieusement vers l'unité nationale, et penser depuis la position de responsabilité historique sur la reconstruction et le sauvetage de ce qui reste du projet national et de l'entité palestinienne, avant que la situation actuelle ne se transforme en un destin permanent dont il n'y a pas d'échappatoire.

Cet article exprime l'opinion de son auteur et ne reflète pas nécessairement l'opinion de l'Agence de Presse Sada.